pseudo-féminisme

#Meetoo partout

Yana Grinshpun

Depuis l’affaire Weinstein, on trouve de plus en plus de littérature sur le sexisme dans nos sociétés et sur l’importance de la lutte féministe pour améliorer la condition de vie des femmes, libérer leur parole et les défendre des agressions des hommes. Par exemple, 20 minutes du jeudi 4 avril titre sa une « A quand l’ère #Metoo ? ». L’article décrit la société nippone où « perdurent sexisme et inégalités ». Le journaliste peint un portrait lugubre de cette société des machos où les filles et les femmes sont vues comme des objets.

Tout ce que décrit cet article est sans doute désolant. Il ne viendrait à l’esprit de personne de contester l’existence des violences faites aux femmes. En France, les mesures punitives contre ce type de violences sont inscrites dans la loi. Manifestement, au Japon aussi, car, selon le journaliste, le vice-ministre des Finances a dû démissionner suite à des accusations de harcèlement.

On peut comprendre et partager cette indignation à l’égard des injustices commises contre le sexe féminin. On peut néanmoins se poser la question suivante : pourquoi parler du Japon, le pays où les mesures contre la discrimination selon le sexe sont inscrites dans la loi, les minorités sexuelles y sont entendues (voir ici). Pourquoi ne pas parler des pays où c’est la discrimination qui est inscrite dans la loi ? Comme en Arabie Saoudite ou au Pakistan, ou en Iran où elle fait partie des pratiques sociales habituelles non condamnées et non condamnables, car faisant partie d’un régime politique et religieux institué. Parle-t-on du massacre de Sinjar dans nos médias, la région où les femmes ont été réduites à l’esclavage sexuel par les islamistes? Ces hommes-là, on évite de les critiquer trop fort, peut-être à cause de leur dangerosité réelle et pas seulement symbolique. Il est facile de s’attaquer à celui qui ne représente aucun danger, comme les machos japonais, car ils viennent des sociétés gérées par la loi et ne vont pas s’attaquer au journal qui les dépeint sous une lumière sombre. En revanche, ceux pour qui la discrimination des femmes est une norme, peuvent agresser les journalistes, comme ils ont tué Théo Van Gogh qui avait osé mettre en scène la soumission des femmes par l’islam dans le court métrage qui lui avait valu la vie

Le discours néo-féministe pratique une étrange séparation de l’humanité en deux sexes en guerre. Ne lit-on pas dans la tribune des féministes universalistes publiée le 8 mars que « les assignations identitaires, communautaires et religieuses ne peuvent pas libérer les femmes de la domination masculine; les courants de pensée relativistes, postcoloniaux et racialistes qui prétendent porter le féminisme ne font que l’instrumentaliser et l’adapter aux règles posées par l’oppresseur; ». Sous les dehors de la lutte contre les clivages identitaires qui divisent les femmes, on voit le présupposé dorénavant incrusté dans les consciences habituées au discours néo-féministe : la domination masculine est un fait. Faut-il conclure que l’homme est un oppresseur par essence? L’emploi de l’article défini dans ces énoncés généralisants confirme cette lecture. On pourrait pourtant questionner ces postulats et leurs fondements. Que veut dire « la domination masculine », à quel phénomène socio-psychologique renvoie-t-elle ? Quels sont les critères de domination et comment peut-on prouver qu’elle est l’apanage de l’homme. S’il s’agit du viol, c’est un crime, puni par la loi. Ce n’est pas donc le critère pertinent. Quel est le critère pour une société comme la nôtre, où l’égalité est un acquis ? L’universalisme simpliste, revendiqué par la tribune et qui catégorise la société en fonction des attributs sexuels, est bien singulier, car même si son but est de dénoncer les stratégies décoloniales, elle appelle les dominées à se réunir contre le dominant masculin et l’oppresseur. Autant dire que l’homme est un loup pour la femme…

  • Loi Vidal : patriarcale ?

Ce fantasme obsessionnel de la domination masculin est désormais omniprésent. A se demander ce que cache cette insistance sur le « patriarcat » (synonyme de « domination masculine »), dont les militantes font le constat quotidiennement sur les pages de presse. A lire les médias, le sexisme est partout, dans les rédactions des médias, à l’hôpital, au sein des universités, au gouvernement, les femmes semblent être les cibles permanentes des «  mâles dominants » (l’adjectif doit être de trop, car être « mâle », dans la novlangue féministe signifie être « dominant »). Bref, notre société est clivées en oppresseurs hommes et leurs victimes femmes. De surcroît, le taux de victimisation augmente avec le taux de mélanine, n’en déplaise aux femmes atteintes de la blanchité. Cette position qui ne cesse de jouer sur la domination imaginaire des hommes, change lorsqu’il s’agit d’une femme dont le statut dément ces représentations victimaires. La femme qui a du pouvoir est perçue comme suppôt du patriarcat, du sexisme et du racisme. Il s’agit de la ministre Frédérique Vidal, qui est à l’origine de la loi ORE (ParcousrSup) communément appelée « loi Vidal ». C’est ce que postule le Collectif Unitaire pour la Justice Sociale (fruit de fusion entre le Comité Féministe « la lutte des classes est féministes », Solidaires Etudiant-e-s Paris 3 et « le Comité de Mobilisation contre la Sélection et la Privatisation, qui officie à l’Université -Paris III). Depuis quelques jours, leurs discours qu’on entend depuis quelques années dans toutes les assemblées générales, sont accompagnés de la distribution des tracts, comme celui intitulé :

La loi Vidal : sélection sociale, raciale, patriarcale

On a beau scruter et rescruter le texte de la loi, pour y trouver les traces discursives du racisme et du patriarcat, j’ai beau chercher des bourgeois nantis parmi mes étudiants arrivés après la sélection « sociale », « raciale » et « patriarcale » de cette année, je n’y arrive pas. Sur mes trois groupes de première année de linguistique, 7 hommes sur 70 inscrits, (n’y aurait-il pas de la discrimination, par hasard ?), la plupart des étudiants viennent de milieux modestes et parmi eux un grand nombre de noms à consonance non-française (et je ne parle pas du mien, de nom, mais je ne suis pas étudiante). Un malentendu sémantique avec le Collectif en question  sur le sens des mots? Dans ce tract, et dans les discours semblables qui circulent au sein de l’université, le sens des mots « racisme » et « patriarcat » est aussi arbitraire que le sens des mots inventés par Humpty Dumpty, qui, dans sa conversation avec Alice, lui dit que les mots signifient exactement ce qu’il a décidé qu’ils signifiaient. Sinon comment interpréter ces mots dont le référent est aussi flou que leur programme de lutte. L’appel à la mobilisation stipule :

« Les attaques se poursuivent contre les femmes, en particulier contre la libre disposition de notre corps ».

Impossible de savoir de quelles attaques et de quels corps il s’agit, qui est l’auteur des attaques : à croire que le fait d’obliger les étudiantes à assister aux cours pendant deux heures de suite porte atteinte à leur corps qui leur serait dévoyé, confisqué ou dégradé.

« Nous avons conscience que les premières touchées par la politique actuelle seront les lycéennes, les étudiantes, les femmes salariées ou encore les femmes racisées. »

Dans cette nébuleuse de mots qui ne renvoient à rien de précis, on pourrait se demander qui est réellement l’ennemi de ce comité. Car lorsque l’on lit leur production verbale, il est impossible de ne pas éprouver la sensation d’avoir devant les yeux un discours délirant dont une des composants est l’absence de correspondance avec la réalité et la conviction d’être persécutée en permanence par les forces obscures qui officient à l’université.

« Ce pourquoi nous nous battons :

-Unité étudiantes-travailleuse

-Contre la sélection sociale, raciale et patriarcale : abrogation de ParcoursSup (loi Vidal-Oré)

-Egalité salariale hommes-femmes

-Droit à l’avortement libre, gratuit et sûr pour toutes

-Abolition de la prostitution : démantèlement des réseaux de traite, condamnation des clients et des proxénètes

-Condamnation des prêtres pédophiles et des violeurs pour les crimes commis»

Vaste programme  pour les étudiantes en lutte : le combat pour l’unité que personne n’interdit, la recherche des prêtres-pédophiles dans la fac où aucun enfant de moins de 18 ans ne suit ses études, et où la seule présence de la religion chrétienne est marquée par la distribution gratuite du quotidien La Croix. On ne sait pas non plus de quels violeurs il s’agit et s’il y en a qui rôdent en liberté au sein de l’Université sans être punis. Ou encore, à propos de l’égalité salariale : les salaires des enseignants sont également misérables sans distinction de leur sexe, genre, couleur ou autre attribut identitaire.

Blagues à part, ce genre de discours qui prolifèrent dans les Universités françaises et les gangrènent par leur rhétorique victimaire promue comme discours du progrès et de modernité, dépourvu de toute argumentation rationnelle est mis au service du clivage social en classes, sexes, races. Ces discours ont un effet d’intimidation et mettent en scène une position paradoxale : les producteurs de ces discours se présentent comme victimes de la société, tout en commettant les actes de domination, comme en témoigne la dernière affaire universitaire : l’empêchement physique par les « victimes » du « racisme » de mettre en scène la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, sous prétexte que les masques noirs des personnages du théâtre antique auraient servir à se moquer des noirs. Ces discours représentent   aujourd’hui la menace pour l’universalisme universitaire, la recherche, le savoir et la liberté qui n’a pas de sexe, ni de couleur.

 

 

 

 

 

 

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