Médias et conflit israélo-palestinien

Le lexique de la propagande dans le récit médiatique de « La marche du retour »

 

Yana Grinshpun

Les médias de masse ne font pas que relater des informations sur différents sujets, ils influencent l’opinion publique, les décisions politiques et le déroulement des événements. La façon dont est relaté un conflit armé peut contribuer à galvaniser un camp et démoraliser l’autre. C’est essentiellement par le discours médiatique que le lecteur moyen se forge des opinions et des certitudes sur les événements du monde que les médias choisissent d’éclairer. Le moyen le plus utilisé pour mettre en scène des événements et les diffuser auprès du grand public est de construire un récit pour instruire, informer ou divertir. Le récit médiatique a un grand pouvoir de construction de l’histoire du passé et du présent en faisant retour sur le passé et en montrant le présent sous un certain angle, choisi en fonction de l’idéologie dominante, du positionnement politique des rédacteurs en chef ou des enjeux économiques des propriétaires des organes médiatiques. Il se trouve que lorsqu’il s’agit du discours médiatique français qui prétend rendre compte du conflit « israélo-palestinien » le récit qui le construit ressemble plus à  de la propagande qu’à une narration « objective ».

La propagande médiatique et politique est une pratique discursive de manipulation des mots et des images, l’utilisation des moyens discursifs qui exploitent les mythes, les préjugés et les stéréotypes qui circulent dans l’espace public. Pour J. Ellul (2008 :51), la propagande joue sur les présuppositions collectives sociologiques. Il appelle les présuppositions « un ensemble de sentiments, de croyances et d’images en vertu desquels on juge des événements et des choses sans en prendre conscience, sans les remettre en question ». La propagande implique également le recours à la désinformation, l’occultation, l’argumentation par l’émotion. Dans le cas de la couverture des événements en Israël, on observe aujourd’hui les mêmes procédés manipulatoires que ceux qui ont été utilisés par la presse française depuis la victoire inattendue d’Israël dans la guerre des six jours. C’est alors que le discours politique, marqué par l’attitude de Charles de Gaulle devient ouvertement anti-israélien. La phrase dont R. Aron disait qu’elle ouvrait « ère de soupçon » :

« Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». (allocution de Ch. de Gaulle du 27 septembre 1967).

Cette allocution a effectivement grandement contribué à la diffusion de l’image des Israéliens comme peuple agressif, cruel, dominateur, ambitieux de conquérir des territoires qui ne lui appartiennent pas, méprisant les autres. Elle nourrit avec succès le besoin médiatique de mettre en scène les victimes, surtout celles, reconnaissables par l’audimat national, car mises en scène à répétition, les mêmes constructions où le statut de victime ne peut pas être contesté, car celui qui le conteste s’expose à la réprobation de la communauté mue par les valeurs prétendument universelles net humanistes. L’injonction est de compatir avec les victimes et de condamner les bourreaux. Chemin faisant, remarquons qu’en cela, les médias occidentaux s’enracinent dans la tradition chrétienne construite toute entière autour de la souffrance du Christ, la victime absolue. Dans la lecture chrétienne des textes des Évangiles, le bourreau du Christ est le peuple juif. Le stéréotype est d’ores et déjà ancré dans l’imaginaire collectif occidental, les médias ne font que l’exploiter et lui donner des formes nouvelles. Cela marche très bien, surtout dans cette période pascale, où on commémore la résurrection de la Victime. L’image du bourreau ne change guère, sauf que ses pouvoirs maléfiques sont plus grands : de la seule personne de Jésus on passe à la figure collective du peuple martyr, pacifique et résistant persécuté par les juifs belliqueux. Construire le bourreau est aussi gratifiant pour les médias que de construire la victime : c’est une figure par excellence du mal qu’il faut punir pour donner la réparation aux victimes. C’est aussi une manière pour les acteurs médiatiques de prendre position dans le champs de la confrontations morale entre le Bien et le Mal, sans beaucoup de nuances, de se démarquer, de s’opposer aux actes «répressifs »  commis par « l’agresseur » pour montrer que l’énonciateur médiatique adhère aux valeurs collectives positives : le pacifisme, la justice, la compassion pour les faibles, dominés et opprimés etc…

Or, ces mots puisé dans le champ sémantique du pacifisme : « marche pacifique », « victimes », « résistants », « civils » et ces valeurs mises en scène ne font que contribuer à la manipulation de l’opinion publique en présentant l’information mensongère, en opérant des chiffres inexistants, en occultant les faits, en ne faisant pas la traduction correcte de l’arabe (ou en n’en faisant pas du tout), en recourant à l’amalgame, au mépris de la déontologie médiatique et au devoir d’informer.

Sur cette vidéo,  qu’aucun lecteur/spectateur francophone ne verra jamais sauf s’il cherche à s’informer par d’autres moyens que les médias nationaux qui tiennent le discours unilatéral à propos des actions du Hamas à Gaza ( présentées comme pacifiques), Pierre Rehov montre une réalité qui diverge de ce récit.

Titres de presse

Examinons  les titres de presse de ces trois derniers jours. Pour ceux qui lisent l’article, le titre préfigure et infléchit la réception de l’information, surtout lorsque l’article est lu de manière superficielle. Certains titres font appel à l’imaginaire collectif des lecteurs qui sont censés partager les mêmes valeurs éthiques et morales ainsi que la même mémoire collective. D’autres sont construits de manière à provoquer l’identification immédiate du lecteur avec ce qui est supposé être le Bien et rejeter ce qui est supposé incarner le Mal. (Dans l’imaginaire collectif européen ce Mal est (encore) souvent symbolisé par l’extermination industrielle et organisé du peuple juif pendant la deuxième guerre mondiale).

Les journaux nationaux titrent les événements en Israël ces derniers jours de manière très éloquente :

Dans la bande de Gaza, la marche du désespoir des palestiniens

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/03/31/a-la-frontiere-de-la-bande-de-gaza-une-grande-marche-du-retour-pacifique-mais-meurtriere_5278985_3218.html#CkVfI5lcy9Hkda3Q.99

L’armée israélienne : autopsie d’une répression  meurtrière à Gaza (Le Monde 3 avril 2018)

Gaza toujours à feu et à sang (CNews3 avril 2018)

Israël poursuit la Shoah des Palestiniens (https://blogs.mediapart.fr/abdourahmane/blog/ consulté le 30 avril. L’article n’est plus accessible à ce site)

Marche du retour à Gaza : une nouvelle victime, Washington accusé de complicité)(http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180402-gaza-marche-retour-deces-etats-unis-complices-abbas-erakat

La « Marche du retour », protestation des habitants de Gaza pour les 70 ans de la création d’Israël (https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/31/la-marche-du-retour-protestation-des-habitants-de-gaza-pour-les-70-ans-de-la-creation-disrael_a_23399822/)

 A Gaza des sanglants débuts de la marche de retour »  (https://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/A-Gaza-sanglants-debuts-marche-retour-2018-04-02-1200928520)

 « Grande marche du retour » : 16 morts et au moins 1400 blessés palestiniens (https://francais.rt.com/france/49314-marche-retour-plusieurs-morts–blesses-palestiniens)

La mort, le sang, le feu, les victimes, le désespoir, la Shoah, les milliers de blessés (les sources de cette informations ne sont pas indiquées, mais les journalistes n’ont que faire de sources, car depuis des années, les médias expliquent que les soldats israéliens ont une gâchette facile) : tous les ingrédients sont là pour créer le drame sanglant au parfum concentrationnaire.  Les titres donnent l’instruction pour  la perception du contenu ; en choisissant un titre à haute charge dramatique, l’interprétation des événements est donnée d’emblée. Si le sang il y a entre Gaza et Israël, c’est forcément le sang des victimes (palestiniennes),  si la Shoah des palestiniens il y a, c’est parce que Israël est un peuple nazi.  Et si la répression il y a, elle est forcément israélienne. Sans lire les articles, l’événement est déjà construit.  Le contenu se passe de démonstration aussi.

Le journaliste du Monde se propose en médecin anatomopathologiste en dénonçant …la propagande et en prétendant de donner « le résumé », forcément impartial, il faut croire.  Le problème est que son résumé ne fait que renforcer la propagande, pas celle qu’il dénonce mais celle à laquelle il contribue.  Par la construction dramatisante et par l’occultation. Pas de mention des provocations des soldats israéliens par les manifestants, pas de mention des cocktails Molotov jetés envers les soldats, pas de mention des scansions antisémites et les chants appelant à tuer les juifs pour lesquels tous ces pacifiques manifestants auraient eu des procès d’incitation à la haine raciale en France (mais il faut encore s’interroger si ces procès ne sont pas réservés dans notre pays aux intellectuels qui dénoncent l’antisémitisme.) Aucun journal français n’informe le lecteur non plus de ce que Yahya Sinwar, le chef du Hamas a annoncé :
« Les chômeurs sans travail de Gaza se sont trouvé un boulot sur vos frontières – incendier votre matériel et vous tirer dessus à bout touchant ! »S’ils ont faim, les habitants de Gaza mangeront le foie de ceux qui les assiègent.. « Nous sommes réunis ici afin de rappeler qu’il n’existe pas de paix avec l’ennemi et qu’aucune initiative ou plan ne nous obligera à faire la paix avec lui ! ».

Et pourtant cette information aurait été utile au lecteur sans connaissances historiques et politiques dans l’explication du feu et du sang de Gaza et des titres des quotidiens français. Commenter cette déclaration signifie pour les médias de mettre en cause leur propre image, celle des compatissants aux victimes. S’ils montraient le véritable portrait des palestiniens tués, ils mettraient en cause leur propre travail.

Quant à la présentation des victimes : les médias français friands habituellement à la monstration du sang et des images larmoyantes, sont discrets sur l’identité des « victimes » dont le nombre au jour du 4 avril 2018 est 19 personnes. Or, les sources existent, accessibles en arabe et en hébreu, publiées par Hamas (et traduites en hébreu) qui, déchiré entre la volonté de gagner les avis occidentaux et le but principal du mouvement qui est la destruction d’Israël par les moyens guerriers publie la liste des combattants morts pour les idées génocidaires. Nul ne pourra contester que détruire Israël est équivalent au génocide et en cela le Hamas et l’Iran sont d’accord.

Voici pour l’exemple, les photos des « victimes » et leur affiliation aux mouvements « pacifiques » A côté des photos des morts leur affiliation aux groupes terroristes armés. La liste complète peut être consultée sur la page facebook de Abu Ali (la référence ci-dessous). La légende des photos est en arabe. Ni les images ni les photos ne figurent dans aucun média français malgré la présence massive des journalistes français sur le territoire de l’Autonomie palestinienne. Se pose dorénavant la question non seulement sur la dénomination mais aussi sur l’intégrité et le professionnalisme des journalistes français qui occultent les faits des lecteurs en nourrissant la propagande anti-israélienne. A titre d’exemple, quatre photos publiées dans la presse de Gaza avec la traduction. A côté de chaque photo, une  précision d’appartenance militaire des combattants. La presse palestinienne serait-elle plus honnête que la nôtre ?  Ce n’est pas une mauvaise nouvelle.

La liste complète des « victimes »  se trouve sur le blog d’Abu Ali, cité ci-dessous.

photo des victimes

Première photo  en haut à droite

Front National de la Libération de la Palestine

Et son aile militaire « Légions de la révolte nationale »

Son membre chahîd Abd AlKadir Mardi Al Havazhiri, mort comme martyr (shahîd) pendant la Marche du Retour le 20.03.2018

La photo d’en haut à gauche

Légion Badr Al Kubari

Shahîd combattant extraordinaire

Ahmad Ibrahim Ashur Auda

La photo du bas à droite :

shahîd combattant

Mutassib Zuhajr Al Sulu

La photo du bas à gauche :

Fatah

Légions des shahîd « Al Aqsa Palestine »

Leader shahîd

Jihad Zuhajr Abu Jamush

Source : https://www.facebook.com/abualiblog/photos/a.1053982911290772.1073741829.1024181447604252/1811794925509563/?type=3&theater

 

 

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