antisémitisme

Si l’antisémitisme n’existait pas, il faudrait l’inventer

par Dov Kravi

Nous connaissons parfaitement l’étonnante permanence dans le temps de la haine antijuive, ainsi que son ubiquité. Pour ne rester qu’en France, je renvoie aux 36 pages documentées du Petit bréviaire de Richard Rossin intitulé Les Expulsion des Juifs de France.

Cette haine antijuive possède une autre propriété : sa plasticité. Tout comme l’hystérie, dont les symptômes se modifient en fonction des époques et des avancées médicales, l’antisémitisme s’adapte aux conditions extérieures dans lesquelles il s’enracine. Ce qui entraîne, entre autres conséquences, qu’il ne s’éteindra jamais. Nos chers antisémites, d’où qu’ils parlent, comme on disait, en ont tellement besoin… La toute récente actualité française nous démontre avec clarté comment la judéophobie sait s’ajuster au terreau destiné à la recevoir.

Sur un mode mineur, mais ô combien parlant, la mairie islamo-gauchiste de Strasbourg[1] a rejeté une résolution adoptant la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste), refusant d’y inclure le passage indiquant que « le refus du droit à l’autodétermination des Juifs, en affirmant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste, est une forme d’antisémitisme ».

Sur un mode majeur, l’Affaire Sarah Halimi. La majuscule s’impose, car je crois que, comme pour l’Affaire Dreyfus ou l’Affaire des assassinats de Toulouse, ses conséquences dépasseront le simple fait divers et la banale chronique judiciaire.

Beaucoup a été dit sur le calendrier du crime (entre les deux tours de la présidentielle), l’absence d’intervention de la police, les détails épouvantables du martyre de Sarah Halimi, l’exceptionnelle mauvaise volonté de la juge d’instruction pour procéder aux reconstitutions et retenir la circonstance aggravante de l’antisémitisme, l’absence de procès en raison d’une prétendue absence de discernement de l’accusé[2], les rassemblements (y compris internationaux) pour dénoncer l’arrêt de la cour de cassation.

Il y a 30 ans, la profanation du cimetière juif de Carpentras avait fait sortir des centaines de milliers de Français dans la rue pour manifester à la fois leur dégoût pour cette barbarie délirante et leur solidarité avec les Juifs. D’autres rassemblements avaient eu lieu pour le meurtre (en bande organisée) d’Ilan Halimi, les assassinats de l’école Otsar Hatorah de Toulouse, les meurtres du supermarché casher ayant suivi ceux de Charlie Hebdo, et d’autres encore.

Mais le rassemblement de protestation pour Sarah Halimi — au Trocadéro et dans d’autres villes du monde — n’était pas destiné aux seuls antisémites. Il se tenait pour manifester impuissance, colère et désillusion face à l’atonie d’un gouvernement qui se gargarise de pompeuses formules « républicaines » mais ne sait/veut plus rien proposer pour restaurer ses fonctions régaliennes.

Changer la loi française, comme le préconise Macron, ne changera ni l’ennemi, ni l’antisémitisme. La défense des Juifs ne peut être confiée aux autorités françaises qui peinent déjà à défendre les Français innocents (© Raymond Barre). Depuis que Terra Nova et Pascal Boniface ont préconisé d’aller racoler sur certains territoires perdus, la « solidarité républicaine » n’est plus qu’un pompeux slogan vide de sens.

La manifestation dite « jour de colère » de janvier 2014 révélait une alliance entre nazis français (la Soralie et sa « réconciliation ») et jeunes de l’immigration nord-africaine dans une commune détestation des Juifs, pervertisseurs de la nation et oppresseurs des peuples. Dieudonné, Soral et leurs nervis avaient alors paradé et mouliné leurs quenelles tous azimuts.

On se souvient des manifestations (pourtant interdites) favorables aux terroristes gazaouis de juillet 2014, quand Israël avait entamé l’opération Tsouk Eitan en réponse aux 250 roquettes lancées sur les habitants du sud du pays. La fine fleur de l’islamo-gauchisme avait alors scandé ses « morts aux Juifs » et menacé la synagogue de Sarcelles de pogrom.

La manifestation de la honte « contre l’islamophobie » a permis au  responsable du CCIF (dissous depuis) des Frères musulmans de faire crier à la foule ses Allahou Akbar — cri de guerre des assassins du Bataclan  (130 morts) et du massacre de Charlie-Hebdo — sous l’œil énamouré du leader minimo et du Djerjinsky de Médiapart tandis que l’indécente propagande victimaire des islamistes distribuait aux manifestants des étoiles jaunes (mais à cinq branches). Alors que le terrorisme islamiste a, de 1979 à 2019, commis 33 769 attentats dans le monde, qui ont causé 167.096 morts, dont 91,2 % de musulmans.

Les Juifs connaissent depuis longtemps les morsures de la haine, aussi irrationnelle et pathologique qu’elle puisse être et quels que soient les habits neufs servant à son camouflage. Aujourd’hui, la plupart des Français innocents commencent à percevoir à leur tour l’apathie (que pour ma part, je nomme dhimmitude) de leurs successifs gouvernements, mais cela ne saurait suffire : l’innocence peut dissimuler de nombreux et divers mouvements psychiques, d’autant plus redoutables qu’ils sont banalisés, voire inconscients.

Sans être un nazi virulent ni un islamiste totalitaire, sur le site de Conspiracy Watch, Machin se plaint de la trop grande visibilité des Juifs, trouve qu’il y a peu de place pour les goyim dans les médias, le show-biz, la mode, les propriétaires de journaux et les journalistes. À quoi il pourrait ajouter la médecine, la psychanalyse, les lauréats Nobel, la finance — haute de préférence, la liste est loin d’être close. En outre, cette constatation lui est désagréable.

C’est très exactement une remarque antisémite, et c’est ce que pensent beaucoup de Français qui, pour ne pas adhérer aux thèses raciales du nazisme, ni à l’antijudaïsme religieux des intégristes catholiques (canal historique), ni à la démente sauvagerie djihadiste, n’en restent pas moins antisémites. Il ne faut se faire aucune illusion en croyant l’abcès percé, la plaie parée et prête à cicatriser. Car l’infection est torpide, profonde et étendue.

Dés que l’on se mêle de dénoncer l’antisémitisme en ce pays des Lumières et de la Laïcité — bien comprise, ce qui est loin d’être toujours le cas —, on est taxé d’exagération, voire de paranoïa. Il est des mouvements beaucoup plus insidieux et d’autant plus dangereux qu’ils sont en général déniés.

Les appels à la haine antijuive de l’immonde Dieudonné et de son comparse Soral ne datent pas de l’an dernier, ils sévissent sur ce mode depuis au moins quinze ans. Au reste, on peut s’étonner de la lenteur des instances judiciaires et fiscales à faire appliquer la loi.

Les Juifs ont connu une vraie histoire d’amour avec la France, premier pays à leur avoir donné accès à une entière citoyenneté. Ceux-ci lui ont bien rendu par un patriotisme sans réserve et une fidélité républicaine célébrée chaque shabbat dans les synagogues par la Prière pour la République française.

Mais un siècle après l’émancipation, voici que l’affaire Dreyfus la remit dramatiquement en question. Si la foule put hurler « mort aux Juifs » dans le pays hautement civilisé des droits de l’homme, c’est que l’émancipation n’était qu’un leurre et que seul l’État juif pouvait leur apporter sauvegarde et sécurité. Certes le capitaine fut réhabilité, mais l’antisémitisme prospéra entre les deux guerres et culmina avec Vichy, qui donna toute sa mesure en anticipant et outrepassant les exigences nazies.

Certes les trois-quarts des Juifs de France échappèrent aux massacres — un record en Europe occupée — grâce aux Justes et aux réseaux de solidarité. La fallacieuse geste gaullienne selon laquelle la France entière avait résisté comme un seul homme au nazisme fit le reste : la communauté nationale parvint à se reformer ; les Juifs purent rester attachés à leur pays.

Survint la Guerre des Six Jours, précédée de peu par la soudaine volte-face gaullienne, qui mit les Juifs de France en opposition ouverte avec leur gouvernement. Cependant l’opinion publique française restait alors majoritairement favorable à ce minuscule pays qui avait héroïquement — miraculeusement selon certains — vaincu la coalition des pays arabes acharnés à sa perte et à l’égorgement de ses habitants. L’antisémitisme restait alors confiné dans une extrême droite délégitimée par l’Occupation et dans les milieux catholiques intégristes refusant de rompre avec l’antijudaïsme multiséculaire à l’encontre du « peuple déicide », en dépit des résolutions officielles de l’église promulguée par Jean XXIII.

Et voici que les provocations de la Dieudosoralie et les cris de « mort aux Juifs » viennent poser d’impitoyables projecteurs sur un courant de la société française que l’on refusait de prendre au sérieux, voire de reconnaître. La « nouvelle » judéophobie, désormais impossible à glisser sous le tapis de la bien-pensance, n’a même plus honte d’elle-même. Et je crois que, outre la retape électorale des politicailleries, elle est favorisée par un antisémitisme de basse intensité chez nombre de nos contemporains.

Elle s’estime légitime dans ses nouveaux habits tissés en proportions variables d’antisionisme et de conspirationnisme. Elle s’autojustifie au nom de la liberté d’expression, confondant ainsi un droit fondamental de la démocratie avec celui de dire n’importe quoi. Elle se propage impunément sur les réseaux sociaux par la grâce du Net, impossible à réguler.

L’antisémitisme s’est presque totalement affranchi de l’opprobre qu’il traînait depuis la Shoah. Il suffit de voir le déferlement des commentaires défendant l’insoutenable au nom de la dérision omnipotente, de la liberté de parole, de l’ignorance revendiquée ou de la haine communautaire.

Ainsi, la quenellisation des esprits diffuse par capillarité dans de larges secteurs de la société française, malheureusement impossibles à quantifier. Cet antisémitisme nouvelle mouture se pare des atours de la rebelle attitude par un prétendu « mouvement antisystème », dernière veulerie pour éviter les procès.

On constate cependant, sans surprise, que ce système à abattre n’est autre que le capitalisme apatride et mondialisé via l’axe Washington/Jérusalem, c’est-à-dire la finance internationale aux mains crochues des Juifs. Vieille resucée de l’inusable Protocole des Sages de Sion — record des ventes avec Mein Kampf dans les pays arabo-musulmans comme vient encore de le démontrer la dernière foire du livre de Marrakech — qui ne peut que séduire l’extrême-gauche en mal d’ennemis de classe et nostalgique des luttes anticoloniales.

Il ne reste plus que benêts et ignorants pour croire encore que les photos de quenelles, fièrement composées devant des lieux ou des figures symboliques des Juifs et de leur extermination, ne seraient qu’un signal d’exaspération devant un système qui leur laisse peu de chances d’intégration. Cette piètre justification en direction des forcenés de la culture de l’excuse ne saurait abuser quiconque ayant des sens et un cerveau en état de fonctionner.

Les raisons par lesquelles nous en sommes arrivés là ne manquent pas, étudiées par d’éminents penseurs, hélas, peu audibles, car ostracisés par les médias généralistes, voire honnis pour crime de lèse bien-pensance.

La République ne veut plus imposer les règles de l’intégration à la française. L’école, censée enseigner les savoirs, les bases de la rationalité et de l’esprit critique n’en a plus ni les moyens ni probablement les ambitions.

La classe politique ne raisonne plus qu’en termes quantitatifs et quelques millions de votes musulmans compensent largement l’abandon de valeurs démocratiques et laïques. La realpolitik impose au Quai d’Orsay de nouvelles distorsions dans sa vision géopolitique du Moyen-Orient et leur diffusion via l’Agence France Presse, organe semi-gouvernemental.

À quelques exceptions près, l’ensemble des médiacrates, victimes consentantes des théories gramscistes, adhère au narratif obligeamment fourni par la propagande dans le cadre du conflit israélo-arabe qu’elle contribue à importer et attiser dans notre pays et singulièrement dans nos banlieues. Comment Machin pourrait-il analyser le bien-fondé de sa haine doucereuse contre les Juifs ?

Plus besoin de canari dans la mine : le grisou est d’ores et déjà repérable : spectaculaire, assourdissant et pestilentiel. Encore faudrait-il que les trois singes aient le courage de quitter leur veule posture de confort.


[1] Celle-là même qui avait accepté de verser à une organisation musulmane turque ayant refusé de signer la charte des principes de l’islam de France, des subventions (illégales) pour la construction d’une mosquée.

[2] « S’introduire chez des voisins en avançant un prétexte, les enfermer dans la salle de bains, passer d’un balcon à l’autre pour s’introduire dans l’appartement de Sarah Halimi qu’il connaît bien, dont il situe l’appartement et repère comment y accéder, Sarah Halimi qu’il a insultée et menacée de nombreuses fois, les prières connues présidant à la torture de cette femme, au massacre et à l’exécution finale, tout confirme la préméditation et le discernement. » (Michel Gad Wolkowicz)

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