néo-féminisme

Back in the USSR: les mécanismes totalitaires du féminisme radical.

« Не знаешь научим, не хочешь заставим »

« Si tu ne sais pas, on t’apprendra, si tu ne veux pas, on te forcera ».

(dicton russe utilisé à l’époque soviétique)

Vous qui entrez, laissez toute espérance (Dante)

Cela fait quelques années que je participe assez activement aux débats qui animent l’université française. Chaque fois que je vois mes collègues avoir des craintes sérieuses d’être considérés comme « la droite » ou « l’extrême droite », je m’étonne de la survivance communiste et de la force du conditionnement politique et psychologique, propre aux universitaires français. En Union Soviétique, où je suis née et que j’ai encore bien connue, il n’y avait qu’un seul parti, le parti d’abord communiste, ensuite socialiste (donc de gauche, naturellement), et toute critique de ce régime se terminait, à l’époque stalinienne, par le Goulag, par les exclusions de la communauté, par les tribunaux publics, la prison ou l’expulsion à l’étranger. Quittant ce pays et son régime qui a toujours été totalitaire et reste autoritaire aujourd’hui, j’étais sûre de ne plus expérimenter les résidus du communisme que ma génération a encore connus à tous les niveaux : école, associations de jeunesse, facs etc. Et je vois que l’Université française est la continuation de ce régime. Il faut être de gauche, à tout prix, pour le bien de l’humanité, au nom de la morale, afin d’incarner les valeurs humanistes. J’ai découvert en France, pays de la liberté (c’est ainsi que nous la voyions de l’autre côté du rideau de fer), que c’est le pays le plus proche du régime que j’ai quitté, que l’Université française avait horreur du libéralisme, que ne pas être à gauche était considéré comme un crime de lèse-humanité. Que si « la droite » disait que deux et deux font quatre, il fallait à tout prix montrer que deux et deux font cinq, pour ne pas être identifié à l’axe du mal. Ce que je vois tous les jours à l’université française, c’est l’avènement du même régime autoritaire, qui tente de se débarrasser des « autrement pensants ». Pour le moment, par des piloris publics, par les cris d’orfraie contre les « fachos », «  extrême droite », « réactionnaires », « capitalistes », « colonialistes » (enfin, tout ce que j’ai déjà entendu mille fois à l’URSS et ce que j’entends aujourd’hui dans le monde universitaire, ce que je lis dans les  médias – ce sont exactement les mêmes slogans). La seule différence consiste à ne pas avoir de camps de travail pour y envoyer des réactionnaires. En Union Soviétique, il s’agissait  de se conformer à l’esprit du système qui postulait le respect du dogme communiste. Ici, beaucoup de collègues ont peur d’être mal vus, mal jugés, mal identifiés par la doxa dominante propre à la tradition post-marxiste. « Être à gauche » fait partie de l’identité universitaire, c’est un éthos moralement positif et approuvé par la majorité conformiste, il implique forcément l’anti-ethos des méchants identitaires de droite. Depuis quelque temps, il s’est ajouté à la panoplie d’appartenances « comme il faut » une nouvelle catégorie idéologico-identitaire – « Féministe », et son contraire, couvert d’opprobre :« antiféministe ». Cette dernière catégorie est une désignation commune de ceux qui ne partagent pas les idées du féminisme radical- fluidité du genre, sexe comme construction sociale, démasculinisation de la langue, culpabilisation de l’homme blanc, procès contre des hommes du monde de la culture : cinéastes, écrivains, artistes, journalistes, chercheurs.

Justice pour les nouvelles figures victimaires

Depuis quelques années, le néo-féminisme radical va de pair avec la réduction de la femme à son essence biologique et sexuelle et la haine du masculin. De nombreuses associations féministes crient « leur colère contre la domination patriarcale », proposent aux femmes la sortie de l’hétérosexualité, comme si on pouvait y entrer ou sortir comme au cabinet de toilette. Les cerbères de la parité veillent à ce que le nombre de vagins soit égal aux nombre de pénis au sein des établissements. Je dois avouer que la découverte en France de ce concept de parité m’a fort étonnée. Pourquoi est-ce qu’on me jugerait en fonction de mon sexe et pas en fonction de mes compétences, mon savoir, mes capacités intellectuelles, manuelles ou organisationnelles? Pourquoi est-ce qu’on jugerait qui que ce soit en fonction de sa biologie et non pas en fonction de sa culture, son instruction ou son efficacité professionnelle? Les juges d’instruction, les politiciens, les enseignants seraient recrutés à diplôme égal, en fonction de leurs attributs sexuels ? C’est du mépris non-caché pour les femmes, surtout lorsque l’on les recrute aux postes de prestige, car comment ne pas soupçonner que le critère décisif de l’élection n’est pas leur excellence mais la charité ou la réparation de leur « misères », souvent imaginaires. Nous n’avons pas toutes été humiliées, dominées ou violées par les hommes. Nous sommes aussi aimées, respectées par les hommes pour ce que nous sommes: intellectuelles, chercheuses, peintres, philosophes, musiciennes, médecins, éducatrices, politiciennes, séductrices, danseuses, pompières, officières, mères, épouses et amantes. Sous la plumes des idéologues néo-féministes, « la femme » est devenue une sorte de catégorie abstraite qui n’a rien à voir avec le réel. C’est un être imaginaire, victimisé, réduit à son essence biologique, dominé et opprimé par les affreux « masculinistes ». Il s’agit d’une véritable construction socio-discursive fantasmatique. Il y a des femmes qui n’ont jamais été victimes de quoi que cela soit si ce n’est de leur propres névroses. L’exigence de la parité sexuelle est une régression qui s’habille en vertu émancipatrice. La culture cède à la nature, voilà qui est déclaré être un grand acquis du progressisme.

#Je suis féministe

On remarque par ailleurs, que tout homme politique, tout homme universitaire, tout homme cultivé, dès qu’on aborde le sujet des pressions qu’exercent des associations féministes diverses sur la société, avant de commencer à discuter, déclare : « évidemment, je suis féministe, je suis pour l’égalité des droits, des salaires, des accès aux métiers divers et variés etc…. »- comme si le poids du soupçon permanent de misogynie pesait sur tout locuteur-mâle. Cela me rappelle mon adolescence soviétique où tout citoyen devait déclarer publiquement son allégeance aux valeurs communistes, anticapitalistes avant qu’il parle de quoi que ce soit. Absolument toutes les activités sociales étaient pénétrées par cette obligation d’exhiber en permanence son appartenance au seul camp du Bien, communiste, socialiste et prolétaire. À l’école, avant les années 90, il y avait des signes matériels de cette appartenance : une étoile rouge pour les primaires, une cravate rouge pour le collège et le portrait de Lénine étoilé sur son uniforme pour les lycéens. Je ne serai pas étonnée si un badge féministe devenait obligatoire pour les hommes, comme naguère les signes d’allégeance au communisme pour les citoyens soviétiques. Et que les hommes, culpabilisés à mort, l’acceptent !

Cette ostentation -« je suis féministe » venant des hommes éduqués au sein de la société réellement démocratique (quoi qu’on dise aujourd’hui sur l’état de la démocratie) est un signe de la soumission à un dogme idéologique néo-féministe qui envahit peu à peu l’espace public et grandement l’espace universitaire et médiatique. Il faudrait, plus exactement, parler du post ou néo-féminisme, car le féminisme « classique » aujourd’hui est, à mon sens, un anachronisme. Le féminisme, en tant que mouvement social, philosophique et idéologique qui a permis aux femmes d’accéder à tous les lieux sociaux qui leur étaient fermés auparavant est un des plus importants mouvements philosophiques que notre civilisation ait connu, et qui a réussi. Les professeures, les ministres, les avocates, les  magistrates, les écrivaines, les pompières, les policières et les mécaniciennes occupent leurs fonctions après avoir suivi les mêmes apprentissages, formations et concours que les hommes. C’est de l’acquis incontestable et incontesté dans notre société. La vraie démocratie contemporaine est naturellement et intrinsèquement féministe, l’égalité des droits des hommes et des femmes n’est contestée que dans des pays où le régime politique n’est pas démocratique.

Or, ce qu’on voit proliférer aujourd’hui relève du déni total de la réalité. Les déléguées néo-féministes expliquent urbi et orbi que les femmes constituent une « minorité opprimée », « bafouée », « humiliée » et  « invisible » et j’en passe. Il est étrange que les femmes soient une « minorité », car elles sont statistiquement majoritaires sur la surface de la terre. En France, plus les femmes accèdent aux postes de prestige et de pouvoir, plus la rage de la dénonciation délirante devient grande. Et souvent d’ailleurs, ces dénonciations proviennent de celles qui bénéficient du  prestige et du pouvoir, des postes universitaires et des tribunes médiatiques. On apprend de leur bouche que le « viol est le paradigme définissant la sexualité » (Andrea Dworkin), que le « plaisir masculin est lié à la victimisation d’autrui », que ne pas avoir un mari c’est « ne pas être violée, tabassée ou tuée » (Alice Coffin) et d’autres délires androphobes de ce genre. Une étudiante a quitté ma fac après avoir entendu en cours de théorie du genre que l’hétérosexualité était la pire violence que l’humanité ait infligée aux homosexuels. Dans leur absurde, ces professeuses  oublient que sans « la violence hétérosexuelle », elles n’auraient pas eu de clients pour écouter ces délires et ne seraient même pas là pour proférer ces idioties. Qu’elles se rassurent, les théoriciennes des viols conjugaux, les hommes n’auront pas d’autre choix que de suivre le conseil de Coluche :

« Certains hommes aiment tellement leurs femme, que, pour ne pas l’user, ils se servent de celle des autres ».

Minorité opprimée

La femme occidentale aujourd’hui a été transformée  par les pasteurs (pasteuresses ?) de l’église androphobe en « prolétariat opprimé ». C’est là où la stratégie idéologique n’a rien à envier aux idéologues communistes. Nourri par Gramsci, par l’influence des post-marxistes américaines et soutenu par la quasi-dictature de l’idéologie de gauche dans la presse et les milieux intellectuels, ce néo-féminisme a fait quelques retouches de l’image de l’oppresseur que la propagande soviétique avait créée. Ce qui était générique pour les soviets, est devenu masculin pour les néo-féministes. En ex-URSS le générique englobait l’homme en général (la femme et les enfants compris), qui était un affreux bourgeois nanti. L’impérialiste est devenu un homme blanc et le prolétariat est incarné par la Femme. Sauf que celles qui dénoncent avec furie les crimes des hommes sont souvent des bourgeoises repues accompagnées de leur « porte-cotons », pour reprendre une jolie expression de Pierre-André Taguieff.

On retrouve dans l’idéologie féministe radicale l’utopie du monde meilleur, de préférence, sans hommes ou avec les hommes soumis à toutes les élucubrations les plus délirantes de nouvelles justicières de l’ordre moral. On aurait pu croire que l’effondrement de l’URSS aurait découragé les occidentaux de bâtir un brave new world avec les mêmes figures bien connues, les mêmes procédés idéologiques, les mêmes projets de pouvoir, les mêmes anathèmes sur tout ce qui n’est pas dans la ligne, mais on assiste en France à une vraie république soviétique en marche. Pour les néo-féministes ceux qui ne pensent pas de la même manière, sont sommés d’apprendre que la société est « androcentrique », que les hommes sont « misogynes » et « antiféministes » par nature (en somme, les ennemis du peuple féminin !), que les femmes sont « invisibles » ou « invisibilisées » par les hommes, par les institutions et aussi par la langue française. Je parle de l’expérience –les néo-féministes sont donneuses de leçons, -trait caractéristique de maîtresses d’école- une relectrice anonyme d’un de mes articles a émis le jugement suivant, en jargon auparavant inconnu :

« L’autrice ignore peut-être vivre dans une société androcentrique ».      

Oui, en effet, l’autrice, moi, l’ignorait avant que la savante remarque d’une anonyme pontifiante l’en ait instruite. Comment ne pas penser au dicton soviétique « si tu ne sais pas, on t’apprendra et si tu ne veux pas, on te forcera ». Ce commentaire arrogant était révélateur non pas du monde « androcentrique » mais de la faiblesse idéologique de ce mouvement qui fonctionne à l’instar d’une secte qui n’attire que des faibles d’esprits manipulables.

Le monde meilleur doit donc être sans hommes ou avec des hommes épurés de leur masculinité coupable. Émasculés, en somme. Les néo-féministes sont persuadées qu’elles vont changer la nature humaine (et elles le font déjà en ralliant des hommes faibles qui reconnaissent leur criminalité innée), culpabiliser les hommes d’être ce qu’ils sont et, pourquoi pas, construire leur propre Goulag moral où on enseignera la haine du masculin. Comme atteste cet opus Moi, les hommes je les déteste de Pauline Harmange :

« Le conflit et la colère ne sont pas des outils et des émotions qu’on maîtrise naturellement : on a été élevées pour être des petites filles dociles qui deviendront des femmes douces et compréhensives. Annoncer de but en blanc qu’on n’aime pas les hommes, c’est incarner une colère plus grande que sa propre personne et s’exposer aux affrontements. Avec la société en général qui laisse tant de place aux hommes, à leur travers et à leurs crimes (sic !), et avec les individus mâles (sic !), s’ils ne sont pas prêts à entendre ce ressentiment ».

Cette écriture est typique de la production néo-féministe. Les « crimes » ne sont pas précisés, nous ne pouvons que supposer que le crime principal commence avec le fait de naître homme, selon cette formidable logique de tolérance et de bienveillance. De surcroît, ce texte montre que les néo-féministes ont beaucoup d’ennemis, pas seulement les hommes, mais aussi « les individus mâles » (cela ne doit pas être la même chose, selon le passage cité…). Or, dans une société démocratique, les crimes doivent être punis par la loi. Si le fait de naître un homme implique d’emblée d’avoir des travers et des crimes, il faudra interdire aux hommes de naître. C’est la conséquence logique de ces rêves de la « sororité bienveillante ».

Pourquoi cette parole se fait entendre

Le néo-féminisme militant mise sur les faiblesses des intellectuels[1] . La grande majorité de la faune académique est connue par son envie de consensus, de paix, de tranquillité « nécessaire pour la pensée », (c’est le synonyme de « pas de vagues »), de tolérance, de bienveillance (on tombe en pâmoison devant un adjectif subjectif ou des propos polémiques) et de manque de courage. C’est lié d’une part au statut de l’Université, qui a toujours fonctionné comme le clergé au service du dogme officiel (égalitariste, marxiste, maoïste, communiste, aujourd’hui inclusiviste) et d’autre part à la nature de l’intellectuel universitaire français qui pense qu’il faut qu’il soit toujours « à gauche »[2]. Lénine avait raison  et sa théorie a réussi: l’essentiel dans toute école de pensée est l’orientation idéologique et politique de l’enseignement. Les intellos passent leur temps à se demander si leurs écrits ne sentent pas trop la « droite », si les faits qu’ils constatent ne seraient pas récupérés par l’extrême droite, si les tribunes qu’ils écrivent ne soient pas publiées dans la presse de droite etc. La droite en France universitaire est le diable. Ces lieux communs sont massivement servis et soutenus par la plupart des médias de gauche qui créent les figures du Bien et du Mal: en l’occurrence la femme « victime des violences masculines », de la « culture du viol », dans les œuvres d’A. Chénier et de Ronsard, de la « masculinisation de la langue française », de l’inégalité des œuvres masculines et féminines au programme scolaire. Les mêmes médias et les mêmes féministes clouent au pilori Polansky, font enlever la plaque de Hocquenghem etc.

Le problème n’est pas tant ce délire ostentatoire pompeusement présenté comme l’idéologie du monde meilleur, sans figures paternelles, avec des hommes soumis, avec une langue épurée de « masculinismes » et j’en passe , que l’effet que cela a l’air de produire sur les professionnels de la pensée. Des collègues ou des journalistes écrivent et disent qu’ils sont « terrorisés » ou « intimidés », que ces idéologies sont « terroristes », que le climat est invivable. Je m’étonne toujours de ces formules : en quoi ce délire est-il intimidant ? En Union Soviétique, le Goulag a réellement existé, des millions de gens y ont péri parce qu’ils osaient contredire le totalitarisme communiste ; l’intimidation consistait à menacer les rebelles d’extermination physique de leurs familles, de tortures et de fusillades.

L’intimidation dont parlent ces universitaires relève, certes, d’une crainte légitime de se trouver ostracisé, mais ils oublient que leur solitude n’est jamais absolue et qu’il suffit de chercher pour trouver des alliés partout. L’intimidation vient non pas de l’action des féministes radicales qui n’ont pas (encore) passé à l’acte de castration physique, mais du ressenti personnel des intellectuels ; de leur manque d’entraînement à la dureté du prochain, qui n’est pas toujours aimable. Ces collègues ne sont pas menacés de mort comme Zineb Rhazaoui qui combat les islamistes avec un courage et une détermination, ils ne sont pas traînés dans la boue par les médias et par les associations militantes comme Georges Bensoussan ou Pascal Bruckner, ils ne sont pas fusillés comme les journalistes de Charlie, ils ne sont pas envoyés en prison comme Faria Adelkhah. Alors quoi ? Quelques remarques désobligeantes des collègues consensuels ? Les accusations de sexisme, j’en conviens, cela peut mettre fin à une carrière de l’homme universitaire. Mais ce n’est pas la mort. En fait, plus que l’intimidation, ils craignent  pour leur image consensuelle, polie, bien léchée et surtout « neutre », en oubliant que la neutralité parfois relève de la pleutrerie ou de l’inconscience. De surcroît, les néo-féministes radicales se réclament de la gauche aussi, en remettant au goût du jour les vieilles ferblanteries marxistes. Les nier semble gênant pour une certaine intelligentsia universitaire. Qui plus est, ces nouveaux mouvements radicaux se disent « rebelles », «révolutionnaires » et cela va avec l’image de la libre pensée dont se flatte l’université (l’endroit le plus consensuel au monde). Difficile de la contester sans se faire mal voir. Et puis, ce sont aussi des universitaires qui ont produit la misandrie conceptuelle présentée comme combat pour la justice féminine en recourant au procédé de remplacement de figures de « victime ». Les vieilles loques communistes ont été remplacées par les fripes néo-féministes. Au fond, idéologiquement, il n’y a pas plus conformiste que le néo-féminisme radical qui aspire plus que tout non pas à une quelconque justice mais au pouvoir absolu.

No pasarán

Cependant, il faut se rendre compte qu’il s’agit d’une petite minorité active qui s’agite beaucoup et qui s’autodétruira un beau jour.

Comme la démocratie n’est pas tout à fait morte, même si elle montre des signes de faiblesse, les citoyens sont tout à fait capables de voir que le néo-féminisme aspire à la destruction de la société démocratique ou les rapports entre les citoyens sont fondés sur le respect mutuel sans différence de sexes. Cette destruction (les intellos de ce mouvement préfèrent le terme  pompeux et savant « déconstruction ») vise la société où sous la pression de la culpabilisation des hommes, on peut supposer la prolifération des couples homosexuels imposés par cet nouvel ordre social si on n’arrête pas le délire : tout homme sera potentiellement un accusé de viol, ne fût-ce que par le regard qu’il osera poser sur une femme. Les femmes hétérosexuelles qui aiment les hommes et les hommes homosexuelles qui n’aiment pas les femmes n’admettront jamais ce cas de figure.

Cette idéologie est extrémiste, car elle fondée sur l’exclusion, elle renie le pluralisme et le débat contradictoire. Tous ceux, et ils sont fort nombreux, qui s’opposent aux délires néo-féministes sont taxés de réactionnaires, d’ignorants, de misogynes etc. Or, la démocratie est pluraliste, elle suppose la diversité des opinions, d’idéologies et de théories, leur confrontation. Et elle a ses défenseurs qui sont bien nombreux. Mais avec les radicaux, le débat n’est pas possible, il est clos d’emblée. Ce statut hermétique du discours qui sacralise la figure victimaire et revendicatrice de la femme ne peut mener qu’à sa propre destruction.

Cette idéologie est fondée sur le ressentiment contre une partie de l’humanité et sur la culpabilisation permanente. Parmi ces théoriciennes, nombreuses sont lesbiennes, elles règlent leurs comptes avec les hommes, qui ont pu leur infliger des souffrances, souvent bien réelles, dans le passé.  Cependant, si la société fonctionnait sur le ressenti, les Juifs européens auraient dû exiger la punition exemplaire de l’Europe qui les a abandonnés à l’extermination.

L’idéologie des néo-féministes suppose une vision conspirationniste de la société- le complot des « masculinistes ». Elle a transformé le féminisme en farce en remplaçant le débat public par la dénonciation de l’homme et les incantations morales permanentes, en s’érigeant en une nouvelle Eglise. Et les vraies féministes « old-school » ne le lui pardonneront pas.

Cette idéologie au lieu d’unir, essaie de monter les sexes les uns contre les autres en essayant de tuer en germe toute existence harmonieuse défendue tant par la Genèse que par la philosophie depuis Platon. Elle est  ainsi profondément  anti-humaniste et victimaire, revancharde et castatrice.  Le triste sort des néo-féministes hétérosexuelles sera comme la fin de cette vieille blague soviétique.

« Un homme se promène dans les bois. Tout d’un coup, surgit une vieille et braque son fusil sur lui. L’homme jure qu’il ne lui fera rien. Elle répond : « Ah bon, tu ne veux rien me faire ? Mais il faudra, mon petit, il faudra bien ! »

Pour les autres, elles finiront par perdre le soutien de celles qui n’aspirent qu’à vivre leur homosexualité avec dignité, sans revendications victimaires.

Blagues à part, ceux qui ont vécu dans l’enfer appelé l’Union Soviétique, connaissent bien la règle : les utopistes accomplissent toujours exactement le contraire de ce qu’ils promettent. L’univers néo-féministe ressemble fort à un espace pénitentiaire où règne la négation de l’amour, de la séduction, du deuxième degré, de l’humour et du jeu. Une caverne triste remplies de castratrices enragées et qui vont voir se retourner contre elles non seulement les hommes, mais la société toute entière.


[1] Je prends « intellectuel » non pas dans le sens de leur métier, mais dans le sens que donne à ce vocable Pascal Bruckner : « nul n’est capable de le définir avec précision -il s’agit de toute personne qui travaille avec son intelligence ou son art-médecin, chanteur, comédien peut relever de cette catégorie. Le vague de sa spécialité fait la force de sa réputation ». voir « À quoi servent les intellectuels » in  La modernité disputée Textes offerts à Pierre-André Taguieff, Paris : CNRS, p. 667.

[2] Ce ne sont pas seulement mes impressions personnelles, ce sont les résultats des recherches de François, Abel et Magni-Berton Raoul (2015), Que pensent les penseurs ? Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble.

2 réflexions au sujet de “Back in the USSR: les mécanismes totalitaires du féminisme radical.”

  1. Chère Yana,
    merci pour cette remarquable analyse du postféminisme vindicatif et victimaire. L’analogie avec les dogmes du cauchemar soviétique que vous avez subi pendant votre adolescence est absolument pertinente.
    Vous devriez proposer vos textes à Causeur, un des rares médias français qui ne soit pas convenu ni converti à la bien-pensance.
    Je me permets le conseil d’un ouvrage démontrant la perversité des promoteurs de ces folies que sont théorie du genre et antispécisme : La philosophie devenue folle, de Jean-françois Braunstein (Grasset).
    Très cordialement.

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