Ma contribution pour le livre 7 octobre Manifeste contre l’effacement d’un crime, dirigé par Sarah Fainberg et David Reinharc
Yana Grinshpun
Le massacre du 7 octobre a rouvert les écluses de l’océan de la haine antijuive, chauffée à blanc par la réussite génocidaire du Hamas. Tout se passe comme si dans le secret des consciences, le fait que tous les Juifs d’Israël n’ont pas été exterminés jusqu’au dernier ait provoqué la colère des foules. Les foules de musulmans, de nouvelle gauche, d’extrême droite, de négationnistes, de wokistes-palestinistes universitaires et d’antisémites sans affiliation particulière. Les réseaux sociaux abondent de tweets qui soit citent des passages de Mein Kampf soit regrettent que tous les Juifs n’aient pas été exterminés pendant la Shoah et pendant le massacre du 7 octobre. Les partis de gauche justifient les massacres par la « culpabilité » de l’existence de « l’Etat colonial ». Les négationnistes islamo-gauchistes ont renfloués les rangs des négationnistes « classiques » de droite, en hurlant partout que ce sont les hélicoptères israéliens qui ont tué leurs jeunes, que les viols n’avaient pas eu lieu, que les enfants n’ont pas été tués. Malgré les images de la jouissance collective, diffusée par les assassins eux-mêmes sur les réseaux du monde entier, malgré les cadres de la liesse populaire à Gaza à la vue des corps des Juifs, malgré les cris de joie et les humiliations infligées aux otages à Gaza. A cela s’ajoute le cirque juridique de la Cour Internationale de Justice où un pays allié du Hamas a accusé Israël de …génocide. Les archives de cette haine ne doivent jamais être oubliées.
Courte synthèse de « l’énigme antisémite »[1]
La gauche française, nourrie par le poison antisioniste universitaire a donné les gages de l’antisémitisme incontestable depuis le 7 octobre. De la manifestation de l’internationale antijuive à Toulouse-Mirail, applaudie par l’agence de presse de la République islamique iranienne[2], jusqu’au communiqué d’un syndicat de l’EHESS du 8 octobre, un jour après les massacres terrifiants commis sur le sol israélien par le Hamas, en passant par Nanterre Université, et jusqu’à Sciences Po, la propagande antijuive va bon train.
De gauche à droite des courants antijuifs prospèrent dans le discours médiatico-politique. Les vieux mythes du contrôle du monde par les Juifs se font entendre dans les discours d’un de Villepin et d’un Védrine, la fable de l’apartheid est colportée par un Mélenchon ou un Poutou.
La parole coranique considère les Juifs comme des pervers et des ennemis historiques des musulmans, comme vient de le formuler l’imam Mahjoubi[3], l’un des milliers d’imams qui éduquent les musulmans d’Occident à la haine des Juifs. La cause palestinienne fantasmée sert de point de ralliement à tous les mouvements islamiques les plus antagonistes. Elle est également soigneusement cultivée par tous les partis politiques de gauche qui se sont alliés avec les islamistes en communiant dans la haine des Juifs.
Toute cette humanité parallèle est engloutie dans ce que Marc Angenot appelle « les idéologies du ressentiment » [4]. Les rangs d’islamo-gauchistes ont surpassé la vieille droite antisémite incarnée aujourd’hui par la politique pro-arabe du Quai d’Orsay et dont l’attitude d’un Védrine est un exemple criant. Tout ceci est accompagné par le négationnisme jouissif et par les accusations projectives.
En guise de conclusion
La tragique leçon du 7 octobre a montré aux Juifs et à leurs rares alliés qu’il ne faut pas se berner d’allusions pacifistes, il ne faut pas chercher à se faire aimer par ceux dont l’identité même est construite par la haine des Juifs ni à quémander de la compassion pour nos morts. Il ne faut pas chercher à prouver au monde que l’esprit juif est un esprit de construction, – qui a les yeux, le voit par lui-même. Nous avons survécu à des empires et à des peuples, à des monarchies et aux totalitarismes, aux pogroms et aux génocides, nous sommes restés fidèles à notre histoire, à notre mémoire, à notre tradition et à notre peuple[5][6]. Nous avons apporté notre grain à toutes les cultures au sein desquelles nous avons évolué et nous ne sommes pas prêts ni à disparaître ni à nous assimiler, tout en étant porteurs de l’universalisme singulier.
[1] Allusion au livre de D. Sibony, 2004, Enigme antisémite, Paris, Seuil.
[2]https://fr.irna.ir/news/85263874/France-la-manifestation-pro-Palestine-des-%C3%A9tudiants-toulousains
[3] https://www.leparisien.fr/faits-divers/affaire-mahjoub-mahjoubi-repli-identitaire-haine-des-juifs-ce-que-revele-larrete-dexpulsion-visant-limam-22-02-2024-CPMUWT376BAHHBU2PMJC2WJX5I.php
[4] M. Angenot, (1997), Les idéologies du ressentiment, Montréal, éd. XYZ.
[5] https://x.com/oumma/status/1764583200867655696?s=20
[6] Sauf quelques exceptions qui n’ont pas été suffisamment forts pour assumer la haine des autres, cela a déjà été vu par Théodore Herzl : « Cette haine des Juifs n’aura jamais provoqué que la défection des plus faibles d’entre nous. Les Juifs les plus forts reviennent fièrement à leur peuple lorsqu’éclatent les persécutions ». (Th. Herzl (1896 : 2003), L’Etat des Juifs suivi d’essai sur le sionisme : de l’Etat des Juifs à l’Etat, éd. La découverte/Poche.