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Le manifeste des cent: l’islamo-gauchisme à l’Université.

Dans une tribune au « Monde », des professeurs et des chercheurs de diverses sensibilités dénoncent les frilosités de nombre de leurs pairs sur l’islamisme et les « idéologies indigénistes, racialistes et décoloniales », soutenant les propos de Jean-Michel Blanquer sur « l’islamo-gauchisme ». Publié 1-2 novembre 2020

Les animateurs de ce blog, Roland Assaraf, Jean Szlamowicz, Georges-Elia Sarfati et Yana Grinshpun ont signé cette tribune.

Tribune. Quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty, la principale réaction de l’institution qui est censée représenter les universités françaises, la Conférence des présidents d’université (CPU), est de « faire part de l’émotion suscitée » par des propos de Jean-Michel Blanquer sur Europe 1 et au Sénat le 22 octobre. Le ministre de l’éducation nationale avait constaté sur Europe 1 que « l’islamo-gauchisme fait des ravages à l’université », notamment « quand une organisation comme l’UNEF cède à ce type de choses ». Il dénonçait une « idéologie qui mène au pire », notant que l’assassin a été « conditionné par des gens qui encouragent cette radicalité intellectuelle ». Ce sont des « idées qui souvent viennent d’ailleurs », le communautarisme, qui sont responsables : « Le poisson pourrit par la tête. » Et au Sénat, le même jour, Jean-Michel Blanquer confirmait qu’il y a « des courants islamo-gauchistes très puissants dans les secteurs de l’enseignement supérieur qui commettent des dégâts sur les esprits. Et cela conduit à certains problèmes, que vous êtes en train de constater ».
Nous, universitaires et chercheurs, ne pouvons que nous accorder avec ce constat de Jean-Michel Blanquer. Qui pourrait nier la gravité de la situation aujourd’hui en France, surtout après le récent attentat de Nice – une situation qui, quoi que prétendent certains, n’épargne pas nos universités ? Les idéologies indigéniste, racialiste et « décoloniale » (transférées des campus nord-américains) y sont bien présentes, nourrissant une haine des « Blancs » et de la France ; et un militantisme parfois violent s’en prend à ceux qui osent encore braver la doxa antioccidentale et le prêchi-prêcha multiculturaliste. Houria Bouteldja a ainsi pu se féliciter début octobre que son parti décolonial, le Parti des indigènes de la République [dont elle est la porte-parole], « rayonne dans toutes les universités ».
La réticence de la plupart des universités et des associations de spécialistes universitaires à désigner l’islamisme comme responsable de l’assassinat de Samuel Paty en est une illustration : il n’est question dans leurs communiqués que d’« obscurantisme » ou de « fanatisme ». Alors que le port du voile – parmi d’autres symptômes – se multiplie ces dernières années, il serait temps de nommer les choses et aussi de prendre conscience de la responsabilité, dans la situation actuelle, d’idéologies qui ont pris naissance et se diffusent dans l’université et au-delà. L’importation des idéologies communautaristes anglo-saxonnes, le conformisme intellectuel, la peur et le politiquement correct sont une véritable menace pour nos universités. La liberté de parole tend à s’y restreindre de manière drastique, comme en ont témoigné récemment nombre d’affaires de censure exercée par des groupes de pression.
Ce qui nous menace, ce ne sont pas les propos de Jean-Michel Blanquer, qu’il faut au contraire féliciter d’avoir pris conscience de la gravité de la situation : c’est la persistance du déni. La CPU affirme dans son communiqué que « la recherche n’est pas responsable des maux de la société, elle les analyse ». Nous n’en sommes pas d’accord : les idées ont des conséquences et les universités ont aussi un rôle essentiel à jouer dans la lutte pour la défense de la laïcité et de la liberté d’expression. Aussi nous étonnons-nous du long silence de Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, qui n’est intervenue le 26 octobre que pour nous assurer que tout allait bien dans les universités. Mais nous ne sommes pas pour autant rassurés.
Nous demandons donc à la ministre de mettre en place des mesures de détection des dérives islamistes, de prendre clairement position contre les idéologies qui les sous-tendent, et d’engager nos universités dans ce combat pour la laïcité et la République en créant une instance chargée de faire remonter directement les cas d’atteinte aux principes républicains et à la liberté académique. Et d’élaborer un guide de réponses adaptées, comme cela a été fait pour l’éducation nationale.
Premiers signataires : Laurent Bouvet, politiste, professeur des universités ; Jean-François Braunstein, philosophe, professeur des universités ; Jeanne Favret-Saada, anthropologue, directrice d’études honoraire à l’Ecole pratique des hautes études ; Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale (2002-2004) ; Renée Fregosi, politiste, maîtresse de conférences HDR en science politique ; Marcel Gauchet, philosophe, directeur d’études émérite à l’Ecole des hautes études en sciences sociales ; Nathalie Heinich, sociologue, directrice de recherche au CNRS ; Gilles Kepel, politiste, professeur des universités ; Catherine Kintzler, philosophe, professeure honoraire des universités ; Pierre Nora, historien, membre de l’Académie française ; Pascal Perrineau, politiste professeur des universités ; Pierre-André Taguieff, historien des idées, directeur de recherche au CNRS ; Pierre Vermeren, historien, professeur des universités
Liste complète des signataires : manifestedes90.wixsite.com/monsite

La contre tribune publié dans Le Monde : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/04/les-libertes-sont-precisement-foulees-aux-pieds-lorsqu-on-en-appelle-a-la-denonciation-d-etudes-et-de-pensee_6058482_3232.html

Ajout à cette tribune de Nathalie Heinich:

Chers collègues,

Il semble que les demandes à l’adresse du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, que nous avons formulées à la fin de notre tribune dans Le Monde de ce week-end sur le déni universitaire face à l’islamisme, ont été mal interprétées par certains. Nous avons simplement proposé de mettre en place une instance analogue au « Conseil des sages de la laïcité » tel que Blanquer l’a créé pour l’Education nationale, chargée de centraliser les informations relatives aux atteintes à la laïcité, et de proposer un guide de réponses adaptées (et il ne s’agit bien sûr pas ici de soutenir l’action de Blanquer en général, qui n’est pas notre propos).

L’intérêt de ce type de dispositifs est de court-circuiter la voie hiérarchique, dont nous savons tous à quel point, en privilégiant le souci de ne « pas faire de vagues », elle tend à étouffer les problèmes, enfermant ainsi les enseignants dans le déni et l’impuissance. Et de ce point de vue il est fort à craindre que la médiation par les présidents d’universités, via les « référents laïcité », ne soit guère plus efficace que la médiation par les directeurs d’établissements scolaires.

Il n’y a donc rien là qui puisse attenter à la « liberté académique »: d’abord parce qu’il n’y aurait aucune obligation, ni de signalement (libre aux enseignants de faire ou non remonter l’information), ni d’application du protocole préconisé; ensuite parce qu’il s’agirait de signaler non pas des contenus académiques mais des attitudes (menaces, pressions…) qui entravent précisément l’expression de certains contenus. Ce serait simplement un outil au service des enseignants soucieux de faire respecter les règles académiques, et notamment cette liberté qui nous est chère.

L’on peut regretter à ce propos que ceux qui voient immédiatement la paille dans l’œil du pouvoir, présumé ennemi de notre liberté d’enseignants et de chercheurs, soient aussi aveugles face à la poutre que représente l’emprise militante dans nos amphis, salles de cours et séminaires, qui tend à dicter sa loi en prétendant interdire telle conférence et, surtout, imposer telle problématique ou tel vocabulaire. Je crains qu’une vieille culture libertaire n’aveugle certains sur ce qui, aujourd’hui, menace notre liberté académique beaucoup plus sûrement que l’emprise de l’Etat : à savoir l’emprise des idéologies.

Je me permets pour finir de préciser que, soucieuse de faire barrage à ces nouvelles menaces, j’ai créé il y a quelques mois au sein de l’association Qualité de la Science Française (QSF) un groupe de réflexion sur la liberté académique, au sein duquel nous sommes en train de préparer une charte qui nous permettra, nous l’espérons, de faire modifier la loi de façon à mieux nous protéger.

Il y est notamment question de la nécessaire distinction entre liberté académique et liberté d’expression, que beaucoup semblent ne pas maîtriser – dont certains détracteurs de notre tribune, qui se présentent comme de valeureux défenseurs de la liberté académique alors qu’ils laissent un boulevard à ceux qui la piétinent.

J’espère vous avoir ainsi rassurés sur le souci que nous portons à la liberté académique, et avoir dissipé les malentendus sur ce que nous préconisons dans cette tribune. Mais en cas de doute je répondrai bien sûr volontiers à vos questions ou objections.

Quant à ceux qui auraient des doutes sur la réalité des faits auxquels nous faisons référence dans notre tribune (et que nous n’avions évidemment pas la place de lister), ils n’ont qu’à se rendre sur le site de notre manifeste, où figurent un certain nombre de liens. Nous serions d’ailleurs ravis si certains d’entre vous voulaient bien y ajouter les exemples dont ils ont connaissance.

3 réflexions au sujet de “Le manifeste des cent: l’islamo-gauchisme à l’Université.”

    1. Le commentaire fort analytique et très fin!
      Puisque vous discréditez la vénérable institution universitaire qui s’est sérieusement trompée en octroyant leur statut académique aux signataires, je vous propose d’écrire à la CPU pour dénoncer ces immondes usurpateurs de la vraie science dont vous semblez avoir une notion claire.

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      1. https://savoiremancipateur.wesign.it/fr

        Pour un savoir critique et émancipateur dans la recherche et l’enseignement supérieur

        Face aux menaces et aux accusations portées dans une tribune parue dans Le Monde et intitulée « Sur l’islamisme, ce qui nous menace, c’est la persistance du déni », des chercheur·ses et enseignant·es-chercheur·ses répondent en prônant au contraire l’idée d’une science ouverte et d’une transmission des savoirs critiques et émancipateurs.

        Nous avons lu le texte désolant intitulé « Manifeste des cent ». Nous savons bien que nous ne convaincrons pas ses signataires : nous pourrions donc les laisser dire et les laisser faire. Cependant, leur appel à la police de la pensée dans les universités ne saurait rester sans réaction. Pas davantage que leur vocabulaire emprunté à l’extrême droite, après Jean-Michel Blanquer et son recours au registre de la « gangrène ». « Islamo-gauchisme », puisque telle est l’insulte agitée pour tout argument, nous rappelle d’autres injures, à l’instar de « judéo-bolchevisme » : des temps sombres et des anathèmes auxquels nous refusons de céder.

        Les universitaires auteurs de ce texte devraient le savoir : il ne suffit pas de brandir des mots disqualifiants, comme « doxa » ou « prêchi-prêcha », à la place d’un argumentaire. Parce que ces mots risquent fort alors de se retourner contre leurs signataires. Mieux vaut donc utiliser avec prudence les accusations de « conformisme intellectuel », de « peur » et de « politiquement correct » : elles pourraient bien s’appliquer à ceux et celles qui les émettent.

        Au fond, une seule « thèse » est ici avancée : un courant d’étude et de pensée se développerait dans les universités qui nourrirait « une haine des “blancs’’ et de la France ». Une telle affirmation est sidérante. En quoi l’étude des identités multiples et croisées, des oppressions et des combats pour l’émancipation conduirait-elle à de tels sentiments ? Nous connaissons l’histoire de France dans toute sa diversité. On y trouve des engagements pour l’émancipation, l’égalité et le droit ; on y trouve aussi des horreurs, violence coloniale, violence sociale et formes terribles de répression. Mais rien qui en fasse une « essence ».

        Une autre accusation grave vient du mot « racialiste » censé définir l’« idéologie » prétendument diffusée dans les universités. L’approche ici visée, parce qu’elle examine entre autres le poids des oppressions sociales, sexistes, et racistes, serait « racialiste ». L’épithète est infâme : elle désigne des pensées et régimes racistes qui se fondent sur une supposée hiérarchie des races. Les signataires le savent pourtant très bien : l’approche sociologique et critique des questions raciales, tout comme les approches intersectionnelles si souvent attaquées, en mettant au jour ces oppressions, entend au contraire les combattre.

        Il est encore un stigmate distillé dans ce texte : cette approche viendrait des « campus nord-américains ». Cette « accusation » prêterait à sourire si elle ne sous-entendait pas que toute forme de réflexion s’inspirant et se nourrissant d’ailleurs serait par principe suspecte. De surcroît, cette manière d’étudier les sociétés émane de tous les continents – et tout autant d’ailleurs de l’ensemble du continent américain et des Caraïbes. C’est réjouissant.

        Le « Manifeste des cent » propose deux choses : fustiger tout un courant d’analyse des sociétés qui devrait être combattu et traqué ; exiger une instance de contrôle pour la défense des libertés académiques. Ses signataires ne paraissent pas percevoir à quel point ces propositions sont contradictoires : combien les libertés sont précisément foulées au pied lorsqu’on en appelle à la dénonciation d’études et de pensée. Chercher à censurer l’expression de ce travail est non seulement inacceptable ; cela avilit aussi les principes mêmes que dit défendre l’« appel des cent » : la république et la liberté.

        Il est consternant qu’à l’heure du deuil face à des attentats terroristes, à l’heure des rappels sur la liberté d’expression, des universitaires s’emparent d’assassinats abjects pour régler leurs comptes et accuser leurs collègues de complicité. C’est indigne de la situation.

        Nous continuerons de défendre la place d’une approche ouverte, critique et tolérante, une transmission des savoirs fondée sur l’émancipation et la dignité, comme une contribution salutaire face à la violence et la haine.

        Cette tribune a été publiée dans Le Monde par plus de 2000 premièr·es signataires.

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