Par Yana Grinshpun
Le 22 janvier 2026, une émission diffusée sur France Culture s’est penchée sur la question des lieux de prière musulmans dans l’espace public et les institutions françaises.
Présentée comme un ensemble de témoignages des musulmans souffrant de l’absence des lieux de prière, l’émission se donne pour objectif apparent d’interroger les « manques » de la République face aux besoins religieux de certains citoyens. Sous couvert d’analyse et de bienveillance, elle participe en réalité à un déplacement idéologique désormais bien rodé.
On y apprend notamment que l’Université Paris-VIII a aménagé, de manière officieuse, des lieux de prière musulmane, et que certaines entreprises procèdent à des aménagements similaires. Les personnes interrogées expliquent cela avec la plus parfaite bonne foi : selon elles, ces salles de prière seraient comparables à des fumoirs, de simples dispositifs pratiques, presque anodins, comme si la question ne se posait même plus en France, comme s’il s’agissait d’un impensé.
France Culture joue ici pleinement son rôle d’interpellation morale des idiots utiles. L’émission suggère qu’il existerait une « souffrance » spécifique des musulmans qui ne pourraient pas prier dans l’espace public, et qu’il conviendrait donc d’y remédier par des aménagements ad hoc. Le procédé est désormais bien rodé : transformer une revendication politico-religieuse en problème humanitaire, puis exiger de la République qu’elle s’adapte. La laïcité est ainsi discrètement redéfinie non plus comme un principe de séparation, mais comme une variable d’ajustement destinée à soulager des affects religieux.
Le renversement est total : ce n’est plus l’irruption du religieux dans l’espace public qui pose problème, mais l’insuffisance des dispositifs permettant son expression. Le refus devient « exclusion », la neutralité devient « violence symbolique », et l’exception confessionnelle est présentée comme une évidence morale. Ce glissement, habillé de bienveillance culturelle et de vocabulaire compassionnel, constitue précisément le terrain de prédilection des idiots utiles : ceux qui, au nom de l’empathie, travaillent à la dissolution des principes qu’ils prétendent défendre.
Cette mécanique n’a pourtant rien de nouveau. Les processus politiques amorcés au siècle dernier ont engendré un groupe pour le moins singulier, entré dans l’histoire sous un sobriquet aussi cruel que révélateur : les « idiots utiles ». L’expression, aujourd’hui largement répandue, était à l’origine réservée à des cercles politiques avertis. Elle désignait ceux qui, par idéalisme ou naïveté, servaient objectivement des causes qui les méprisaient.
Après le coup d’État bolchevique de 1917 et l’arrivée au pouvoir du parti communiste en Russie, les démocraties occidentales condamnèrent officiellement le renversement de ce que l’on appellerait aujourd’hui l’ordre constitutionnel. Les bolcheviks, eux, ne dissimulaient nullement leurs objectifs : exporter la révolution, détruire les démocraties occidentales, les déstabiliser et instaurer partout la dictature du prolétariat.
Pour ce faire, ils fondèrent en 1919 l’Internationale communiste (Komintern), chargée de diriger et d’instrumentaliser les partis communistes européens et américains, mais aussi de séduire les socialistes occidentaux.
Afin d’éviter toute confusion : en Occident, on appelait « socialistes » les sociaux-démocrates. (Pour les ex-soviétiques, il n’y a pas de différence entre les communistes et les socialistes). Le Komintern les méprisait profondément, les affublant d’épithètes telles que « petits-bourgeois », « pourris », « repus ». Ils étaient traités avec le même dédain que l’intelligentsia russe, que Lénine qualifiait sans détour de « merde » dans une lettre à Maxim Gorki.
Ces socialistes occidentaux furent cyniquement utilisés par les bolcheviks soviétiques, qui les méprisaient tout en se servant d’eux. En privé, ils les désignaient comme des « idiots utiles ». Avec leur approbation et grâce à leur pacifisme aveugle — l’URSS préparait coups d’État et opérations de déstabilisation dans les pays occidentaux.
À l’origine, les « idiots utiles » étaient donc les admirateurs occidentaux de l’Union soviétique, séduits par des slogans et des promesses. Les communistes, eux, ne relevaient pas de cette catégorie : ils savaient, au moins partiellement, ce qu’ils faisaient. Ils exécutaient les directives d’un État étranger et en étaient, de fait, les agents.
L’Union soviétique a disparu, mais la structure mentale demeure. Et surtout en France. Les idéologies radicales ont pris le relais, cherchant à imposer leur vision du monde à l’ensemble des sociétés. Et, une fois encore, des idéalistes bienveillants les applaudissent.
Il s’agit aujourd’hui de l’islamisme et de ses idiots utiles. Quant à certains mouvements politiques, ils ne relèvent même plus de cette catégorie : ils sont à son service, exactement comme les communistes l’étaient au service de l’URSS.
Le temps, manifestement, n’enseigne rien. Comme le rappelle l’Ecclésiaste (1,11) :
« Il n’y a pas de souvenir des choses anciennes ; et ce qui arrivera plus tard ne laissera pas davantage de souvenir chez ceux qui viendront après »
France Culture les présente comme des victimes alors qu’ils prient cinq fois par jour sur leurs lieux de travail et que certains d’entre eux sont des agents administratifs (soumis à une obligation de neutralité par conséquent). C’est juste lunaire tout ça. Au secours.
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