Europe and Islam, Politiquement Correct, victimisation

Trois méditations sur les émeutes

par David Duquesne, essayiste, auteur d’une biographie qui devrait sortir au printemps prochain. Ce livre retrace son histoire, l’histoire de sa famille arrivée d’Algérie en 1947 et l’émancipation de sa mère, ex-musulmane mariée à un Français non musulman. 

Ça n’est pas la République qui est visée mais la France !

On l’entend partout dans les médias, on le répète sans cesse, depuis les émeutes qui ont suivi la mort du petit ange de la diversité enrichissante, ce sont les symboles de la République qui sont visés. Une autre explication vous rangerait du mauvais côté, on vous reprendrait dans vos égarements avant que vous ne prononciez des phrases suspicieuses, nauséabondes.

Lorsque des djihadistes issus de ces communautés, provenant des fameux «territoires perdus de la République », commettaient des attentats, c’était la laïcité qui était en danger et qui était la solution ! Aborder un autre sujet que la technicité légaliste de la loi de 1905 vous valait d’être rangés du côté de l’Opus Deï, Pétain, Hitler et Torquemada. Il ne fallait pas blasphémer contre la sainte loi et on se devait de travailler à l’avènement du Laïcistan paradisiaque.

Vous vous posiez des questions sur la politique d’immigration en France, qui n’avait pas forcément de projet d’assimilation et on vous claquait un universalisme dans les dents, afin de vous signifier que vous n’apparteniez plus vraiment au genre humain, vous étiez un monstre raciste à mettre au ban de la République.

Les jeunes émeutiers affirment eux-mêmes dans leurs vidéos et commentaires sur les réseaux sociaux que c’est la France qu’ils visent :

« Ici c’est l’Algérie, ici c’est l’Afrique, nique la France ! » répètent-ils inlassablement, hilares et enivrés par leur violence et les humiliations qu’ils infligent à leurs victimes.

Les politiques aux responsabilités ainsi que toute la gauche et même le centre droit, ont chassé le mot France et ce qu’il signifie de leur vocabulaire.

Cela ne date pas d’aujourd’hui, cela fait vingt-cinq ans que la France n’existe médiatiquement et politiquement que pour son équipe nationale de football. Parce qu’elle était diversitaire. Avant cela, avait commencé un travail de dissimulation du concept « nation française » ! On parlait d’hexagone, un simple espace géométrique, ça n’était même plus une géographie. 

La France n’avait plus le droit de cité, c’était la République qui l’avait remplacée. Nul besoin de préciser qu’elle était française. Comme la laïcité, la République n’avait pas besoin d’adjectif, elle se suffisait à elle-même. La France avait disparu, pour être enfouie, criminalisée, évincée au profit d’une notion constitutionnelle devenue la seule boussole indiquant la direction des prières devant exaucer les vœux pieux concernant le vivre-ensemble.

Les racailles, caïds, islamistes, djihadistes, émeutiers n’ont que faire des élucubrations idéologiques d’élites « françaises » et de militants bas du front oubliant leur patrie. Bien au contraire, ils sont leurs alliés objectifs pour détruire ce qui leur procure une haine indicible.

Lundi 3 juillet sur CNews, un consultant, Philippe Guibert, refusait cette explication.  Pour lui c’était la République qui était visée par ces « jeunes », et il n’était nul besoin, selon lui, de préciser qu’elle était française, car République et France, cela signifiait la même chose pour lui. Il validait exactement ce que je dénonce, et incapable d’admettre que la République n’avait que deux siècles d’existence alors que la France avait 1000 ans. Et c’est cette France que ces séditieux détestent et veulent détruire. 

La France c’est une langue, une littérature, des architectures, des paysages, une gastronomie, des arts, des cathédrales, des arènes, un mode de vie, une culture, des mœurs, un état d’esprit, un art de vivre, le courage et le panache. Tout ce que la République n’est pas, et dont se fiche royalement ceux qui « niquent » la France. Et c’est parce qu’ils détestent la France et tout ce qu’elle représente, qu’ils ne se sont pas assimilés à nos mœurs, et refusent l’héritage de nos anciens, de nos ancêtres; un legs qui va de notre Dame de Paris à l’Arc de Triomphe en passant par nos petites église de village et nos petits commerces traditionnels. Et c’est aussi cela que ceux qui se réclament constamment de la République sans la France ont méprisé, oublié. Ils sont donc les parrains idéologiques de ceux qui niquent la France, ils leur ont donné le laisser-passer pour la destruction de notre nation.

Le conflit est civilisationnel, car le refus des lois de la République vient majoritairement de jeunes de culture musulmane qui estiment qu’ils n’ont pas à respecter les lois d’un pays de « khouffars ». De plus, j’affirme depuis 40 ans, que pour ces jeunes, dans leur imaginaire idéologique, le flic français et l’État sont l’équivalent de Tsahal et de l’État israélien.

Toute cette bouillie a produit des thèses décoloniales chez les plus éduqués d’entre eux. La partie religieuse islamiste qui s’invite n’a rien de surprenant puisque elle a contribué à entretenir le refus de s’assimiler à notre culture et à nos mœurs.

Quant à l’aspect razzias, il est inhérent au fonctionnement de ces quartiers qui vivent d’une économie parallèle tenant sur les trafics de stupéfiants et sur le butin, avec «objets tombés du camion ».

La société multiculturelle

La société française multi -ethnique est  une bombe à fragmentation avec un bloc élitaire qui a utilisé le bloc diversitaire contre le bloc populaire historique. Le bloc élitaire a fait le mauvais calcul qu’on pourrait résumer ainsi : en cédant sur le sociétal (les valeurs archaïques de l’islam) et les violences et trafics tolérés, il aurait la paix sociale en dehors des quartiers cédés où les classes populaires historiques ont été chassées. Il a aussi rincé les classes moyennes afin qu’elles subventionnent le bloc diversitaire. Christophe Guilluy explique très bien comment cette classe moyenne est en train de disparaître. Voir sa France périphérique.

Les bobos gagnants de la mondialisation et vivant dans les métropoles qui se pensaient protégés et qui parlaient de « fantasme d’extrême droite » ou de gros « droitards », en sont pour leurs frais.

Cela va se calmer car les émeutiers ont pillé ce qu’ils avaient à piller. Une partie des leaders parmi les émeutiers a été arrêtée. Les caïds de la drogue doivent reprendre leurs affaires et il y a une perte de chiffres d’affaires. Certains parents, ont eu un sursaut de conscience et ont tenu leurs adolescents les dernières nuits des émeutes.

Les émeutiers razzieurs vivant de l’économie parallèle des quartiers ont simplement donné un avertissement afin de protéger leur territoire.

Le gouvernement va injecter encore plus d’argent dans une politique de la ville afin d’acheter la paix sociale, et ne retirera aucune leçon de ce soulèvement. On parle de la responsabilité des jeux vidéo ou des réseaux sociaux et on ressort les violons sur les quartiers abandonnés. Le lait victimaire sera tété au sein de la République universaliste, bonne mère.

Le bloc élitaire et l’État vont devoir à terme faire un choix, être du côté de sa police qui est seule à pouvoir les protéger en cas de flambée de violences, ou être du côté du bloc diversitaire qui recherche la domination du bloc élitaire et non celle du bloc populaire déjà soumis.

En comparaison, les gilets jaunes étaient exprimaient une contestation sociale, recherchant une amélioration de leur niveau de vie, et ne désiraient pas la domination de la société française par des lois barbares et expéditives. Soit l’État Nation fait le job, ou soit il sera à terme dévoré par les nouvelles élites émanant du bloc diversitaire qui transformeront à terme, l’État Français en l’équivalent d’un État « laïque » du monde arabe avec une dominante socialiste qui a mené ces états à la ruine que l’on connaît et qui a fait fuir ses ressortissants en Occident.

Les lois de la cité

Les émeutiers savent que cela ne serait pas toléré dans leurs pays d’origine, et ils en jouent. Et dans ces pays, ils ne pourraient pas accuser les  flics algériens, marocains, maliens ou sénégalais, de racisme. Et ils le savent pertinemment.

Ce qui provoque ces émeutes, c’est le clanisme qui est structurant et structurel dans les pays musulmans mais qui bute sur un clanisme plus fort, la dictature locale souvent aux mains de clans familiaux.

Que la culture du ghetto américain via le rap et le cinéma ait une influence sur leurs comportements, cela ne fait aucun doute.

Toutefois, dans les années quatre-vingt, adolescent je côtoyais des voyous de ma cité minière de Lens, et certains de mes potes maghrébins, s’adonnaient à divers trafics et vols. Je leur demandais pourquoi ils faisaient cela, d’autant plus qu’ils ne visaient que les « khouffars », les « gahouris ». La réponse était invariablement la même ; «  on se venge de la colonisation et puis voler des khouffars ça n’est pas haram !» À l’époque, c’était le vol de survêtements de marque pendus au fil à linge dans les jardins des corons, les autoradios… Il y avait aussi une famille où les garçons entassaient toute l’année, dans le garage familial, des vélos et mobylettes volées, puis tout était embarqué au bled en juillet dans un J9. Les garçons touchaient leur bille en mécanique et maquillaient tout cela avec ingéniosité. Je répugnais à ces usages et refusais de voler ou de trafiquer, on m’accusait de « faire mon Français ! ». Je leur répondais que vivre ainsi était une voie de facilité, on se moquait de moi, parce que je faisais des études!

Un jour pour prouver que ça n’était pas glorieux et en plus très facile, je suis entré, devant un groupe de potes, dans un magasin et j’ai pris la caisse que je leur ai donnée. Le vieux commerçant n’avait pas eu le temps de sortir de l’arrière-boutique pour m’empêcher de me servir. Ils étaient étonnés.

Dans la culture du bled, le clanisme est ce qui explique les émeutes car dans les quartiers défavorisés autour de Lens où il n’y a pas d’immigration ou très peu, on n’observe pas ces phénomènes. Lucienne Bui Trong, spécialiste des violences urbaines, avait fait des études à ce sujet. Elle a montré que 95% des violences en groupes dans les années 90 concernaient des jeunes issus de l’immigration, qui tabassaient les gens, affrontaient la police, des vigiles, ou une bande rivale d’un quartier voisin. Les 5% restants concernaient des supporters ultra autour des stades des grandes villes ou des skinheads qui allaient dans ces stades pour donner une visibilité à leur idéologie. La loupe médiatique ne voyait que ces 5%, car cela arrangeait l’idéologie dominante.

Je ne vois guère de possible retour en arrière; le communautarisme s’est imposé, la loi de 1905 finira par être rangée aux oubliettes républicaines. Cette société parallèle et concurrente de la société héritière des trente glorieuses, deviendra dominante dans les deux prochaines décennies. Entre temps, il y aura des exodes, une montée exponentielle des violences, et une paupérisation de ce qui restera des classes moyennes. 

Les prochains J.O de 2024 à Paris, doivent donner des sueurs froides à l’exécutif. Il faudra choisir entre deux options: Laisser les touristes se faire dépouiller par les «Anglais de Liverpool » et tenter de censurer et de minorer les faits avec l’aide des médias qui useront de ruses de sioux en ce sens, ce qui sera vain et pathétique. La seconde option sera la tolérance zéro en matière de délinquance avec le risque qu’un incident mette le feu aux poudres. Nous assisterions dans les deux cas, désabusés, à l’humiliation de la France en mondovision. Nos dirigeants des quarante dernières années ont joué aux apprentis sorciers, on ne peut pas faire n’importe quoi avec des peuples.

5 réflexions au sujet de “Trois méditations sur les émeutes”

  1. Bonsoir

    Quelques remarques:
    La France comme vous le prétendez n’a pas 1000 ans. Un seul exemple qui me concerne le Royaume de Navarre, pays souverain, indépendant du Royaume de France ayant sa langue, son état, etc a été annexée par les armes par Louis XIII (le dernier roi de Navarre était son père Henri III de Navarre devenu Henri IV de France et de Navarre, d’autres exemples montrent que la France que nous connaissons aujourd’hui n’était en rien ce que vous imaginez au XI ème siècle. Cette idée d’un continuum de Clovis jusqu’à nos jours est le fruit tardif de Michelet et de ses continuateurs au XIX ème siècle dont Lavisse entre autres qui écrivirent le fameux roman national que la 3 ème République a fait si j’ose dire son bréviaire républicain. Je suis né à Oran au début des années cinquante et dans ma classe de l’école publique du vieux quartier espagnol mes camarades étaient d’origine espagnole et catalane (pays du Levant), napolitaine, arabe, kabyle et française de France (fils pour l’essentiel de fonctionnaires nommés en Algérie) et les instituteurs nous servaient du célèbre « nos ancêtres les Gaulois ». Nous l’acceptions, comment aurions-nous pu en contester la validité ? Que cela soit clair comme l’a bien montré le grand Braudel dans L’identité de la France, la France est le fruit d’une longue construction qui n’enlève rien à sa légitime existence.

    J’aime

    1. Bonjour,

      Que les frontières de la France aient bougé au grès des guerres, batailles et annexions qui ont participé à son histoire, nul ne le conteste.
      La France est antérieure à la République, qui n’est qu’un système politique ´.
      Une République sans adjectif ne signifie rien.
      Elle peut être la République de Venise, des États-Unis d’Amérique ou islamique d’Iran.

      Quant à vos amis d’origine diverses, dont des Maghrébins originaires de Kabylie, en quoi cela change quoi que ce soit au fait que l’assimilation était la règle?

      J’aime

  2. Vous allez vite en besogne. L’assimilation ne fut pas comme vous le laissez entendre une réussite. J’en ai souffert et des milliers d’écoliers, de lycéens en ont souffert. La répression linguistique que j’ai subie avec mes camarades de classe fut à l’identique en France, plus exactement en Béarn où je fus envoyé par mes parents dans une famille d’accueil. L’assimilation est la face cynique et stupide d’un nationalisme qui ne veut pas dire son nom. Mais qu’importe.

    La France que vous pensez exister de tout temps à jamais est le fruit, je le répète eu égard aux travaux des historiens pour l’essentiel de l’École des annales, Braudel (il y en a bien d’autres heureusement, lisez Mme Ciron ou Mme Ozouf pour la création de la République) d’une volonté obsessionnelle des monarques, depuis Louis XI, de créer un pays selon l’axiome : Un dieu, un roi, un peuple, une langue. La révolution de 1789 qui donne naissance à la République s’arrête brusquement avec le coup d’État du 18 brumaire – 9 novembre 1799, fomenté et réussi par notre « petit corse »parlant corse qui n’aura de cesse d’étouffer son pays natal. Il produira certes le Code civil — je vais rapidement, bien sûr — mais surtout fera de la guerre impériale — l’Espagne fort bonne heure, la Russie tsariste puis stalinienne, l’Angleterre, l’Allemagne même la Belgique, feront de même — l’instrument d’un impérialisme français qui ne s’arrêtera qu’avec la décolonisation aux premières années de la seconde moitié du 20 ème siècle. Scander la France, la France, la France, tel un mantra ne résoudra en rien les problèmes auxquels est confronté la France depuis plus de quarante ans. Je n’ai pas hélas de solution à proposer ceux qui auront à gouverner bientôt face aux périls de toutes sortes qui menacent déjà, ne sont pas encore nés.

    J’aime

    1. Et vous pensez que s’assimiler en France à la culture arabo musulmane, sera une réussite pour la France?
      Si tant est que cela reste encore la France. Évidemment que l’assimilation est une souffrance, un déchirement identitaire.
      Mais cela relève d’un choix fait avant même d’arriver en France.
      On ne choisit pas la France pour recréer l’arrière monde culturel duquel on provient et qui engendrera l’arrière monde politique et religieux du pays d’origine.

      Les fameux territoires perdus de la République, sont exactement le résultat du refus de l’assimilation et même de l’encouragement à ce refus par des élites bourgeoises mondialistes. Elles se servent de cette immigration comme d’un bélier de destruction de la nation France. Et vante les droits et la culture de l’Autre, tout en nous tirant l’oreille sur une France passée qui aurait été un troisième Reich qui ne disait pas son nom.

      J’aime

  3. M. Duquesne ne scande pas « la France la France » comme un mantra, il regrette seulement que l’on n’en parle pas du tout. Et dans l’histoire de ce pays chacun est libre d’en retenir ceux qu’il préfère : Bonaparte, Gracchus Babeuf, Louis XIV, Gondi etc et nul n’est obligé de les aimer tous.

    Quant à ce que c’est que d’être français, Benjamin Fondane (1898-1944) a su donner ses raisons -et sa vie- beaucoup mieux que la plupart d’entre nous :

    Je vous ai tous comptés
    civils d’hier, comptables, boutiquiers, paysans,
    et ouvriers d’usine et clochards dont le nid
    est sous les ponts de Notre-Dame
    et bedeaux de sacristie et fils de l’Assistance
    publique, tous Français de France, aux yeux limpides,
    ou du Congo, du bled algérien, d’Annam
    avec des palmiers flottant dans le regard
    et de Français venus des îles Caraïbes,
    Français selon les droits de l’homme,
    fils de la barricade et de la guillotine,
    sans-culottes, le front incorruptible, libres,
    et des Tchèques, et des Polonais, des Slovaques
    et des Juifs de tous les ghettos de ce monde,
    qui aimaient cette terre et ses ombres et ses fleuves,
    qui ont ensemencé de leur mort cette terre
    et qui sont devenus français, selon la mort.

    J’aime

Répondre à Duquesne David Annuler la réponse.