antisionisme, christianisme et judaïsme, narcissisme

Le narcissisme moral de l’establishment de gauche en Israël: le cas de l’Académie des Beaux-Arts Bezalel

par Yana Grinshpun

Il s’est produit un événement curieux à l’Académie des Beaux-Arts de Jérusalem au mois de mai. Un étudiant arabe qui soutenait activement les attaques djihadistes des dernières semaines du printemps en Israël, en postant des textes élogieux à la gloire des « martyrs », a été exclu pour 15 jours de l’établissement.

Les étudiants arabes ont organisé une manifestation au sein de l’Académie en criant « Israël est un État terroriste ». Des étudiants juifs et arabes ont même organisé une cagnotte pour que le glorificateur des terroristes retourne au plus vite à l’université. Ce dernier a retrouvé les bancs de l’université au bout de 15 jours d’exclusion.

Certains étudiants juifs ont dit qu’ils avaient peur de se retrouver avec le supporteur du terrorisme dans la même classe, car il applaudissait ouvertement le meurtre des juifs. D’autres ont protesté contre son retour à la faculté. Un étudiant juif, dans un accès de colère, en voyant le glorificateur des meurtriers assis, comme si de rien n’était, a renversé sa tasse de café. Il a été immédiatement exclu de l’Académie jusqu’à la fin du semestre. La direction de Bezalel considère son exclusion de longue durée.

Fanatisme de l’establishment

À l’Académie des Beaux-Arts, nous avons affaire à deux types de fanatiques : fanatiques du djihad et fanatiques juifs qui se retournent contre les leurs, les gestionnaires de l’établissement. Les fanatiques juifs reprochent au peuple juif d’être la cause de la vindicte antijuive que l’étudiant arabe a célébrée avec ferveur. Ils leur reprochent, à ces Juifs, de vouloir maintenir la chaîne de transmission symbolique, de résister aux velléités d’anéantir le peuple juif au nom d’Allah, de ne pas tolérer les appels aux meurtres des leurs. L’étudiant juif ne voulait pas partager le même espace avec celui qui applaudissait le meurtre des Juifs, craignant pour sa vie et pour la vie de ses camarades. Il a été considéré « coupable » de ne pas vouloir supporter les appels au meurtre de son peuple. Il a dû « expier » sa faute par son éloignement de l’université.

Daniel Sibony, philosophe et psychanalyste, appelle cela « un empaquetage » rhétorique qu’il illustre par un dialogue imaginaire, mais qui s’applique fort bien à la situation :

« – Pour moi, être antisémite, c’est traiter quelqu’un de Juif[1].

– C’est un peu strict, mais admettons. Et si en plus, on lui jetait une pierre ? –Alors, il faut prouver que celui qui jette la pierre n’est pas un simple voyou.

– Et s’il la jette en criant « antisioniste » ?

– Eh bien ? c’est un voyou qui critique Israël, voilà tout

De sorte que « l’antisionisme » n’est pas un prétexte pour faire passer un discours antisémite, il est le passage même de ce discours »[2]

Les gestionnaires de Bezalel s’inscrivent exactement dans ce montage pervers à l’européenne, agrémenté par le narcissisme moral qui caractérise la gauche israélienne. L’étudiant arabe soutient ouvertement les terroristes et le meurtre des Juifs, par conséquent aussi de ceux qui sont ses camarades de classe.

Mais comme il n’a encore tué personne, les camarades de classe ne sont pas agressés. Il ne sera pas donc pas considéré comme un voyou. Les gestionnaires de Bezalel considèrent que l’étudiant arabe exprime son avis et qu’il en a le droit. Un étudiant juif commet un acte de « violence insupportable », il renverse la tasse de café de l’homme qui se réjouit du meurtre des Juifs.

On filme l’incident provoqué par le Juif qui n’a pas envie de partager un même espace avec celui dont on ne sait pas si un jour ou l’autre, il ne sera pas en proie à l’envie d’exécuter quelques Juifs au nom d’Allah ; ensuite, on oublie la cause de ce geste et on considère que l’étudiant juif a commis une agression.

Cette agression « identitaire » mérite un châtiment exemplaire. Résultat : l’un (le musulman) serait donc un « libre penseur » et l’autre (le juif) un « raciste identitaire ». Cette logique d’inversion, masochiste et perverse à la fois, dépasse la perversion européenne, car elle incite les « libres penseurs » à plus d’expression de leur pensée (haine) et intimident par des mesures punitives ceux qui veulent la contester. Le renversement d’une tasse de café de l’appelant au meurtre est une offense insupportable qui touche à l’identité même de l’étudiant musulman.

Elle doit être punie de manière exemplaire et durable. Un juif ne s’attaque pas à celui qui incite à le tuer. Tant qu’il n’est pas tué, il est le plus fort. Et le plus fort doit supporter que le plus faible veuille sa mort. L’étudiant juif est ainsi sacrifié à la « perversion de l’humanitaire ».

Ici, on voit la tasse de café qui s’envole, mais on ne voit pas les corps des israéliens morts au cours des dernières violences. L’exclusion de l’étudiant juif par les fonctionnaires israéliens s’inscrit également dans le fait que la gauche israélienne a intégré les schémas mentaux chrétiens qui sont en vigueur en Europe d’aujourd’hui : tout pour l’autre, quitte à être antijuif par humanisme.

[1] Le livre dont ce dialogue est tiré, Proche-Orient, Psychanalyse d’un Conflit, est écrit en 2003. On apprendra plus tard, au procès de Georges Bensoussan, initié par le feu CCIF (Collectif contre l’Islamophobie en France), que « être traité de Juif » est une insulte ordinaire en arabe, selon la sociologue témoin Nacéra Guénif. C’est aussi ce que raconte Fadila Maaroufi sur les insultes qui avaient cours dans sa famille. Quand quelqu’un faisait ce que ne plaît pas aux parents, on le traitait de juif. (https://www.youtube.com/watch?v=9ZBpmgzoAbM)
[2] Proche-Orient, psychanalyse du conflit, p. 238

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