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CIVILISATION DE VIE/ CIVILISATION DE MORT

par Gérard Rabinovitch, philosophe, auteur de Terrorisme/Résistance, d’une confusion lexicale à l’époque des sociétés de masse (éd. Le Bord de l’eau), et de Somnambules et Terminators, sur une crise civilisationnelle contemporaine (éd. Le Bord de l’eau).

Le degré des effondrements éthiques, cognitifs, et psychiques, de ce qu’on convient encore -par paresse et facilité – d’appeler extrême « gauche » contemporaine, atteint des profondeurs abyssales.

Les contorsions du leadership des Francs Imbéciles, afin de s’éviter de nommer « terroristes » les bandes meurtrières du Hamas, et ses entortillements pour ne pas prononcer la dénomination de « crime contre l’humanité » voire celui de « génocide » au sens convenu du Droit international ;

Les déclarations de soutien aux actions menées « avec détermination et confiance » par le Hamas des dits « indigènes de la République », et appels à l’intifada du NPA ;

L’incroyable ignorance et stupidité mondaine d’un qui postula en « arrêt sur l’image » à la critique du discours médiatique, et qui tire aujourd’hui des équivalences de caniveau entre actions du Hamas et Résistance française ;

Les communiqués d’associations étudiantes, relayés complaisamment par quelques universitaires prêts à les suivre « jusque dans les chemins les plus manifestement aberrants », « dans la crainte panique d’être dépassés » (Stefan Zweig, Le Monde d’hier) ;

Tous ensemble, signent un glissement qui va au-delà de la « dérive » ou du « dérapage », selon les euphémisations timorées en usage ordinaire médiatique.

Ils indiquent un saut qui – sous le vernis desséché et craquelé d’une appellation de « gauche » aux auras humanistes – remet à jour – et au jour – la grimace de l’apathie fasciste, le rictus gourmand pour la violence cruelle, la complaisance de l’inculture, ensemble maquillés d’un eyeliner de vertu morale chafouine.

Ce relevé bien succinct n’est pas exclusif à la France. En Belgique ça ne vaut pas mieux selon les échos. En Angleterre idem, où sur la BBC, un commentateur a – sans honte, évidemment – assimilé le Hamas aux combattants du ghetto de Varsovie (sic !). Aux USA, après que l’ineffable impératrice de la théorie du « genre », Judith Butler, eut adoubé le Hamas et le Hezbollah comme « progressistes » et de « gauche » (re-sic !), le mouvement Black Lives Matter de Chicago glorifie aujourd’hui, par affiche, les parapentistes armés du Hamas, en plongée meurtrière sur le kibboutz Réïm, hôte d’une rave party.

L’hyperbole des comparaisons indigentes et les indistinctions anomiques, en prouesse communicationnelle réglée aux gabarits du marché publicitaire de notre époque, cherchent l’auréole et l’apparat d’une sainteté, jusqu’à l’abjection…

Au cœur de ces manifestations, à leur centre de gravité sémantique – tout à la fois : indice, symptôme, opérateur -, il y a ce biais éthico-cognitif enkysté depuis les années 70 – qui, au motif « palestinien », dans les logorrhées et éructations des estrades militantes internationales, a plaqué, par hyperbole exaltée et mensonge instaurateur, le noble nom de Résistance en valeur absolue, sur ce que sont les manières infâmes du terrorisme.

Deux modalités de combat, deux mentalités de guerre s’y confondent depuis. Il y a dans le terrorisme une « héroïsation narcissique de la violence » pour elle-même, voire d’une jouissance de mort en fonction d’idéaux, dont il tire gloire.

Tandis que dans la résistance, il y a un « consentement » à la violence si elle est inéluctable. Notons d’ailleurs que le nom de résistance tel qu’il s’est constitué, en valeur absolue, au cours de la Seconde Guerre mondiale inclut au côté des actions armées les actions non armées de résistance civile et de sauvetage des populations persécutées, pas moins héroïques que celle des partisans armés. Le terrorisme consonne avec les patterns mortifères de la modernité. Notamment objectif de la mort en masse de populations indistinctes, au moyen de tous les instruments possibles, y compris ceux détournés de leur fonction initiale.

Quand bien même s’habillerait-il actuellement d’«enthousiasme » religieux d’apparences prémodernes, il constitue un des aspects de cette modernité, dont il ne manque pas d’investir l’ensemble des techniques qui peuvent se révéler lui être affines. De moyens encore limités, dans un dessein illimité, il vise le meurtre en masse. Il véhicule la montée d’une kyrielle de personnages aux figures mentales archaïques, sinon psychopathiques. Omnipotence et destructivité constituent ses modalités et attributs flagrants. Elles ne sont pas antinomiques à cette modernité dans le versant sombre de laquelle elles trouvent accueil, relais, instruments. Et il n’est pas anodin d’observer encore la porosité entre groupes terroristes et diverses mafias et réseaux trafiquants qui s’imitent en violence et interpénètrent en intérêt. Pratiques de corruptions, d’intimidation, de promotions internes réglées sur l’aptitude à la violence extrême, de chosification des victimes désignées, de débridement des pulsions sadiques, se ressemblent.

Même mépris pour les populations « civiles », celles de l’adversaire ; et celles mêmes dont les terroristes sont issus. Il est dynamiquement « totalitaire » par méthode et par horizon.

A l’opposé, la résistance et ses fins : abattre la tyrannie, sous forme d’oppression ou d’occupation, sauvegarder quelque chose de la Menschlichkeit, du « sentiment d’humanité», éléments constitutifs d’une civilisation de vie, a toujours borné ses moyens en retenue.

S’interdisant déjà d’attenter aux populations civiles, comme le rappela Raymond Aubrac.

La résistance ne se permet pas tout. La légitimité des moyens y est corrélée à l’équité des fins. Ce faisant, la résistance solidarise des individualités dans un lien social peu exploré : la société éthique. Fût-elle provisoire…

Le terrorisme invente des procédés de mort, y compris contre les « siens » en « boucliers humains » ; la résistance sollicite des processus de solidarités, jusque chez ses adversaires. Ne pas distinguer entre terrorisme et résistance participe d’une anomie lexicale générale, destructrice des aptitudes à penser, conditions de l’autonomie et de la liberté. Une telle anomie est conséquence et vecteur d’une « carence éthique », comme on dit « carence affective ». Habiller, par mille contorsions discursives, de la légitimité déclarative de «résistance » une réalité terroriste, c’est donc se faire affidé d’une terreur mortifère dans une déshérence complaisante, et saper le sens de l’esprit de résistance ; c’est disqualifier son éthique pratique, par l’assimilation inclusive de pratiques terroristes.

Et, du même coup, saborder le droit de résistance dans la civilisation, et la civilisation de ce droit. Enfin, pour aller au plus simple et immédiat, c’est souiller la mémoire des authentiques résistants, anonymes ou réputés, qui ont fait l’honneur sauvé des hommes, dans des époques sans honneur. C’est souiller la mémoire de Jean Moulin, de Pierre Brossolette, de Geneviève de Gaulle- Antonioz, de Germaine Tillon, de Jean Zay, et bientôt – enfin – de Missak Manouchian ; figures à travers lesquels, en les inhumant au Panthéon, la République tente de tenir le fil de son Esprit.

Post Scriptum par Yana Grinshpun

J’ajoute à cet article la citation de l’abjecte manipulatrice des esprits, Judith Buthler, sur « l’apratheid ». Ce mot, oui plutôt ce slogan, est répété à volonté par le mouvement BDS, soutenu par le Hamas (et par ladite dame) et constitue une incitation à la violence. J’en ai fait une expertise pour la Cour d’appel lors du procès des activistes du BDS. Je regrette de ne pas voir Judith Butler sur le banc des accusés pour la diffamation de l’Etat juif et de la nation juive au nom de la liberté d’expression et l’incitation à la violence contre les Juifs au nom des droits de l’homme (l’homme parallèle, il faut croire) ou pire encore, sous un masque grimaçant et cynique d’éthique.

« Let’s be clear, Israeli violence against Palestinians is overwhelming: relentless bombing, the killing of people of every age in their homes and on the streets, torture in their prisons, techniques of starvation in Gaza and the dispossession of homes. And this violence, in its many forms, is waged against a people who are subject to apartheid rules, colonial rule and statelessness ».

« Everyone I know lives in fear of what the Israeli military machine will do next, whether Netanyahu’s genocidal rhetoric will materialise in the mass killing of Palestinians ». 

https://www.lrb.co.uk/the-paper/v45/n20/judith-butler/the-compass-of-mourning

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