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Le corps des femmes, ligne de front de la liberté républicaine

par Sonya Zadig

Dans mon travail, j’ai montré que le corps des femmes n’est jamais un simple donné biologique. Il est un lieu de capture, un territoire où s’agrègent normes, sacralisation et rapports de pouvoir. Lorsque le corps féminin devient le support obligé d’un ordre moral ou religieux, ce n’est pas seulement une question de mœurs : c’est une atteinte directe au principe d’égalité des sujets, fondement de toute démocratie.

Ce que nous voyons aujourd’hui en Iran en offre une démonstration extrême. Le soulèvement porté par « Femme, Vie, Liberté » ne conteste pas un détail du droit iranien : il s’attaque à un système où l’islam, confondu avec la loi de l’État, organise juridiquement le contrôle des corps, en particulier ceux des femmes. En retirant le voile, ces femmes rappellent un principe élémentaire : une loi religieuse qui nie l’intégrité corporelle et la liberté du sujet cesse d’être une loi légitime.

Ce point est décisif. Lorsqu’une religion — ici l’islam — cesse d’être une conviction privée pour devenir une norme publique contraignante, elle entre en conflit avec les principes fondamentaux de l’État de droit. Il ne s’agit pas de disqualifier une foi, mais de rappeler une exigence constitutionnelle : aucune croyance ne peut disposer des corps, ni suspendre l’égalité entre les sexes.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la parole et l’acte des apostats de l’islam. Leur geste n’est pas une opinion abstraite, mais un acte lourd de conséquences juridiques, sociales et souvent vitales. En s’extrayant d’un système religieux qui prétend régir leur corps, leur filiation et leur existence, ils mettent au jour le prix réel de la liberté : l’exil, la rupture, parfois la menace. Ce mouvement doit être accompagné et protégé, précisément pour ne pas se refermer sur lui-même, pour ne pas devenir à son tour une identité close, une nouvelle tunique de Nessus. Les apostats de l’islam nous avertissent : la liberté n’est jamais acquise, elle se paie.

Ce que l’Iran rend visible à ciel ouvert concerne directement la France. Car ici aussi, sous couvert de tolérance ou de relativisme culturel, des normes issues de l’islam s’imposent à des corps féminins dans certains espaces sociaux. Des femmes y sont dissimulées, contraintes, soustraites à l’espace commun. Ces situations ne relèvent pas de choix privés : elles constituent une atteinte au principe de laïcité, qui garantit la neutralité de l’espace public et la liberté de conscience de chacun.

Une République qui accepte que des normes religieuses — quelles qu’elles soient — régissent le corps de certaines femmes accepte implicitement que l’égalité soit négociable. Elle renonce à l’universalité de la loi. Là où des femmes ne peuvent disposer librement de leur corps, de leur visage ou de leur parole, ce sont les libertés de tous — femmes et hommes — qui sont juridiquement et politiquement fragilisées. La liberté n’est pas divisible : elle est indivisible ou elle recule.

Se dégager de l’islam lorsqu’il devient carcan, refuser d’en être le support corporel, n’est pas une transgression antisociale : c’est l’exercice plein et entier de la liberté de conscience, telle que garantie par le droit français et européen. Soutenir les femmes iraniennes, soutenir les apostats de l’islam, ce n’est pas stigmatiser une religion ; c’est défendre les principes mêmes de l’État de droit.

Ce que disent ces corps, en Iran comme en France, est juridiquement clair : aucune croyance ne peut suspendre l’égalité, aucune tradition ne peut primer sur l’intégrité du sujet, aucune paix sociale ne justifie l’abandon de la liberté. Là où une religion devient norme contraignante sur les corps, la démocratie vacille. Là où des femmes et des apostats s’en dégagent, c’est l’universalité de la liberté qui est réaffirmée.

1 réflexion au sujet de “Le corps des femmes, ligne de front de la liberté républicaine”

  1. Vous ne pouvez pas comparer des démocraties avec des pays de culture musulmane qui ne sont en général pas des démocraties et, surtout, qui inscrivent dans leur Constitution que l’islam est une religion d’Etat, transposant par là-même, en particulier, toutes les inégalités homme-femme du Coran et autres textes islamiques de référence dans la vie publique.

    Par ailleurs, je suis surpris de lire : « … à l’universalité de la loi. » En soi, il n’y a pas d’universalité des lois, ce qui équivaudraient à des lois « naturelles ». Tout au plus, l’ONU essaie de mettre d’accord, à un moment donné…, une majorité d’états sur des règles communes ; avec tout le relativisme de ces accords suite à l’opération « commando » des USA, le WE dernier, pour s’emparer de Maduro dans sa maison.

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