идеология французских университетов, постмодернизм, nouvelle religion, post-modernisme, révisionnisme, symbolique, Université française

Sciences Po sin rumbo y desesperao

Cet article est initialement publié in Atlantico le 10 décembre https://atlantico.fr/author/yana-grinshpun

Yana Grinshpun

À Sciences Po Paris, les étudiants ont la possibilité d’apprendre plusieurs types de danses. L’enseignante, jugée « sexiste » par plusieurs élèves, a vu son contrat prendre fin après huit ans de service en tant que vacataire. Que s’est-il passé exactement ? (termes hommes/femmes ; leader/follower)

L’histoire de Valérie P. n’est pas sans rappeler la campagne de dénigration contre J. K. Rowling, qui a fait le tour de la planète. L’histoire se répète, et ces derniers temps comme une farce sinistre. Un journal d’hier matin explique doctement que les codes sémantiques (sic !) de danses de salon sont en « train d’être bousculés » et que la professeure très old school n’a pas voulu s’adapter aux changements. Le même journal précise que le directeur de la vie de campus a pris les choses « très au sérieux ». Manifestement, ce ne sont pas les choses qu’il a prises au sérieux, mais les mots, et c’est là où réside le vrai problème. Traditionnellement, la danse de salon ou de couple est une rencontre de l’homme et de la femme, le jeu de séduction, le plaisir de l’étreinte, la célébration de l’être et de la vie. C’est une joie des corps qui se rencontrent, en produisant de l’art. Et c’est justement sur la différence sexuelle que ce jeu de séduction et de mouvement est fondé. Jusqu’au nouvel ordre anthropologique et contrairement aux délires des communiqués divers et variés, la différence sexuelle existe, personne n’a annulé ni les hommes ni les femmes, ni les mots qui les désignent. Mais selon le monde parallèle, qui prospère à Sciences Po, dire « homme » et « femme » signifie de commettre un crime de violence inouïe, de porter atteinte à l’intégrité des personnes, de toucher la sensibilité des âmes sans corps. Valérie P., l’enseignante qu’on a oubliée de prévenir de ce gnosticisme gender-inclusif, s’obstine et continue de parler le français commun. Elle ne sait pas encore que cette langue n’est plus en usage sur la planète Woke. C’est une ancilangue. Valérie ne soupçonne pas que la police de la langue veille aussi sur les pas de danse.

Cette histoire témoigne-t-elle de la montée inexorable du Wokisme au sein du prestigieux institut parisien ? Comment expliquer que la direction de l’établissement encourage cette idéologie et remercie cette professeure de la sorte ?

Les idéologies destructrices qui portent atteinte à la culture et qui visent la destruction du patrimoine anthropologique sont nées au sein des établissements universitaires. Shmuel Trigano explique dans son livre La nouvelle idéologie dominante que le milieu académique est devenu un milieu d’incubation de nouvelles idéologies. Il remarquait comment le pouvoir sur les mots l’emporte sur tout le reste. Sciences Po n’est qu’une des plateformes de l’instrumentalisation de la morale et de la langue pour fabriquer l’homme nouveau, les mœurs nouvelles, l’union des victimes de violences imaginaires. La direction de l’école qui pose un ultimatum à la professeure de danse  – accepter la charte linguistique ou partir- agit, en somme, comme la direction de la Sorbonne dans le roman de M. Houellebecq « Soumission » en proposant au personnage soit de rester en se convertissant à l’islam soit de partir. Ainsi la direction est-elle à la fois dans la soumission à la nouvelle religion et dans sa diffusion active.


Quels sont les risques à ce que Sciences Po Paris abandonne le principe de neutralité qui devrait être propre à un établissement qui assume une mission de service public et de formation des élites ?

Il n’y a aucune neutralité dans ce genre de pressions, décisions ou crédos. Tout ce bruit  de Sciences Po est parti d’un « ressenti » personnel d’un étudiant qui a décidé de se « sentir » discriminé. Le terme « discrimination » est un terme-épouvantail qui ressemble beaucoup au terme « ennemi du peuple », forgé par les communistes russes, pour désigner les ennemis à éliminer. Tous sont devenus suspects d’être des agents potentiels de discrimination. Il suffit de déclarer contre  quelqu’un qui vous déplaît qu’il vous « discrimine », que vous vous sentez « discriminé ou dégradé » par son attitude, par son choix de mots, par son regard ou par ses gestes, que ce quelqu’un sera jugé sévèrement par le Tribunal de la Vertu. Cette histoire aurait été comique si elle ne révélait pas les tendances totalitaires en matière d’utilisation de la langue[1]. La professeure de danse a transgressé le nouvel usage linguistique en vigueur dans le Brave New World de Sciences Po. Elle a utilisé les mots, désormais bannis du français commun par les serviteurs de la théologie du Genre. Selon cette novlangue, qui se veut inclusive, les mots du français commun qui désignent les êtres sexués sont « discriminants » et « portent atteinte à l’intégrité des personnes ». Une chose est de le déclarer, l’autre chose est de l’inculquer aux jeunes esprits malléables à merci. Remarquez qu’est discriminant tout ce qui touche à la différence sexuelle, déclarée caduc par un ensemble de personnes dont la santé mentale et sexuelle peut interroger. Les idéologues du genre (ce sont eux qui inspirent les pires délires linguistiques au commun des mortels) souffrent des rapports problématiques au corps sexué et croient que ce rapport peut être soigné par l’abolition des mots qui y renvoient. Si les élites formées par l’école prestigieuse succombent à la pensée magique qui sous-tend ces délires, l’avenir (des institutions et des jeunes endoctrinés au sein de ces institutions) est sombre.

Céder à de telles demandes, alors que les élèves ne sont en rien victimes de discriminations vraiment violentes, est-il vraiment sain pour les futures élites de la Nation ? Sciences Po se détourne-t-il de son rôle qui consiste à préparer les élèves à résister à la pression et à l’adversité ?

Il est curieux de remarquer que la professeure de danse parle d’un étudiant qui s’est senti « agressé », le communiqué de Sciences Po parlent de plusieurs étudiants, certains journaux parlent « des étudiants », de là, le pas n’est pas long pour dire « les étudiants ». Il est difficile de dire s’il s’agit d’un fantasme d’agression (il existe bien des fantasmes de viol) de la part d’étudiant(s), d’un projet global d’épuration, initié par la direction de Sciences Po ou de la pathologisation radicale de la norme linguistique. Si dire « homme » et « femme » est perçu comme agression, alors la langue française n’est plus de mise dans cet établissement. Si cette « perception de l’agression » est soutenue par l’establishment, alors il s’agit de la perversion narcissique et masochiste à la fois. La génération nourrie par ce cocktail est évidemment à l’abri de toute rencontre avec le réel. Il suffit de lire le communiqué de l’école à ce sujet :

«Plusieurs étudiants inscrits à un cours de danse, composé de 20 élèves, se sont plaints auprès de l’administration de Sciences Po de propos sexistes, discriminatoires, dégradants et minimisant les violences sexistes et sexuelles (VSS), tenus de façon répétée par l’enseignante»

Ce charabia, engendré par les Vichinsky de la novlangue de bois, rappelle vraiment les tracts du Parti Communiste russe des années trente. Il suffit de lire les discours du procureur général des procès de Moscou pour retrouver les mêmes dispositifs accusateurs. Sauf que le chef d’accusation consiste à incriminer à l’enseignante de danse l’utilisation de la langue commune. On n’arrivera même pas à pasticher un tel morceau d’incongruités sémantiques et syntaxiques. En quoi dire « femme » et « homme » minimise les « violences sexistes et sexuelles » commise par qui, contre qui ? Et pourquoi dire « leader » et « follower » ne serait pas  discriminant? Le recours à l’anglais dans la novlangue inclusive s’explique par l’absence de genre grammatical en anglais, cependant dans leur zèle gendero-égalitariste, les rédacteurs de ce communiqué ne se sont pas rendu compte qu’être « leader » est extrêmement « discriminant » par rapport à « follower » qui est sémantiquement plus passive que le leader. Un « follower » n’a pas d’initiative, il se laisse dominer par le leader. Mais les nuances sémantiques échappent au clergé, obnubilé par la recherche des ennemis de la fluidité du genre. Si les « futures élites » de la Nation adoptent cette langue et se comportent en conséquence, c’est que c’est la fin de la nation et des élites.


Que faire face à cette nouvelle trahison des clercs ?

Le terme « clerc » renvoie à la sphère religieuse, les universités étaient traditionnellement liées au pouvoir ecclésiastique. Les clercs ne trahissent pas, ils font leur travail qui consiste à montrer l’adhésion à la religion qui a vent en poupe. Les clercs n’ont jamais produit une pensée originale, leur rôle a toujours été d’appuyer et de consolider la religion ou l‘idéologie dominante. En 1968, l’année de « nouvelles libertés », les étudiants et les enseignants dans leur grande majorité soutenaient les idéologies les plus totalitaires : le maoïsme, le communisme, le trotskisme, le terrorisme palestinien. Ils n’ont trahi personne, c’était leur foi. Les clercs post-modernes, ceux qui siègent à Sciences Po ou ailleurs sont du même acabit, ils font leur travail de religieux. Ce n’est pas en vain que Jean-François Braunstein parle de la religion woke, c’est la nouvelle religion monothéiste des établissements supérieurs. Il s’agit des minorités actives, qui ne produisent pas de pensée, mais fabriquent de l’idéologie et de la propagande. Les établissements comme Sciences Po produisent des apparatchiks de nouvelles religions. Les âmes prétendument sensibles mais réellement terroristes, qui parlent de la justice, en commettant les pires injustices. Ceux qui prêchent l’inclusion sont les leaders et les followers de l’exclusion. La prétendue sensibilité cache la violence purificatrice.

Que faire ? Rester libre devant toute cette marée idéologique, reconnaître le principe de réalité qui oblige l’homme à faire face aux défis de la vie, ne pas succomber aux boniments pseudo-savants de vendeurs d’orviétan linguistico-idéologique. Et aussi lire Havellock Ellis, fondateur de la sexologie, auteur de The Danse of Life  pour qui la danse était le plus sublime, le plus émouvant et le plus beau de tous les arts.


[1] Je me base sur l’interview de Valérie par Sonia Mabrouk sur CNews

2 réflexions au sujet de “Sciences Po sin rumbo y desesperao”

  1. Une fois encore, bravo et merci. Vous m’offrez un argumentaire dont je me resservirai dans la chronique hebdomadaire publiée depuis vingt ans dans le quotidien régional La République des Pyrénées.

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