Argumentation, victimisation

Langage victimaire dans les médias contemporains. Au prisme de la théologie de la substitution.

Par Roland Assaraf

Ce texte a été commandé à l’auteur par la revue Prétentaine, il n’a pas été publié. L’argument -l’AFP n’est pas critiquable!

Introduction

Le langage humain permet de transmettre de l’information à travers le discours, il s’agit là d’une expérience non directement accessible à nos sens. Par exemple, tromper c’est émettre une information qui fait agir une personne à l’encontre de son intention ou de ses chances de survie. Mais un message n’est pas trompeur en soi, c’est la grille de lecture idéologique qui peut-être trompeuse.

Je vais analyser la manière dont se construit la tromperie sur l’exemple de trois textes que rien, à priori, ne lie : ni le type ni le genre du discours. Quel rapport entre le discours idéologique d’un article signé Alain Badiou dans le journal Le Monde en 1979, une dépêche de l’AFP relatant des attentats anti-israéliens et un texte théologique d’un Père de l’Église du IIIème siècle apr. J.C. ? Les contextes historiques sont éloignés, les genres du discours ne sont pas comparables, un discours journalistique est censé décrire des évènements contemporains, un discours théologique discute d’une entité abstraite, Dieu et du rapport à cette entité abstraite le culte.

Pourtant lorsqu’un journaliste ou un idéologue médiatique utilise une terminologie comme  « péché originel » concernant le président des Etats-Unis [1] ou «terre promise » [2] pour désigner un pays du Moyen-Orient, il est peu probable que son discours s’adresse à des bouddhistes ou des animistes sans aucune culture biblique. Que l’auteur en soit conscient ou non ces références sont d’origine théologique, elles prennent leur sens à partir d’un corpus de textes et de signes qui sont au départ spécifiques non pas au genre du discours journalistique, ou au genre du discours historique, mais au type du discours religieux : ancien et nouveau testaments, textes exégétiques, encycliques, textes liturgiques. Il peut donc déjà exister une  influence du discours théologique sur le discours médiatique : ici le champ lexical. Or la forme peut influencer le fond. Ce que j’appelle ici le fond est l’effet plus ou moins variable et subjectif que peut avoir un texte sur des êtres humains particuliers sur le plan intellectuel, émotionnel et sur leurs processus décisionnaires (par exemple, aller voter).

Pour un mathématicien, un informaticien ou un linguiste un discours peut-être appréhendé non pas du point de vue du fond mais uniquement de sa forme. Dans cette vision abstraite, certains assemblages de signes lexicaux sont autorisés grammaticalement, d’autres non. Parmi ceux qui sont autorisés, certains assemblages (énoncés ou propositions) ont une valeur de vérité logique, que ce soit par hypothèse (axiome) ou par déduction ce qu’on appelle une preuve (théorème). Ainsi les mathématiques formelles et l’informatique proposent une description calculatoire du langage, appliquée par exemple dans les ordinateurs. Un des aboutissements de c calcul est l’intelligence artificielle qui permet à un automate de délivrer une conversation personnalisée complexe avec un être humain ou encore délivrer des cours particuliers d’anglais à un enfant. Le langage comme production de signes peut se passer de l’homme, c’est probablement l’humain qui ne peut se passer des signes. Le sens émerge de la rencontre entre des signes abstraits et des êtres humains physiques.

Pour comprendre ce qui va suivre il faudra se souvenir que les mots ne sont pas les choses qu’ils désignent, qu’il existe une différence entre le signifiant (la forme objective, celle manipulée par un automate) et le signifié, le fond plus subjectif, le mot « madeleine» n’est pas une madeleine[1]. Je vais m’intéresser à des mots très peu pour leur sens mais surtout pour leurs relations formelles et logiques dans les discours. Cet éclairage ne réduira pas les discours que je vais analyser à cet aspect formel de même qu’on ne serait réduire la physique de Newton à son aspect mathématique et calculatoire. Il s’agira juste de porter un point de vue particulier qui aura l’intérêt de montrer que quelque chose d’ordre structurel algébrique du fonctionnement du langage est commun à des textes au cours des siècles, allant du discours théologique de Justin de Naplouse jusqu’à des discours médiatique contemporains. L’intérêt de cette focalisation sur la forme c’est que nous pouvons produire des preuves pour produire du sens, car le fond dépend de la forme.

Les trois types de récits présentés en introduction font partie de ceux qui construisent une figure identitaire de victime collective (un peuple, une race, un genre, une orientation sexuelle). Ces récits semblent récurrents dans le discours médiatique surtout depuis ces 20 dernières années. Le discours comme celui du mouvement « décolonial » du Parti des Indigènes de la République présente des français comme des victimes du colonialisme français, du fait de l’origine supposée de leurs ancêtres ou de leur couleur de peau. Un néo-féminisme propose de modifier la grammaire française jugée sexiste ou milite pour censurer un film de Polanski sur l’affaire Dreyfus. Ces discours construisent aussi un persécuteur collectif par exemple les blancs ou les israéliens et les juifs accusés de racisme.

Le voyage commencera par une première pièce du puzzle avec une tribune du journal Le Monde signée Alain Badiou, en 1979, désignant une figure victimaire collective « le peuple Khmer » dans un pays qui se nomme « le Cambodge ». L’emploi des guillemets est un élément de rigueur, je ne parlerai pas des Khmers mais des « Khmers » en tant qu’élément lexical abstrait associé à une figure de victime dans le discours. Cette analyse ne concerne pas l’histoire, la politique, la théologie ou la psychologie,  cependant ceci ne signifie pas que cette analyse n’a pas d’implications dans ces disciplines, j’en évoquerai quelques-unes non pas pour donner des affirmations péremptoires mais pour suggérer des pistes de réflexion.

J’introduirai la deuxième pièce du puzzle, une doctrine religieuse dans le christianisme appelée « théologie de la substitution » ou de « la nouvelle alliance » dont je vais également analyser la structure des énoncés de manière abstraite, je ne parlerai pas de Jésus-Christ réel mais de « Jésus-Christ » en tant que nom propre qui renvoie à une culte victimaire dans ces discours. Ceci ne signifie pas que Jésus-Christ, le christianisme, ou les énoncés que je présente doivent être réduits aux propriétés de ces énoncés, il existe d’autres énoncés qui disent autre chose du christianisme et de Jésus-Christ.

Dans une troisième partie je présenterai un modèle descriptif  de ce que j’appelle une rhétorique de culte victimaire de la substitution (ou de l’inversion). Ce modèle met en scène la figure d’un pouvoir « persécuteur »  (« la synagogue », « le peuple juif », « les américains» quel que soit le sens accordé à ces termes). Ce pouvoir doit être destitué et remplacé par une institution représentant une « victime » collective. Ce modèle descriptif aura l’intérêt de mettre en valeur des propriétés formelles et logiques communes à des discours qui s’inscrivent dans des époques et des genres complètement différents (théologiques, politiques,  médiatiques,  laïques).

Dans une quatrième partie j’introduirai la troisième pièce du puzzle, des discours médiatiques inspirés par les dépêches de l’AFP décrivant des attentats « anti-israéliens ». Nous verrons que ces discours fonctionnent aussi sur ce modèle de rapport entre une figure victimaire (« le peuple Palestinien ») une figure persécutrice  (le « peuple israélien » ou le « peuple juif ») et une figure d’inversion « un état Palestinien ».

I. Première pièce du puzzle, une tribune de 1979.

Le Monde choisit de publier en 1979 une Tribune signée Alain Badiou titrée « Kampuchéa vaincra ». Cet article dénonce « L’Invasion du Cambodge par cent vingt mille vietnamiens», « un pas décisif…vers la violation sans détour du droit des peuples à exister », « aviation et division blindées contre un petit peuple démuni ». Ce peuple est nommé dans l’article « peuple Khmer ». Au sens strict les soldats « vietnamiens » viennent donner la mort à ce peuple.

Alain Badiou désigne ainsi une relation entre une figure meurtrière ou persécutrice collective  (le «Vietnam » avec « à l’arrière plan …la puissance soviétique ») et une figure victimaire collective (le peuple « Khmer »). Les seules tueries passées et présentes évoquées dans la tribune citent d’autres sources non spécifiées et ne concernent pas les Vietnamiens « Ce qui semble paralyser certains devant l’évidence du devoir, c’est la vaste campagne menée depuis trois ans contre le  » goulag  » cambodgien…il revient en somme à dire que puisque les Khmers se sont tant tués entre eux, leur massacre par les chars vietnamiens doit nous laisser froids ».

Dans un article du journal Le Point [4] le même auteur déclare exprimer « des regrets » à propos de l’article de 1979 mais n’explicite pas lesquels, on peut imaginer qu’il s’agit de déni de ce que les historiens appellent le « génocide Cambodgien » exercé par le parti « Khmer rouge ». Cette fois ci il nomme ce parti mais pas comme auteur du génocide. Au contraire il fait part de son «enthousiasme »  passé fondé sur cet énoncé « c’est la victoire d’un tout petit peuple, organisé en guérilla rurale sous la direction des Khmers rouges, contre l’énorme armée américaine ». C’est un autre persécuteur qui est désigné ici face au « peuple Khmer » les USA.

C’est toujours un même mot « Khmer », « petit peuple » qui place les auteurs du génocide et les victimes sous la même étiquette. L’enthousiasme de l’auteur porte sur la réalisation de l’énoncé général « cette idée que le plus faible par la puissance brute peut être politiquement le plus fort est d’une importance décisive » face à « l’énorme armée américaine ».

Les expressions « Le plus fort », «l’énorme armée » appartiennent au champ  lexical du pouvoir. Les expressions « petit peuple », « le plus faible » appartient au champ lexical de la faiblesse et la soumission. La puissance brute est un euphémisme pour la violence meurtrière. L’euphémisme éloigne tout ressenti émotionnel vis-à-vis des victimes de la violence ainsi que toute critique morale des auteurs de ces actes. Puisque toute organisation prétendant renverser le pouvoir se considère par définition en situation de faiblesse préalable, Alain Badiou énonce implicitement son enthousiasme pour la violence meurtrière afin de renverser le pouvoir. Ce qu’il retient c’est la victoire du « faible » contre « l’énorme puissance » qui sont des désignations purement abstraites puisque les meurtres commis par les « Khmers rouges » ne sont pas interprétés comme une action abusive de puissants contre des faibles. Son enthousiasme pour des meurtriers est aussi fondé sur leur catégorisation en tant que guides messianiques libérateurs d’un petit peuple. Puisque c’est l’explication qui est donnée aux lecteurs, l’auteur suppose que cet enthousiasme pour ce type de récit peut-être partagé par l’auditoire. D’où vient cet enthousiasme pour un renversement de pouvoir au prix de refuser de nommer des meurtres de masse et leurs auteurs ? Il existe probablement une première strate psychanalytique mais aussi une deuxième strate d’origine théologique (enthousiasmos en grec signifie d’ailleurs « transport divin ».

II .Deuxième pièce du puzzle, la théologie de la substitution.

Afin d’alléger l’écriture j’omettrai des guillemets, ils seront implicites, par exemple les mots « Dieu », « Juif », « Chrétien », apparaitront sans guillemets. Je prends ces mots uniquement pour des mots et pas pour leur sens, ils peuvent avoir autant de sens qu’on peut l’imaginer (des habitants de la constellation du Crabe, des habitants de Sirius, des suédois des africains, de martiens). Ce que j’analyse sont les rapports logiques entre ces trois éléments du lexique, comme le ferait un ordinateur ou un linguiste. Une autre manière de lire ce qui va suivre serait de remplacer ces mots Dieu, Juif, Chrétien par des lettres, X,Y,Z ou par d’autres symboles.

Commençons par définir ce qu’est un objet de culte puis un objet de culte victimaire, toujours d’un point de vue du discours. Nous définissons le culte comme un certain type de rapport sémiotique et discursif à un nom abstrait, Dieu dans le monothéisme. En pratique dans le judaïsme, Dieu est une figure d’autorité symbolique, le culte de Dieu prend la forme d’une obéissance à la loi comme les dix commandements. Le respect de cette loi permet en théorie à une communauté de prévenir ou gérer les conflits en évitant le recours pacificateur usuel des sociétés « archaïques », le sacrifice humain ou la mise à mort du « bouc-émissaire » suivant René Girard [6,7,8,9].

Mais comment apparaît Dieu dans le discours théologique ?

L’épitre de Paul aux  Romains 13, 1 énonce « Que toute personne soit soumise aux autorités placées au-dessus de nous ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu ; et celles qui existent ont été instituées par Dieu. En sorte que celui qui est rebelle à l’autorité résiste à l’ordre institué par Dieu ; or ceux qui y résistent attireront sur eux-mêmes un jugement. »

Dieu apparaît ici comme une autorité et une volonté suprême, c’est à dire une figure à laquelle toute autre volonté doit se soumettre, celle de tout membre de la congrégation religieuse ou tout être humain. Toujours dans l’Épître aux Romains 11, 33 : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! ». Dieu est ici une volonté suprême parce-que légitime, la source de sa légitimité vient de sa  « sagesse et de sa science insondables » car au-dessus de celles des hommes. La soumission qui est prônée face à Dieu n’est pas une soumission contrainte mais volontaire, les décisions de Dieu étant les meilleures par principe.

Les mots « profondeur », « richesse », « sagesse » associés au point d’exclamation sont des signes associés à l’admiration ou l’adoration. Ceci motive notre définition, le culte est un rapport d’adoration et de soumission volontaire à une autorité légitime. Une rhétorique de culte est une rhétorique qui prône ce rapport.

Le culte victimaire est un culte qui diffère du culte de Dieu présenté dans la dernière citation de Paul par la nature de la légitimité qui n’est plus la sagesse et la science (divine) mais le statut de victime que le discours attribue à l’objet de culte. Selon René Girard l’objet sacrificiel avait déjà le statut d’une divinité dans les sociétés archaïques. Le discours théologique grand public contemporain présente souvent la crucifixion comme un sacrifice par Dieu de son fils [10]. Ce récit sacrificiel est d’une autre nature que celui du sacrifice d’Isaac par Abraham dans la bible car cette fois-ci l’objet de culte n’empêche pas l’homme de sacrifier son fils, le sacrifice a lieu et c’est l’objet de culte qui sacrifie son propre fils pour construire  une relation avec les hommes, la communion l’alliance.

Quelle que soit l’interprétation théologique de ce récit, le rapport entre divinité et martyr est un élément commun au christianisme et aux sociétés décrites par René Girard (et ce en rupture avec le judaïsme).

La théologie de la substitution est une doctrine dans laquelle ce n’est pas Dieu qui se sacrifie ou sacrifice son propre fils mais une figure persécutrice qui le fait, ici le peuple Juif décrit comme « déicide » et qui à ce titre doit être remplacé par le peuple chrétien auprès du pouvoir divin. Cette théologie est mise en place par les pères fondateurs de l’église, elle s’enracine dans une interprétation des écrits de Paul de Tarse [11] jusqu’au concile Vatican II, elle reste toujours active aujourd’hui quoique semble-t-il marginale [12,13].

 L’un des pères fondateurs, le philosophe chrétien Justin de Naplouse introduit la notion que l’église est le « verus Israel » c’est à dire le véritable ou le nouvel Israël. Il décrit les Juifs comme persécuteurs de Jésus-Christ puis potentiellement de tous les chrétiens, il énonce par exemple dans son Dialogue avec Tryphon le Juif (133, 3) « votre main est levée pour le mal ; car, après avoir tué le Christ, vous n’en avez pas même le repentir ; vous nous haïssez, nous qui par lui croyons au Dieu et Père de l’univers, vous nous mettez à mort chaque fois que vous en obtenez le pouvoir ; sans cesse vous blasphémez contre lui et ses disciples » [14].

Ainsi le culte de Dieu se fait ici le culte d’un martyr d’une entité persécutrice (« le peuple Juif »). A ce martyr de Jésus-Christ, Justin associe les chrétiens qui « sont mis à mort dès que les juifs ont le pouvoir ». L’Église prétend grâce à l’attribution de ces rôles se substituer à la Synagogue. L’alliance du peuple hébreu avec Dieu dans le judaïsme est ainsi rompue au profit de la « nouvelle alliance », le christianisme. Cette doctrine est analysée dans l’ouvrage de Jules Isaac, L’enseignement du mépris [15].

L’énoncé suivant est probablement la plus belle synthèse de cette doctrine.

« La mort du Rédempteur a fait succéder le Nouveau Testament à l’Ancienne Loi abolie. ».(Pape Pie XII (29 Juin 1943) [15].

Autrement dit le Nouveau Testament remplace l’Ancien grâce à un objet de culte sacrificiel.  La nouvelle loi n’est pas nouvelle dans le sens d’une addition ou d’une amélioration comme on peut l’entendre plus souvent aujourd’hui dans une théologie dite des « deux alliances », mais dans le sens d’une succession, d’une abolition.

La rédemption est le rachat des péchés de l’humanité tout au moins celle d’une partie de celle-ci, celle qui reconnaît le Christ comme le rédempteur. Si le rachat n’annule pas les actes il ne peut  constituer qu’un pardon ou un apaisement d’un rapport avec l’autorité divine  permettant  cette alliance avec l’autorité.

Mais quel statut prend alors le « peuple Juif » dans cette interprétation théologique ? Les trois prochaines citations sont toujours tirées de l’ouvrage de Jules Isaac [15].

 « Pour les Juifs qui ont fait mourir (le Christ) et n’ont voulu croire en lui, ils ont été chassés de leur pays par les Romains et dispersés par toute la terre » (Saint Augustin).

‘’Couverts d’opprobre et rejetés d’auprès tous les peuples…(les Juifs) ont été dispersés » (7ième siècle).

« Ce n’est pas aujourd’hui, mais depuis le début de leur existence que les Juifs sont considérés comme un  corps étranger, une écharde dans la chair de l’humanité ». ‘ (œuvre évangélique suisse).

Le mot « inversion » serait probablement plus adapté que le mot « substitution » pour qualifier cette théologie. En effet les nations (sous-entendu celles qui deviennent chrétiennes) prennent la place auprès de l’autorité suprême, les juifs, eux, sont destitués. Les nations qui étaient dans le péché sont rachetés par le sacrifice, les juifs tombent dans la malédiction et ne sont pas rachetés. La lumière et la connaissance de la révélation passe du côté de la chrétienté, les ténèbres sont transférées du côté des Juifs en tant que religion ou en tant que nation, selon les versions.

Cette substitution/inversion est illustrée dans l’iconographie chrétienne par exemple avec la représentation d’Ecclésia et de Synagoga sur le fronton de la cathédrale Notre Dame. Synagoga est une représentation féminine courbée, aveuglée par un bandeau lâchant les tables de la loi avec la lance qui a percé le flanc de Jésus-Christ. Ecclésia est droite tenant le sceptre et couronnée.

Historiquement le rapport de cause à effet entre dispersion et  crucifixion  relève d’un anachronisme [15,16]. Jules Isaac [15] montre la force de ce préjugé y compris sur des historiens réputés de son temps qui répercutent ce lien de causalité comme une évidence. Ceci illustre que cette grille de lecture d’origine théologique peut être transmise dans la sphère laïque, académique. C’est aussi le cas  dans la sphère éducative

« Après la crucifixion, le châtiment des juifs ne se fit pas attendre. Trente-six ans après la mort du Sauveur, l’empereur Titus s’empara de Jérusalem. Les Juifs, dispersés à travers le monde n’ont pu reformer une nation. Ils ont  erré partout, considérés comme  une race maudite, objet du mépris des autres peuples » (Manuel du certificat l’étude 1947). [15]

Ce passage reprend l’idée d’un châtiment associé à la persécution de la figure de culte des Juifs, et l’interdiction de reformer une nation. La  malédiction concerne à la fois les clercs qui auraient participé au procès de Jésus-Christ mais aussi la population juive en tant que nation et de manière héréditaire.

L’abandon de judéité est implicite dans la théologie de la substitution, la rupture de l’ancienne alliance implique du point de vue chrétien la fin du judaïsme. Elle est aussi très explicite dans la liturgie, voir par exemple l’oraison Oremus et pro perfidis Judaeis  pour la conversion des juifs (depuis le VII siècle), d’abord abandonnée par le concile Vatican II mais réintroduite par Benoit XVI [17]. La conversion des Juifs dans un tel contexte d’idéologie de l’inversion est cohérente avec l’allégeance de l’ancien pouvoir déchu au nouveau pouvoir, une confirmation  par l’ancien pouvoir lui-même de la prédominance du nouveau. Le statut de soumission du peuple Juif en terre chrétienne ou de dhimmitude en terre d’islam correspond précisément à l’allégeance du pouvoir antérieur au nouveau. L’islam coranique est aussi une théologie du remplacement mais non victimaire, le prophète Mohammed n’est pas crucifié, c’est un homme de guerre, un meurtrier et conquérant assumé. Historiquement la construction de mosquées sur le mont du temple, la conversion d’églises en mosquées, ou la destruction de monuments préislamiques est cohérente avec ce modèle de substitution présenté dans le coran. Bien sûr cela ne signifie ni que l’islam ne saurait être réduit à cela, ni que les intégristes de l’islam (qui appliqueraient le Coran au pied de la lettre) ne chercheraient pas à prendre le pouvoir face à « l’Occident » pas ce biais sachant que « la puissance brute de celui qui se fait passer pour le plus faible peut-être décisive ».

Les signes et la forme de la langue ont ainsi un effet sur la psychologie et l’histoire. De manière générale, cette doctrine théologique fait dépendre la place des nations de la  soumission ou la disparition du peuple juif qu’elle soit symbolique (la loi abolie, la disparition de son identité par conversion ou assimilation) ou physique dans l’histoire (ghettos, expulsions, pogroms, génocide) ou les deux à la fois. La disparition de la terre promise prônée par le discours religieux ci-dessus n’est pas l’éloignement d’un lieu géographique anodin, mais du lieu d’une histoire, d’une souveraineté nationale ancienne associée à la présence et au pouvoir divin symbolisé par le mont du temple, c’est le lieu de l’alliance qui doit être rompue avec Dieu selon cette doctrine.

L’Allemagne nazie faisait dépendre la survie de la race aryenne de la disparition de la « race juive perçue comme menaçante et ce 18 siècles après le texte de Justin disant « vous nous mettez à mort chaque fois que vous que vous prenez le pouvoir ». Le succès multiséculaire de l’Église peut expliquer celui  des Protocoles des Sages de Sion, un faux document mettant en scène des Sages juifs visant à dominer le monde  et à anéantir la chrétienté.  D’un point de vue psychologique celui qui est conditionné à percevoir sa place comme celle d’un autre,  peut en effet percevoir l’existence de l’autre comme un pouvoir menaçant, un pouvoir persécuteur.

IV Modèle logique du discours théologique dans la doctrine de la substitution/inversion.

La construction d’un modèle de ce discours est une abstraction qui consiste à remplacer de manière explicite des mots signifiants par des variables qui n’ont aucun signifié préétabli. Par exemple, nous pouvons remplacer le mot « Dieu » par la lettre V, « Juif » ou « Synagogue » par  P1, et « chrétien » par  P2 dans les énoncés.

Puisque V ne désigne pas nécessairement une victime qui serait Dieu au sens plein de l’objet de culte christique, nous parlerons plutôt de rhétorique victimaire de la substitution ou de l’inversion. En mathématiques l’avantage de variables qui n’ont aucun sens préétabli est que ces variables peuvent avoir plusieurs sens, x peut représenter une infinité d’autres mots. Si x représente un nombre entier, l’égalité (x+1)2=x2+2x+1 représente une infinité de textes, car on peut remplacer x par n’importe quel entier.

 Ceci nous mène à la définition formelle suivante. Une rhétorique victimaire de la substitution/inversion met en scène un renversement de pouvoir fondé sur un culte victimaire. Trois variables sont en relation, la variable P1 est le pouvoir persécuteur qui doit être déchu, la variable P2 est le nouveau pouvoir qui est élevé à la place de P1 grâce à la victime de P1, désignée par la lettre V.

Nous dirons que V est la figure victimaire de la substitution. P1 est la figure persécutrice de la substitution et P2 est le représentant de l’objet de culte victime V. P2 est celui qui prend la place de P1. En pratique, c’est l’instance énonciatrice (personne, institution, idéologie) qui parle au  nom de la victime. L’énonciateur est la source émettrice (l’auteur, la personne physique, l’idéologie ou le groupe au nom duquel l’auteur s’exprime).

Dans l’antisémitisme théologique la figure persécutrice P1 est le peuple juif, la synagogue. Le représentant de P2 est le clergé la religion chrétienne ou les chrétiens. L’objet de culte victimaire  V est Dieu ou son fils Jésus-Christ auquel sont associés  les chrétiens.

Le culte de la victime V est associé à l’absence de limites morales et juridiques que le  nouveau pouvoir prétend exercer. Le discours prônant la disparition de l’ancien pouvoir P1 par le mécanisme d’inversion a une potentialité meurtrière contre P1. Car la volonté suprême de la victime V désignée par le discours n’est pas la volonté réelle de celle-ci, nous ne connaissons par exemple pas de textes signés de Jésus-Christ ou de Dieu. La volonté de la victime est celle qui est construite par le discours que P2 (l’auteur ou celui qu’il représente)  qui parle pour V et au nom de V.

 Les textes signés par Alain Badiou mettent en scène la figure victimaire V comme étant le « peuple Khmer », la variable P1 prend la valeur de « la puissance américaine » dans le second texte. La variable P2 est une idéologie « le maoïsme » ou ses représentants « Khmers rouges », mais aussi le rhétoricien  du remplacement, Alain Badiou, qui s’exprime en leur nom dans un média de masse.

Ce schéma est applicable en remplaçant les arguments P1, P2, V par d’autres termes dans quelques discours idéologiques révolutionnaires. Dans le nazisme, V serait le peuple allemand, victime qui prend le pouvoir ou la race aryenne, P1 reste le peuple juif mais aussi le bolchevisme et P2 sont les idéologues ou l’idéologie nazie véhiculée par le corpus sémiotique, textes et images de propagande. Dans le communisme révolutionnaire, (P1 sont les riches capitalistes parfois associés aux banquiers Juifs, les bourgeois et le clergé, P2 sont les théoriciens idéologues ou les représentants politiques, V sont les pauvres ou la classe ouvrière). La stabilité de l’association entre le mot « Juif » et la figure persécutrice de remplacement dans la plupart de ces idéologies suggèrent plus qu’une analogie formelle entre ces formes rhétoriques, mais probablement une influence profonde de l’Église sur « le clergé »  médiatique et universitaire contemporain.

Bien entendu ceci ne réduit pas ces idéologies à cette rhétorique victimaire de substitution, ce n’est qu’une propriété formelle commune mais qui a de lourdes conséquences.

IV. La rhétorique victimaire de la substitution dans des dépêches de l’AFP.

 Les articles et dépêches co-écrits avec l’AFP évoquant des meurtres et tentatives de meurtres de civils juifs israéliens sont contextualisés par des structures syntaxiques et lexicales récurrentes, « colonies juives illégales suivant le droit international», «Cisjordanie occupée»,  « Plus de 450.000 colons israéliens mènent une coexistence souvent conflictuelle avec environ 2,8 millions de Palestiniens en Cisjordanie», « désespoir» des palestiniens voir par exemple les références [18,19,20]. L’idéologie des meurtriers et des organisations commanditaires n’est jamais l’élément de contexte. Il n’y a pas d’exception à ma connaissance, dans toutes les dépêches allant de l’année 2000 à l’année 2020 sur ce thème.

Dans ces récits, le champ lexical de l’illégalité et de l’illégitimité («droit international», «colonies juives», «occupation») concerne les personnes qui sont blessées ou tuées, la souffrance et le «désespoir» concerne uniquement les meurtriers. Comme dans le texte d’Alain Badiou ce ne sont pas les victimes des meurtres au sens strict mais les meurtriers qui sont présentés par l’énoncé comme des victimes. Ici elles sont victimes de quelle persécution ? L’existence «coloniale, illégale, illégitime, conflictuelle » des personnes  atteintes physiquement blessées ou tuées.

L’AFP n’est pas aussi explicite qu’Alain Badiou, elle laisse l’interprétation de cette contextualisation au bon sens du lecteur. Ici encore, la victime est réduite au groupe à laquelle elle appartient, celui des persécuteurs, le meurtrier est réduit au groupe désigné comme persécuté. Ceci induit que le meurtrier ou l’organisation qui revendique l’attentat suivant la dépêche (Fatah, Hamas, Jihad islamique) sont des représentants légitimes du groupe désigné comme victimes. Le meurtre est ainsi associé dans le texte à la lutte anticoloniale, à la lutte pour la justice, à la lutte pour la légalité internationale, à la nécessité  de libération  d’un « peuple victime », une attribution hautement subjective et idéologique (en dehors précisément de l’acte de violence ou de la menace physique décrit par la dépêche).

Explicitement l’enjeu libérateur est le départ des « colons juifs » c’est à dire des familles « juives » de « Cisjordanie » mais qu’en est-il vraiment ? En quoi la présence juive en « Cisjordanie » serait illégale, quel texte de la charte de l’ONU (les résolutions ne sont pas des textes de lois mais des décisions politiques) ou d’un contrat (comme les accords d’Oslo) serait violé ? Quel pays serait occupé ?

Ces textes ne répondent pas à toutes ces questions de manière explicite mais à certaines de manière implicite. Je vais raisonner ici en mathématicien, pas à pas.

Suivant la culture générale historique [21], la Cisjordanie/Judée-Samarie est une portion de la « Palestine mandataire » gérée par la Grande Bretagne de 1917 à 1948 et que la Transjordanie a envahie en 1948 (annexion d’ailleurs reconnue uniquement par le Pakistan et la Grande Bretagne) avant d’être conquise par Israël en 1967. Les 2.8 millions de personnes ne sont pas qualifiées par l’AFP de Jordaniens (ils ont d’ailleurs perdu la nationalité en 1988) mais de Palestiniens. Ces habitants sont majoritairement en effet gérés par « l’Autorité Palestinienne » (OLP) après les accords dits « d’Oslo » en 1993. Il en découle que le pays occupé illégalement depuis 1967 a implicitement un nom « Palestine ».

Suivant la logique et le sens commun on ne peut occuper illégalement qu’un pays ayant eu une existence souveraine et juridique préalable. Dire par exemple que l’empire Romain occupait illégalement la Belgique qui n’existe juridiquement que depuis le 19ième siècle serait un anachronisme. Si on suit ce discours de l’AFP, il aurait donc existé une entité souveraine et juridique nommée Palestine avant 1967. Quelles étaient alors ses frontières, celles du mandat britannique avant 1923 (date du détachement de la Transjordanie confiée à la dynastie Hachémite) ou celles de 1948 ? Je ne connais pas de discours précisant que la Jordanie occupe la Palestine, il semble que la Jordanie ne soit pas concernée. L’autre élément de réponse est la signification du mot « Palestinien » dans le texte. Ce mot (qui d’ailleurs désignait aussi les juifs avant 1948) désigne ici les non-juifs (en pratique les arabes, druzes, chrétiens, bédouins, circassiens, musulmans, arméniens, orthodoxes, dont les immigrés d’Égypte du Liban et de Syrie). Or les Jordaniens sont non-Juifs (les Juifs ont d’ailleurs été expulsés en 1948 de Judée-Samarie par les jordaniens), la Jordanie n’est donc pas concernée. Il s’ensuit qu’il s’agit des frontières de 1948 c’est à dire de la Cisjordanie et Israël.

Si on suit l’AFP ce sont ainsi les Juifs qui occupent illégalement, et le territoire concerné est celui de toute la Palestine mandataire de 1948. Une occupation ne pourrait être illégale d’un seul côté d’une ligne de cessez-le-feu qui coupe en deux ce pays cet état disparu en 1948 nommé Palestine. Par conséquent la présence juive est illégale ou du moins illégitime partout en Israël.

Sans surprise, on retrouve cette idée de manière explicite dans des articles académiques mais probablement basés sur le discours journalistique. Ce passage est attribué à des « dirigeants israéliens de droite».

 « Si un État palestinien venait à être créé, cela ne conduirait pas à la paix, dans la mesure où les Palestiniens – ne pouvant se satisfaire de leurs frontières – ne cesseraient pas pour autant leurs attaques vis-à-vis d’Israël afin de récupérer leurs terres.» [23]

Ici Israël occuperait illégalement les terres d’un pays qui devrait être créé plus tard c’est à dire un pays qui a vocation à se substituer à Israël. Ici l’idéologie est explicite mais toujours non assumée par la méthode rhétorique d’attribution à un tiers (ce sont les dirigeants israéliens de droite qui affirmeraient qu’Israël n’a aucune légitimité et que tout son territoire appartient à un pays qui doit être créé).

Par conséquent « le peuple Palestinien » comme syntagme est une figure victimaire de substitution, implicite pour l’AFP mais explicite dans ce contenu académique.  Si les attaques sont dues à l’existence d’Israël elles ne cesseront que lorsque la Palestine aura supplanté Israël.

Nous avons donc montré que ces dépêches reproduisent une rhétorique victimaire de substitution avec dans le rôle de P1 l’ « état Juif », la victime V « le peuple palestinien » et dans le rôle de P2 un état palestinien, en pratique l’OLP dont la charte reproduit précisément ce schéma.

Le contenu implicite du discours de l’AFP compte sur trois leviers.

1. C’est le lecteur qui formule l’énoncé explicite, l’énonciateur est ainsi protégé de l’interrogation qui mettrait l’énoncé en défaut.

2. Lorsque ces énoncés et ce vocabulaire sont répétés des milliers de fois le contenu implicite conditionne de manière définitive l’esprit des lecteurs qui pensent avoir une opinion indépendante alors que cette opinion est le résultat logique de leurs lectures.

3. La grille de lecture culturelle préétablie. L’illégitimité de la présence et de la souveraineté de citoyens juifs sur le lieu de l’histoire biblique en particulier la Judée-Samarie / Cisjordanie a une histoire de 18 siècles qui ne se confine pas au discours théologique. C’est ce que nous avons déjà développé.

Le thème du conflit « israélo-palestinien » est intéressant du fait que dans le rôle du persécuteur P1le signifiant juif est maintenu (à travers l’état Juif). La figure victimaire du remplacement V sont « les palestiniens », « le peuple palestinien souffrant ». La figure du pouvoir P2 qui doit remplacer l’état juif est l’OLP, l’organisation de libération de la Palestine créée en 1964.

Ici se superpose une deuxième doctrine d’inversion / substitution dans le discours médiatique. Voici par exemple ce qu’énonce une psychanalyste médiatique [24] dans un article qui entend dénoncer l’antisémitisme.

« C’est terrible, il est arrivé la pire des choses possibles : le peuple le plus persécuté de l’Histoire, après avoir créé un Etat sur sa Terre promise, est à son tour devenu persécuteur. Et, en agissant  ainsi  (on ne sait pas de quels agissements il s’agit) il fait reflamber l’antisémitisme partout dans le monde, qui n’en a pas besoin, car il n’est pas mort, et ne mourra jamais. C’est une véritable tragédie juive. »

Le peuple Juif est ici la variable P1 mais en tant qu’ancienne figure victimaire absolue (« le plus persécuté ») associée dans la théologie de la substitution au pouvoir de la morale. Implicitement l’ancienne figure persécutrice est l’antisémitisme européen et pas islamique  (occulté par la doxa avec les racines idéologiques de l’OLP [25]). Ici une nouvelle Europe éclairée (contre l’antisémitisme, contre le racisme pour le bien de l’humanité) reprend la place de P1 grâce à la figure palestinienne V, figure victimaire et rédemptrice de la substitution.

 Conclusion et perspectives

Nous avons montré une analogie formelle entre des discours construits sur une figure de culte victimaire, que nous appelons rhétorique victimaire du remplacement ou de l’inversion. Ces textes construisent une figure de pouvoir persécuteur déchu remplacé par un nouveau pouvoir par le biais d’une identification à une victime élevée au rang d’objet de culte (le discours ne lui attribue aucune limite du fait de la nature de « victime »). Le prototype rhétorique est la théologie de la substitution qu’a enseignée l’Église pendant près de 18 siècles. L’élément juif associé au persécuteur est un élément assez stable des rhétoriques victimaires du remplacement ce qui suggère fortement plus qu’une analogie mais une inspiration théologique de ce schéma. En principe le christianisme comme le judaïsme pose un interdit du meurtre sacrificiel. Or cette rhétorique utilise précisément cet interdit pour désigner les prochaines victimes, ou les prochains bouc-émissaires, en les désignant collectivement comme persécuteurs. Cette rhétorique est trompeuse car contraire à ces intentions affichées de non-violence, d’identification aux faibles. Par définition la glorification de l’inversion meurtrière du pouvoir est une identification  à un pouvoir persécuteur (sans guillemets).

[1] Le Monde, L’impréparation, péché originel de l’administration Trump,  20 Janvier 2018.

[2] Le Figaro, Israël, terre promise des start-up, 20 Avril 2018.

[3] Alain Badiou, Kampuchéa vaincra ! Journal Le Monde, 17 Janvier 1979.

[4] Alain Badiou, Je regrette Le Point 14 Mars 2012.

[5] Ben Kiernan, The Pol Pot Regime: Race, Power, and Genocide in Cambodia Under the Khmer Rouge, 1975-79, Yale University Press, octobre 2008.

[6] René Girard, Je vois Satan tomber comme un éclair, Grasset 1999.

[7] René Girard, Le bouc émissaire, rééd. Livre de Poche Biblio Essais, Paris, 2015 Grasset, 1982.

[8] René Girard La violence et le sacré, Grasset Coll. Pluriel, 1972.

[9] Agustin Moreno Fernandez, Des traits de la victime émissaire dans les enjeux du monde contemporain, Revue généraliste de recherches en éducation et formation, octobre 2019.

[10] Eric Morin, Pourquoi parle-t-on du sacrifice expiatoire du Christ, lexique du journal La Croix, 2020.

[11] Shmuel Trigano l’é(xc)lu, entre Juifs et chrétiens, Denoël, 2003.

[12] Jean Dujardin Catholiques et Juifs : Cinquante ans après Vatican II, où en sommes-nous ? Albin Michel, 2012.

[13] Marie Vidal, L’Église encore nouvel Israël ?  Pardes Numéro 38 p213-214 2005.

[14] Ted Kaizer, The Variety of Local Religious Life in the Near East In the Hellenistic and Roman Periods, éd. Brill, 2008,  161-162.

[15] Jules Isaac, L’enseignement du mépris, Paris, Fasquelle 1962.

[16] Léon Poliakov, Histoire de l’antisémitisme 1. L’age de la foi Histoire. Calmann Levy 1981.

[17] Pierre Savy Benoit XVI et la « prière pour les Juifs »  La vie des Idées, le 28 Avril 2008.

[18] Le Figaro avec AFP  Un tribunal israélien condamne à la perpétuité un Palestinien pour meurtres, 24 Juin 2020.

[19] Le Figaro avec AFP, Un avocat palestinien condamné à 13 ans de prison pour des attaques anti-israéliennes, 30 Juillet 2019.

[20] AFP Le couteau, arme du désespoir palestinien, 13 Octobre 2015.

[21] Larousse Israël Ed 1971-976.

[22] Bard, M.-G., Mythes et réalités des conflits du Proche  Orient, Paris, Ed. Raphaël, 2003.

[23] Caroline du Plessix, L’Union Européenne et Israël. Bulletin du Centre de Recherche Français à Jerusalem. 2011.

[24] Elisabeth Roudinesco Télérama 2 Août 2014.

[25] Barry Rubin et Wolfgang C. Schwanitz, Nazis, Islamists and the Making of the Modern Middle-East (2014, Yale University Press). 


[1]Je n’utilise pas ces notions comme le font mes collègues linguistes

2 réflexions au sujet de “Langage victimaire dans les médias contemporains. Au prisme de la théologie de la substitution.”

  1. La victimisation est l’arme préférée des pervers pour confusionner les foules ignares — car abruties de propagande par la médiacrassie française –, dès lors incapables de distinguer agresseurs et victimes.

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    1. Merci, pour ce commentaire, tout à fait, c’est une arme perverse, utilisée par des intellectuels ou des gens de pouvoir (du clergé de l’ancien régime à l’AFP) pour transformer des meurtriers potentiels en meurtriers ou pogromistes réels. La fascination de Badiou est une fascination pour des meurtriers, présentés comme représentant un peuple « victime » du fait de leur violence. Le problème n’est pas limité à la France. Oslo est une reconnaissance de l’OLP par des dirigeants israéliens, comme représentant une population arabe. Ce choix ne vient pas d’un vote, mais d’une aura médiatique enracinée dans le terrorisme. Des individus qui prennent le pouvoir grâce au terrorisme, le gardent en général par le terrorisme. Un pays qui donne le pouvoir à des terrroistes subit le terrorisme.

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