antiracisme

La dictature du discours « antiraciste » : retour sur le procès de G. Bensoussan

Yana Grinshpun

Le discours antiraciste contemporain tel qu’on peut l’observer en France aujourd’hui, tend à se constituer en discours normatif de référence et à servir de garant aux comportements d’une collectivité, celle, bien évidemment, qui se situe du côté du Bien, de la Justice, de l’Egalité, des droits de l’Homme (et de la Femme). Le problème est que cette tendance  ne va pas sans risque de se transformer en une idéologie dont les catégories de perception du réel préétablies seraient présentées comme seules vraies aux acteurs sociaux. Les sujets qui dérogeraient à l’illusion de la vérité et qui ne souscriraient pas à ce discours dominant et, partant autoritaire, seraient passibles de sanctions au nom du rétablissement de la justice véhiculée par le discours antiraciste. Les sanctions passent par la disqualification de ceux qui n’adhèrent pas à la doxa construite par le narratif antiraciste. Cette dernière peut soit prendre la forme d’une polémique médiatique soit se faire par le recours à la justice, qui est censée défendre les valeurs collectives bafouées. Le recours au tribunal est la tentative de disqualification ultime, où seules les poursuites contre le coupable d’un crime raciste sont capables de servir de « réparation » aux plaignants.

Tel est le cas de nombreux procès infligés aux intellectuels au nom de l’antiracisme, dont les fondements et le fonctionnement ont été très bien décrits dans les ouvrages successifs de P.. A. Taguieff à partir de son œuvre fondatrice sur ce sujet La force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles (1988) et jusqu’à son dernier livre Judéophobie. La dernière vague  surtout le chapitre 8 (« Le nouvel opium des intellectuels ») (2018).

Le dernier en date est celui de l’historien Georges Bensoussan, l’historien de la Shoah,  auteur de l’ouvrage Territoire perdus de la république, accusé de l’incitation à la haine raciale par une ribambelle des associations « antiracistes » dont le CCIF, le MRAP pour avoir cité dans l’émission Repliques sur France Culture Smaïn Laacher, qui constate que l’antisémitisme est « comme l’air qu’on respire » dans certains quartiers musulmans. Le crime de Bensoussan a consisté à citer Laacher de manière « infidèle », en utilisant la métaphore « l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère ». Bensoussan est poursuivi par la suite par le CCIF en vertu de l’article 24 du code pénal pour “discrimination, haine ou violence à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuseIl est également accusé de l’essentialisation et de la diabolisation.

Je ne vais pas ici présenter les arguments pour montrer la totale absurdité de l’accusation, le lecteur pourra en prendre connaissance en lisant le texte de B. Lefebvre, J. Tarnero et M. Tribala, et de nombreux textes de journalistes et d’intellectuels français qui ont pris la défense de G. Bensoussan.  L’analyse de l’accusation paraîtra également dans l’article que nous avons écrit avec Roland Assaraf dans les Hommages à Pierre-André Taguieff. Nous y discutons le fait qu’une plainte ait pu être acceptée par le parquet et qu’elle n’ait pas été reboutée par l’irrecevabilité de son contenu.

Toujours est-il que G. Benssousan, a été lavé de toute accusation le 7 mars 2017. Mais l’antiracisme étant une institution dorénavant politique aux actions intimidantes, les détracteurs de l’historien le poursuivent en appel.  Une nouvelle audience se tient à Paris, (voir le texte de M. Gozlan).  On découvre lors de l’audience que le CCIF (Collectif contre l’Islamophobie en France a été déclaré trois fois irrecevable pour agir en justice.) Le fait donc que leur plainte ait été deux fois acceptée par le parquet en dit long sur le devenir de la justice française qui semble mettre en cause sa propre légitimation en recevant deux fois la plainte d’une association déclarée irrecevable pour agir en justice.

Comme si cela ne suffisait pas pour envenimer la vie d’un homme qui combat toute sa vie l’antisémitisme non pas en tant que militant mais en tant que savant, l’entretien qu’il donne à Akadem (le campus numérique juif) est censuré, car il déplaît à ceux qui n’ont pas soutenu Georges Bensoussan lors de son procès pour ne pas nuire à leur statut social.  Sarah Cattan les appelle  les « lâcheurs ». L’histoire  regorge , hélas, de ce genre de personnages indignes.

Je mets en ligne ici cet entretien récupéré par la Tribune Juive.

Relaxé une nouvelle fois, cette fois-ci définitive, l’historien peut reprendre le souffle. Mais toutes cette farce judiciaire fait présager une vraie dictature d’une nouvelle idéologie militante celle de l’extrême gauche et ses alliés islamistes qui, comme le dit très justement P.A. Taguieff  « avec leur accusation d’  « islamophobie » [..] ont trouvé à la fois un bouclier (contre la critique) et une épée (pour intimider les contradicteurs et les adversaires). (Taguieff 2018 :264)

Bibliographie:

Taguieff, P. A. (2018) Judéophobie. Dernière vague. Paris:Fayard

Sarah Cattan, http://www.tribunejuive.info/justice/georges-bensoussan-lache-par-les-juifs-de-cour-innocente-par-la-justice-par-sarah-cattan

 

 

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