antisionisme, judéophobie, question juive

ISRAEL, l’Exception

par Jean-Pierre Lledo

J’avais écrit ce texte en Mars 2010, en vue de la préparation de mon nouveau film ‘’Israel, le voyage interdit’’ qui sortira en France a partir  du 7 Octobre prochain, mais aussi suite à l’engouement français pour le livre de Shlomo Sand sur ‘’l’invention du peuple juif’’.

Alors que son épigone Cohen-Lacassagne vient de faire du copié-collé sur le cas des Juifs d’Afrique du Nord, je me résous à le voir publié, tout en me réservant de revenir en particulier sur la resucée de ce dernier, Juif lui aussi, mal dans sa peau.

Israël, un des plus petits pays au monde, et dont la population n’atteint même pas la dizaine de millions, pose manifestement problème à l’humanité. On pourrait même dire, à comptabiliser la quantité d’occurrences, qu’elle est une des ses principales obsessions.

A tel point, que l’on entend souvent des Israéliens exprimer un même rêve : que leur pays devienne ‘’un pays comme les autres’’. Et c’est également de ce point de vue, que Lanzmann avait tourné son ‘’Pourquoi Israël’’.

Mais n’est-ce pas justement le fait de vouloir banaliser Israël qui est à l’origine de l’obsession ? Et si la seule manière de dépathologiser le rapport à ce pays, ne serait pas au contraire d’envisager Israël précisément comme un pays qui n’est pas comme les autres, qui ne l’a jamais été, et sans doute ne le sera jamais.

De fait, comprendre un phénomène, d’un point de vue politique ou scientifique c’est, généralement, l’appréhender selon des grilles et des modèles communs.

Il reste que la science et la politique sont aussi confrontées au phénomène unique, quand la loi, générale, ne peut révéler tous ses secrets, nous l’expliquer.

Il est vrai qu’affirmer l’exceptionnalité d’un phénomène ne pose aucun problème, tant qu’il s’agit de la nature. Il en va autrement quand il s’agit de l’humanité. Surtout en une époque de mondialisation où le nouvel ordre tente de mettre avec plus ou moins de bonheur, des normes de (co)existence, valables pour tous. Sans parler de l’interprétation outrecuidante, qui pourrait ainsi permettre de justifier l’injustifiable.

On peut donc imaginer que les Juifs[1], et plus encore ceux d’Israël, et plus encore ses dirigeants, soient les premiers à être incommodés par cette situation d’exceptionnalité qui alourdit la responsabilité. Puisque chaque acte doit alors passer au crible préalable de la précaution morale et qu’en définitive, elle contraint plus qu’elle n’autorise…

Aussi aborderons-nous ce film, avec l’idée qu’au lieu de déplorer l’agacement contemporain quasi-général que provoque Israël, doublée de franche hostilité dans certains pays, ou milieux, et donc de fuir le problème qu’il pose, celui de l’exception, il faut au contraire en faire le sujet même !

Notre parti pris sera donc de tenter de mettre en valeur ce qui justement distingue ce pays, ce peuple, de l’ensemble de l’humanité, non pas tant d’ailleurs avec la prétention d’éventer le mystère que de lui donner consistance, cad sans recourir à la facilité du discursif, de l’explicatif et donc par exemple des commentaires de spécialistes, mais autant que faire se peut avec les ‘’seuls’’ moyens du cinéma, ceux de la visibilité immédiate et de la présence évidente, masques divers de l’invisible, et de l’insondable…

Ces moyens et le système narratif à inventer, ne peuvent pas encore être l’objet d’un texte. Ils le seront, sous forme de scénario, lorsque la matière même de ce film pourra être explorée au cours d’un long travail d’enquête sur le terrain.

Dans le texte qui suit, nous essaierons plutôt donc d’envisager, à très grands traits, ce qui a distingué Israël, et continue de le faire, lui conférant cette qualité de mystère. Et en conclusion, nous nous autoriserons à quelques déductions.

Il ne faudra cependant y voir ni l’ébauche, ni le squelette du futur film.

Juste, ce qui pourrait nous guider, sans nous contraindre, tant dans notre enquête, que plus tard dans la rédaction du scénario, puis sa réalisation.

Juste que notre démarche, incrustée dans les multiples dimensions de l’histoire humaine, ne cherchera jamais à en sortir : la dimension religieuse, capitale dans ce mystère-Israël sera toujours envisagée dans son seul aspect historique.

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Israël, est le seul cas historique où 3000 ans après, un peuple privé de son royaume, déchu, chassé de son territoire, éparpillé à travers le monde, se reconstitue en Etat, quasiment sur le même territoire.

Ce fait brut, massif, incontestable, s’il ne dit rien du mystère, au contraire, en résume sans doute l’exceptionnalité.

Pour qu’Israël renaisse comme Peuple-Etat, il aura fallu qu’après la disparition du dernier Royaume de Judée, les Juifs eux-mêmes ne disparaissent pas, comme d’innombrables autres peuples, soit par destruction soit par assimilation, pour qu’à nouveau apparaisse une occasion historique de reconstitution. Ce qui constitue déjà en soi, deux énormes ‘’miracles’’, eux-mêmes résultante de très nombreuses péripéties historiques, toutes aussi hasardeuses les unes que les autres, ce qui du point de vue mathématique, les rendaient plus… qu’improbables. Mais qui aujourd’hui, avec le recul, peuvent aussi, légitimement autoriser qu’on les entrevoit dans leur nécessité, car le fait est là : 3000 ans de violences, parfois extrêmes, ne sont pas arrivées à bout de ce peuple, qui de ce fait, nolens volens, ne pouvait que cumuler les particularismes et les inédits de l’Histoire.

Citons les moments essentiels de rupture qui en faisant sa différence forgent son identité :

  • La Révélation mosaïque. Début des débuts, moment fondateur, qui au travers des Hébreux va offrir à l’humanité, son premier Dieu unique et abstrait, une inédite anthropophilie fondée sur le refus du sacrifice humain, qui lui fait accomplir son bond civilisationnel le plus décisif à ce jour, ainsi qu’un rapport à Dieu excluant toute dévotion aveugle, incluant même, dans les deux sens, le débat, la contestation voire la colère, faisant donc appel à toutes les ressources humaines de l’intelligence, du discernement, de l’engagement, et de la responsabilité. Cette élection, au sens profane du terme, qui fait qu’au sein d’une communauté déterminée, s’élabore en un certain lieu, un nouveau système de pensée, une nouvelle philosophie, de nouveaux modes d’être, ne pouvait pas ne pas déstabiliser le monde environnant, ne pas provoquer envie, mimétisme, et par conséquent désir de faire disparaitre l’auteur…
  • La Persécution. Les 2 derniers millénairesde malheurs juifs, sans parler du troisième qui promet déjà, dominés par le christianisme et l’Islam les deux révélations suivantes, en mal de filiation,revendiquant pour elles seules, le statut de Vérité, ultime, ne pourraient-ils pas se comprendre comme cette volonté de s’approprier le Message en supprimant les messagers ? Quoi qu’il en soit, les faits sont là, massifs et brutaux : stigmatisation, ghettoïsation, banissement, expulsion, extermination, aucun autre groupement humain n’a été persécuté avec une telle constance, une telle unanimité et surtout une telle violence, puisqu’il s’agissait d’effacer leur mémoire, plus encore que de détruire leur corps.Et jamais plus grande entreprise de destruction massive ne fut conçue, au cœur même de la civilisation la plus avancée d’Allemagne d’Italie et de France, il y a à peine 60 ans. 
  • La Résistance. A l’entêtement à les réduire, par la déportation, la conversion ou par la mort, puis par l’assimilation, au temps plus cléments des révolutions citoyennes, a répondu le non moins grand entêtement des Juifs à persister. Contrairement à la légende, peu de peuples se sont aussi souvent révoltés, dès que les conditions pouvaient laisser une chance de vaincre et peu de peuples ont préféré le suicide collectif, aux humiliations du vainqueur. Et quand la soumission devenait l’ultime moyen de se préserver de l’anéantissement total, peu de peuples ont réussi à se maintenir, repliés, arc-boutés, dans la dernière tranchée possible, celle de la Mémoire (‘’Si je t’oublie Jérusalem….’’). Enfin, la ‘’solution finale’’ ayant échoué à résoudre le plus vieux et le plus obsédant des ‘’problèmes’’ de l’humanité, la dite ‘’question juive’’, on doit se demander au nom de quoi, les Juifs, dispersés de par le monde, ont-ils toujours résisté ? Au nom d’une fidélité à un Livre ? Certes oui. Au nom d’une nostalgie, celle de l’Endroit perdu ? Certes, non. Plutôt au nom d’un Rêve à venir.
  • Le Retour. A-t-on jamais vu un peuple aussi porté par l’idée d’un Retour vers Le Lieu Sacré, Beït Ha Mikdasch, jamais oublié, Jérusalem? Quel autre peuple a-t-il jamais prié, quotidiennement, pour qu’il advienne ‘’l’année prochaine’’ ? Quel autre peuple consacra-t-il un jour de deuil pour pleurer chaque année, la destruction  des 2 Temples ? Quel autre peuple a-t-il veillé à maintenir des liens, malgré l’extrême éloignement, entre ses communautés dispersées et notamment avec son Centre : courriers, argent, voyages, et même retours définitifs au gré des expulsions ? Quel autre peuple, croyant l’heure de la Délivrance enfin venue, et ce en plein 17ème siècle, s’enflamma-t-il à l’appel d’un simple Rabbin, pourtant désavoué par ses pairs comme faux-Messie, et se mit-il subitement à quitter l’Asie Mineure, l’Afrique du Nord, et même l’Europe, d’est en ouest et jusqu’au Nord, pour cette Terre que les Romains avaient débaptisé en Palestine, mais dont eux n’avaient jamais oublié qu’elle s’appelât, à l’origine, Judée… ? Quel autre peuple a-t-il jamais eu le projet, voire même l’envie de revenir vers la terre dont il avait été chassé ? Le retour, 70 ans après leur déportation, des 40 000 Juifs de Babylone, est déjà un fait historique rarissime !

Que dire alors, de celui qui s’effectue, 20 siècles après, à l’appel d’un mouvement politique et laïc, cette fois ? ! ! !

Le Sionisme. Quel autre mouvement politique s’est-il jamais identifié à un lieu, au lieu de l’origine (historique et non biblique), la plus haute des collines de Jérusalem, Sion ? Quel autre projet a-t-il semblé plus fou que celui de faire revenir 20 siècles après, un peuple dispersé sur les 5 continents, et qui pour survivre avait dû souvent, du moins en partie, s’assimiler ? Quelle autre utopie a-t-elle pu se réaliser malgré une aussi grande adversité, allant des croyants (chrétiens, musulmans, mais aussi juifs !) aux laïcs (de droite comme de gauche !), et ce, au moment même où rien ne semblait pouvoir rivaliser avec l’une des plus séduisantes utopies, tout à la fois, sociale, fraternelle, et internationaliste, le communisme ?

Partir du constat que si le malheur des Juifs provenait principalement de leur statut de dispersés et donc de minoritaires, et proposer d’entamer un processus inverse, sinon comme solution à la fameuse question juive, du moins comme préalable incontournable, était pourtant une idée aussi simple et logique que géniale. Encore fallait-il qu’après tant de malheurs, le peuple juif, en ait gardé le désir. Encore fallait-il que l’admette un monde, jusque-là hostile aux Juifs en général, et en particulier à l’idée qu’ils puissent même être un peuple, sans parler de l’idée qu’ils puissent se reconstituer en nation, et en un lieu, depuis longtemps repeuplé, autrement…

  • Le Projet sioniste vers sa réalisation. La volonté juive, si forte fut-elle, et elle le fut, eut sans doute été brisée sans un concours de circonstances historiques, assez exceptionnel. Il fallait que les Empires disparaissent, et ils disparurent. En Europe centrale, et au Moyen Orient. Il fallait que la carte des nations ne fût pas encore dessinée, et elle ne le fut pas avant la fin de la seconde guerre mondiale. Mieux, si l’on peut dire, en dopant l’antisémitisme, les processus de formation des nouvelles nations européennes accrurent la légitimité de la proposition sioniste, jusqu’à l’évidence de la Shoah…

Le visa de sortie d’Europe étant acquis, encore fallait-il obtenir le visa d’entrée… Et ce, en une Terre, certes des ancêtres, mais où il ne restait plus quequelques milliers de Juifs, et où la majorité des habitants, musulmans, avaient même oublié que l’esplanade des Mosquées avait, 8 siècles après, recouvert les ruines de 2 Temples juifs, et qui ignoraient désormais que s’ils avaient appelé Jérusalem ‘’Bayt El Maqdis’’, c’était qu’elle avait été désignée par les Juifs, 10 siècles plus tôt,  ‘’Beït Ha Mikdasch’’, la Maison Sacrée…

Chance supplémentaire du nouveau nationalisme sioniste, l’empire ottoman ne s’est pas disloqué, comme en Europe, sous les coups de boutoirs des nationalismes, lesquels, hormis le turc et l’égyptien, n’existent pas encore au Moyen-Orient. Il y a donc bien un peuplement en Palestine originaire de toutes les contrées environnantes, qui se croit ottoman, se sait musulman, est prêt  à devenir syrien, et se découvrira arabe, mais ne se dit pas encore palestinien

Les sionistes, eux, savent qu’ils sont un peuple et une nation depuis longtemps, et qu’il leur reste juste à mettre en place un Etat.

  • La création d’un Etat avant l’Etat. A-t-on jamais vu s’édifier un Etat, avec son économie, son budget, sa défense, ses syndicats, ses hôpitaux, ses universités, ses bâtisseurs, et une langue réinventée, et ce, avant même que soit acquise l’indépendance ? Comme si, moment fondateur partout ailleurs, elle n’était là qu’une sorte de formalité, certes indispensable, pour acquérir la reconnaissance des autres… Un tel processus, à l’envers, aurait-il pu s’imaginer sans une conscience nationale très forte ?
  • Israël. A-t-on jamais vu un Etat, bien qu’unanimement reconnu (la Shoah aidant), devant s’accoucher dans la guerre, face à 5 armées de pays hostiles (arabes) l’encerclant, et qui durant 2 années tentent de l’anéantir ? Quel autre pays, 60 ans après sa reconnaissance internationale, voit-il ses frontières et même sa légitimité contestées ? Quel autre pays, né dans la guerre, se voit-il contraint de survivre par la guerre, comme si son histoire ne devait être qu’une histoire de guerres ? Quel autre pays est-il arrivé en si peu de temps, en devant intégrer des millions de personnes de plus d’une centaine de provenances et donc d’univers culturels, à un tel niveau de développement, et surtout de démocratie, malgré les risques d’autoritarisme et de dictature que génère partout ‘’l’union sacrée’’ de la guerre ?

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Alors donc que le destin juif, quasi miraculeux, mille fois décapité, et mille fois renaissant, aurait dû, au nom de la préservation d’un patrimoine universel de l’humanité, lui valoir au moins une solennelle reconnaissance, et au plus inciter à en penser sinon l’exceptionnalité, du moins la spécificité, que nous avons appelé le Mystère-Israël, force n’est-il pas de constater que ces dernières années sa contestation, sortie du cadre arabo-musulman mais se servant désormais du ‘’problème palestinien’’ comme tremplin, s’est internationalisée ?

Plus gravement, comme si après 2500 ans de persécutions, le peuple juif n’avait pas donné assez de preuves de ses liens, de sa solidarité, de ses résistances, de son désir de se reconstituer en Nation, de la vigueur de son sentiment et de sa conscience nationaux, et, depuis plus de 60 ans, de sa capacité à se prendre en charge, dans son auto-construction, comme dans son auto-défense, ne voit-on pas aujourd’hui contester non plus seulement le droit à un Etat, ou à des frontières sures, mais le droit même à ce que les Juifs puissent même accéder à la catégorie de peuple, et par conséquent au droit de disposer d’eux-mêmes… !!!

A quel autre peuple, a-t-on jamais autant demandé de preuves, y compris depuis peu, génétiques ? !!! [2]

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La délégitimation des Juifs eux-mêmes comme peuple, après celle de l’Etat d’Israël, cette fois du point de vue, non plus de l’histoire, de la politique, du droit, la philosophie, ou de la métaphysique, mais de la ‘’science’’ biologique, ne repose-t-elle pas l’éternelle ‘’question juive’’ ?

Y a-t-il d’ailleurs jamais eu question plus récurrente ?

Y a-t-il jamais eu aussi question plus rhétorique, puisque ceux qui l’ont posée, et continuent de la poser, ont presque toujours, déjà, la réponse, définitive ? !

Certes les ‘’questionneurs’’, du 18ème jusqu’ au début du 20ème siècle, pouvaient être crédités de bonne foi et de bienveillance, quand les utopies assimilatrices, républicaines, puis communistes, semblaient se réaliser, et ce d’autant qu’ils étaient souvent eux-mêmes juifs. Mais après le démenti cruel de l’histoire, quand exceptée la poignée de Justes, une partie de l’Europe chrétienne et laïque massacre ‘’ses’’ Juifs, avec le consentement actif ou passif de l’autre partie, et avec la mise à la disposition d’Hitler d’un bataillon musulman constitué par l’Emir Husseini de Palestine, et que quelques années après, le Machrek puis le Maghreb musulmans, se débarrassent des siens, par le pogrom et le terrorisme, l’aveuglement des nouveaux questionneurs n’est-il pas plus que suspect ?

Et quand ces derniers sont Juifs, cela ne relève-t-il pas de la pathologie ? Maladie qui ne prouverait rien d’autre que l’humaine condition qui consiste, pour tous les minoritaires réprimés du monde, à se fondre dans la masse ou au contraire à manifester bruyamment sa détestation de son groupe d’origine. La loi de l’assujettissement à la majorité, surtout lorsqu’elle est intolérante, ne laisse en effet pas d’autres postures : suicide, fuite, ou reniement de soi.

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Quoi qu’il en soit, qu’on la juge déplacée, suspecte ou malveillante, l’insistance de ‘’la question’’ (juive) oblige à l’affronter, telle une épreuve sisyphienne.

Cette fameuse ‘’question’’ est en fait une affirmation : les Juifs ne sauraient prétendre à être autre chose que les adeptes d’une religion, en aucun cas à la qualité de ‘’peuple’’, encore moins de ‘’nation’’, et donc, encore moins à un Etat. Et ce, pour la simple ‘’raison’’ qu’ils échapperaient aux définitions ‘‘universelles’’ de peuple et de nation !

Simples croyants et pas peuple, les Juifs ? Mais pourquoi avoir envoyé dans les fours crématoires, des Juifs aux prénoms bien chrétiens, convertis depuis plusieurs générations ?

Qu’est-ce qu’un peuple ou une nation, sinon l’agglomération de groupes humains sur une base d’affinité quelconque, religieuse, ethnique, linguistique, ou même mémorielle ?

Au nom de quoi, serait-il mieux fondé de donner le titre de ‘’peuple’’ à des groupes agglomérés de force, durant les processus de formation des empires puis des nations, et qui donc à l’origine n’avaient aucune mémoire commune, plutôt qu’à des groupes qui l’ont conservée, au prix de mille malheurs ?

Au nom de quoi, pourrait-on refuser à quels que humains que ce soient, le droit d’avoir envie de vivre ensemble, en se séparant des autres, alors que la ‘’mondialisation’’ ne dissuade pas mais renforce leur désir d’autonomie, voire d’indépendance ?

Si l’on admet un tel droit, ne faut-il pas admettre qu’ Israëlest le seul Etat qui puisse se targuer de s’être constitué uniquement sur le volontariat et le consentement, quasiment de chaque individu ? Quelles sont donc alors les autres objections ?

  • La dispersion et la minorisation, obstacle à l’existence d’un peuple ? Mais où a-t-on vu que la conscience identitaire cesserait avec la dispersion et la minorisation ? Ne pourrait-on pas dire au contraire que cette minorisation aurait tendance à mieux conserver ? Les Kurdes, les Arméniens, les Berbères, dispersés en de nombreux pays ont-ils disparus ? Leur légitimité à demeurer, voire à se regrouper devrait–elle aussi être remise en cause ?
  • La perte d’un territoire serait irrémédiable ? Mais pourquoi entériner tous les coups de force passés de l’Histoire, et désigner à la vindicte le seul Etat qui ne doive son existence qu’en accord avec la volonté expresse de la communauté internationale ? Un pays dont le territoire, loin de ce qu’il fut historiquement, ne s’est modifié qu’en conséquences de guerres qui lui ont été déclarées et qui auraient pu, en cas de défaites, le rayer une nouvelle fois de la carte, puisque tel était le but poursuivi des belligérants ? Pour conquérir l’indépendance, puis pour la défendre, les Juifs seraient-ils le seul peuple auquel on dénierait le droit de recourir à la force ?

Les Juifs se refusent-ils à être un peuple comme les autres, ou, à l’inverse de l’idée reçue, ce sont les autres peuples qui leur refusent ce droit ?

En quoi être différent et vouloir préserver sa différence, serait-ce une spécificité juive ?

Poser ces questions, n’est-ce pas en définitive n’en poser qu’une ; qu’est ce qui fait problème chez les Juifs ?

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L’existence d’Israël est-elle aussi problématique aux yeux du monde, parce qu’elle réveillerait :

  • Les culpabilités anciennes liées aux persécutions ? Celles récentes des laïcs. Et celles plus anciennes liées au vol de l’idée juive. D’abord par les chrétiens, ensuite par les musulmans. Ce qui expliquerait que, comme dans tous les cas de plagiat, après s’être approprié le message, on ait tenté, aussitôt, de faire disparaître ceux qui l’avaient révélé…
  • La hantise du jugement ? Les bourreaux nazis ont certes été symboliquement jugés et condamnés à Nuremberg, puis à Jérusalem même. Mais dans toute l’histoire, ils ont été les seuls persécuteurs de Juifs à l’être. Si l’humanité devait se laver de toutes ses fautes vis-à-vis des Juifs depuis le début de leur existence, qu’elles aient été commises au nom des religions, ou des nations, combien de Nuremberg, faudrait-il ? L’acharnement actuel à vouloir juger Israël, à le déférer devant un Tribunal International, ne dévoile-t-il pas cette hantise d’avoir un jour à rendre des comptes, d’innombrables comptes, hantise de presque toute l’humanité ?
  • La peur du ‘’mauvais’’ exemple ? Les grands ensembles multinationaux auraient-ils peur qu’Israël montre qu’un peuple déterminé peut, même des siècles après, arriver à ses fins ? Peur des majorités face aux désirs des minorités opprimées de vivre séparément leur identité particulière…? Ou encore jalousies et ressentiment des minorités impuissantes à modifier leur sort… ?

Si Israël, et la fixation qu’elle engendre, sont bien le symptôme de ces culpabilités, hantises, désirs ou jalousies, ne faudrait-il pas, pour qu’il disparaisse, et l’agressivité avec, que, pour se réconcilier avec elle-même, l’humanité :

  • rende justice, symboliquement, une fois pour toutes, aux Juifs, de tous les malheurs qu’elle leur a fait subir, ce qui devrait passer au moins par 3 jugements : celui des chrétiens[3], celui des musulmans, et celui de la Communauté internationale.
  • admette et encourage, au nom de la démocratie nationale, la volonté de toutes les minorités à se vivre indépendamment des majorités, ce qui avec les grands ensembles économiques transversaux de la mondialisation actuelle, ne devrait avoir aucune conséquence fâcheuse pour leur survie physique, tout en les sécurisant pour leur survie spirituelle…

Ce serait bien un minimum.

Car en vérité, si l’humanité devait s’acquitter du plus impérieux de ses devoirs, celui de la mémoire, ne devrait-elle pas commencer par célébrer le peuple juif comme peuple héroïque, qui en se préservant envers et contre tous, peut aujourd’hui offrir à l’humanité entière sa plus ancienne mémoire vivante écrite – mémoire spirituelle et historique – et finir par classer Israël comme un des patrimoines vivants les plus précieux, à préserver pour l’éternité ?

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Entre ce minimum et ce maximum, l’humanité ne devrait-elle pas dans l’immédiat, reconnaître à Israël le droit imprescriptible à exister, non seulement, comme en 1947, à cause de la Shoah, cette tentative démente d’exterminer un peuple entier, non seulement en raison des 2500 ans de persécutions continues que son peuple eut à subir, puisque s’il est vrai que tous les peuples ont été persécutés à des moments particuliers de l’histoire, seuls les Juifs l’ont été à tous les moments, et pratiquement par tous les autres peuples de la terre, mais aussi tout simplement parce qu’il en a le droit, même si son cas n’est à nul autre comparable !

Une fois libérée de sa mauvaise conscience, en ayant reconnu à Israël une légitimité ‘’négative’’ du fait des persécutions, l’humanité n’aurait sans doute plus de mal à lui accorder aussi une légitimité ‘’positive’’, la plus importante, du fait de son historicité.

Arrivée à ce stade, elle serait pratiquement arrivée au seuil de la résolution définitive de la question des questions, ‘’la Question juive’’, celle qui donne le vertige, même  aux Juifs et aux Israéliens : le mélange du national et du religieux !

Car s’il est vrai qu’ils n’ont pas été les seuls à l’avoir fait, ils sont les seuls chez qui les deux éléments semblent à jamais solidaires.

Si comme les chrétiens ou les musulmans, alliés à un grand empire et faisant de leur foi l’étendard d’une conquête universelle, les Juifs avaient judaïsé le monde entier ou une de ses grandes parties, en conséquence de cet expansionnisme planétaire, le national ne se s’eut-il pas décollé du religieux ? (N’avoir conquis le monde ni par le sabre ni par le goupillon, est-ce cela qui serait finalement reproché aux Juifs ?!)

Le fait historique est qu’une telle chose n’a pas eu lieu. Les Juifs, minoritaires partout, persécutés, déportés, ou exilés, l’étrange alchimie d’un religieux fondu dans le national s’est perpétué, et ce même dans le cas où des peuples ou des contrées se judaïsaient individuellement ou collectivement par la libre conversion ou par le biais d’alliances matrimoniales.

Et si la ‘’Question juive’’ s’ancrait dans cette spécificité, pourquoi tenter de la résoudre en la niant plutôt qu’en reconnaissant sa réalité et sa pugnacité, ou mieux, qu’en essayant de l’expliquer, en se demandant par exemple pourquoi les Juifs ont-ils été appelés Peuple du Livre ?

L’ont-ils été parce que la Révélation mosaïque a été d’emblée conçue comme une Alliance avec un peuple bien déterminé, celui qui venait de montrer sa détermination à échapper à sa condition d’esclave ? Le choix de ce peuple pour indiquer aux autres la voie d’une plus grande humanisation, lourde responsabilité et non privilège, ne fut jamais une sinécure, l’histoire nous l’a confirmé depuis.

Nouveauté de la centralité d’un Dieu unique, place déterminante dans ce dispositif de l’homme créé à son image, mais aussi commandements pour marquer ses limites et fonder sur le respect de la vie une nouvelle société de responsabilité, c’eut été certes suffisant pour expliquer le fier attachement des Juifs à leur Livre, grand bond vers l’humanisme, puis sa diffusion modifiée et simplifiée au reste de l’humanité, par le biais du christianisme et de l’Islam.

Mais la Bible n’est-elle pas aussi, au sens propre du terme, une histoire, celle des débuts du peuple juif, tout autant que la mémoire de ses origines ? Une mémoire dont on s’aperçoit, au gré des découvertes archéologiques, qu’au-delà de sa partie mythologique, elle a une véritable réalité historique, et qu’elle est de ce fait la mémoire écrite la plus ancienne d’un peuple toujours présent…

Le ‘’mystère juif’’ ne serait-il pas là ? Si les Juifs sont si attachés à leur Livre, n’est-ce pas aussi parce que s’y trouve consignée, non pas seulement le récit mythologique de la création du monde, mais son histoire, l’histoire de ses victoires et de ses défaites, de ses rois et de ses prophètes, de ses déportations et de ses retours, de l’érection puis de la destruction de son premier Temple ?

Peu de peuples, effectivement, peuvent donner d’aussi vieilles preuves de leur existence.

Aussi lorsque de retour dans la terre qu’il n’a jamais voulu oublier, en tant que peuple d’un Livre qui l’a constitué mais aussi maintenu, et suite à une nouvelle guerre dont il a relevé le défi, il décide de faire de Jérusalem sa capitale, cela ne relève ni d’une volonté d’humilier les musulmans, ni d’un caprice, mais d’une réalité historique, en tant que capitale de ses premiers Rois, et de ses deux Temples. Les musulmans qui ont fait de la Mecque, leur ville sainte, une ville qu’aucun non-musulman n’a le droit de fouler, ne devraient-ils pas être les premiers à le comprendre ?

N’y aurait-il pas contradiction à reconnaître Israël, comme le pays d’un peuple qui a survécu à 30 siècles d’épreuves, et à lui refuser la ville qui fut sa capitale historique, et qu’il célébra dans chaque prière quotidienne durant 25 siècles d’exil ?

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Ce rêve de retour vers Sion, aussi vieux que l’exil lui-même, devait, certes, quelle que soit sa légitimité, tenir compte du fait que depuis plusieurs siècles de nouvelles populations, musulmanes surtout et chrétiennes s’étaient installées dans la région, et il en tint compte. En témoignent des quantités d’interventions des principaux leaders sionistes de toutes tendances, y compris de celui qui est présenté comme le plus déterminé et le plus intransigeant, Jabotinsky.

Mais le Moyen-Orient, conquis depuis 13 siècles par les musulmans vainqueurs de toutes les tentatives de reconquista chrétiennes, allait-il tolérer le retour des Juifs en son sein, non plus comme simples croyants avec le statut discriminant de dhimmis, mais comme Peuple-Etat-Nation souverain ? Et ce, plus de 12 siècles après avoir recouvert par deux nouveaux Temples, les siens, les ruines de leurs deux anciens Temples, détruits certes par d’autres… ?

Mohamed en apportant aux siens la 3ème Révélation monothéiste, nouvelle sinon inédite puisque de toute évidence inspirée de la première, n’avait-il pas dit qu’elle était aussi l’ultime, n’avait-il pas ainsi définitivement scellé le cours de l’Histoire ?

Le visa d’entrée ne fut donc jamais accordé aux Juifs.

Ni par les Arabes chrétiens : le Vatican ne reconnaît Israël qu’en 1993 (le 30 décembre !). Ni, jusqu’à aujourd’hui, de fait, par les Arabes musulmans, dont les Etats environnants, Liban, Syrie, Jordanie, Irak, Arabie Saoudite ne furent pourtant constitués que par la grâce des vainqueurs de la guerre mondiale 14-18 – la France et l’Angleterre – sans pour autant constituer de véritables nations.

Il est vrai, à la décharge de ces peuples, qu’hormis celui des Juifs babyloniens au 5ème siècle avant notre ère, le retour volontaire d’un peuple, 20 siècles après, était un fait absolument inédit dans l’histoire humaine, et donc posait un problème aussi inédit auquel l’humanité semble toujours impuissante à trouver une solution sensée

Il y eut donc la guerre. Non pas avec les seuls Palestiniens qui repoussèrent l’occasion de constituer leur propre Etat, lorsqu’en 1947 l’ONU leur octroya cette opportunité pour la première fois de leur histoire. Mais bien avec l’ensemble d’un monde arabe ayant la sympathie et le soutien du monde musulman.

Une guerre qui n’a pas fini, et qui a toujours le même objet : le refus d’agréer Israël comme l’Etat des Juifs avec Jérusalem comme capitale.

La seule nouveauté de ces dernières années étant sans doute le soutien de plus en plus grand d’une partie du monde chrétien, de gauche comme de droite, allant comme cela a été dit plus haut jusqu’à délégitimer Israël, non plus seulement comme Etat mais aussi comme peuple…

Cette contestation s’étend de plus en plus dans le monde aux milieux politiques et intellectuels traditionnellement de gauche, non seulement au nom du droit des Palestiniens, droit qu’au demeurant Israël n’a jamais nié, mais plus encore aujourd’hui au nom du fait qu’Israël n’aurait aucune légitimité en tant que peuple, les juifs ne pouvant prétendre qu’à celle d’être les tenants de la première révélation…

CONCLUSION

Théodore Herzl s’est trompé : la création d’un Etat pour les Juifs n’a pas résolu la Question… Non pas parce que tous les Juifs du monde n’ont pas rejoint Israël, ce qui peut d’ailleurs aisément s’expliquer par le vieil instinct de survie juif : ne pas mettre tous les œufs dans le même panier…

Il s’est trompé car créer un Etat-refuge pour mettre à l’abri des millions de Juifs, ne pouvait être un remède durable s’attaquant à la racine du mal, mais juste un traitement d’urgence, une urgence qui n’apparut à l’humanité, on le sait… qu’après la Shoah.

Selon notre hypothèse, la résolution de la ‘’Question Juive’’ passe par la reconnaissance universelle du ‘’Mystère-Israël’’, et donc de l’exceptionnalité juive, qui tient autant à la Révélation mosaïque d’un dieu unique, qu’à la manière dont elle se produit, dans l’Alliance avec un peuple déterminé, autant aux jalousies qu’elle suscita, qu’aux tentatives de la dérober et aux passages à l’acte vis-à-vis du peuple choisi, et ce jusqu’à nos jours…

Et s’il est vrai que la création de l’Etat d’Israël a rendu plus visible et audible la question juive, il faut aussi reconnaître que loin de calmer les vieilles pulsions assassines, elle n’a eu qu’un effet : les drainer vers lui. Les Juifs du monde peuvent désormais souffler, on n’a désormais rien contre eux, mais tout contre Israël. Certains d’entre eux d’ailleurs, préférant ignorer la manœuvre, croient même gagner une respectabilité en se joignant à l’hallali.

Aussi n’est-ce point prophétiser qu’affirmer que pas plus la création de l’Etat d’Israël, celle d’un Etat palestinien ne sera en mesure de régler la ‘’Question juive’’. Et ce, pour la simple raison que ces 2 Etats, l’un déjà fait et l’autre à faire, n’en sont que les symptômes.

Pour que soit définitivement réglée cette Question, il faudrait que la communauté internationale soit en mesure de reconnaître qu’elle est fondée en très grande partie sur le leg juif, que la plupart des persécutions de ces deux derniers millénaires sont la conséquence du vol de ce leg, et que la paix universelle passe donc par la reconnaissance par les chrétiens et les musulmans de ce qu’ils doivent aux Juifs, comme par la condamnation symbolique de tous les crimes de l’humanité commis contre eux, la Shoah n’ayant été qu’un des derniers.

Faut-il souligner qu’on en est très loin ? Loin d’entamer ce salutaire auto-examen, la ‘’communauté internationale’’, en projetant sur l’Autre sa vieille agressivité – allant même, en 1975, jusqu’à assimiler sionisme et racisme – ne tente-t-elle pas au contraire d’y échapper ?

Et si l’on devait suivre le sens (unique) de ses multiples initiatives, n’arriverait-on pas à la conclusion qu’elle a mis en branle un processus qui vise dans les années à venir, à reprendre ce qu’elle concéda à l’arraché, au lendemain de la Shoah, en 1948 ? N’est-il pas évident que l’ONU, telle qu’elle est aujourd’hui composée, avec une majorité absolue d’Etats non-démocratiques, ne reconnaitrait jamais le droit d’Israël à être un Etat ?

La résolution définitive de la ‘’Question juive’’, contrairement à ce qui est souvent dit, y compris en Israël, par de nombreux intellectuels, ne dépend pas de celle du problème palestinien. On pourrait même se demander si la résolution du problème palestinien ne dépendrait pas de la résolution de la question juive.Autant dire, qu’il ne pourra l’être, ni par l’audace d’un président, fut-il noir, ni par la solution magique des géomètres.

Dans l’imaginaire musulman, chrétien et agnostique, le syndrome palestinien est de fait devenu, l’ultime prétexte, l’ultime défense, pour différer, sinon renoncer au seul processus libérateur, celui de l’auto-examen critique de ses culpabilités fondatrices.

L’abcès palestinien s’est rempli de tout le pus anti-juif, païen, chrétien, musulman, moderniste, de ces trois derniers millénaires.

L’en faire sortir, jusqu’à la dernière goutte, opération elle-même non sans danger, serait sans doute la seule manière, en même temps que de régler le problème des Palestiniens, de se mettre en paix pour l’éternité…

Mais ‘’la communauté internationale’’ n’en est pas là. L’abcès palestinien continue et continuera de se remplir, car il est le lieu idéal de fixation de la haine anti-juive universelle, fondée sur des culpabilités qui refusent toujours à se dire.

C’est en effet, sur cette minuscule portion de la Terre, que le peuple juif devint le Peuple du Livre, qu’il érigea ses Temples en l’honneur de ce nouveau dieu dont il se crut choisi, qu’il se constitua en Nation, forma ses Etats, se donna des Rois, et pour les contrôler des Prophètes et des Juges. C’est aussi là que naquit Jésus, ce Rabbin qui quelques décennies après sa mort devint, à son corps défendant, le porte-drapeau d’une ‘’nouvelle’’ révélation, élaborée sur le chemin… de Damas, et se voulant désormais le Vérus Israël, transformant les Juifs en hérétiques et pire, en déicide, crime qui pour n’être qu’imaginaire ne les condamnait pas moins au feu, et à une éternelle errance…

Inspirée aussi de la première, la 3ème ‘’nouvelle’’ révélation, élaborée et fixée à un bon millier de kilomètres de là, n’eut de cesse d’être fascinés par la Capitale des Premiers Elus, Jérusalem. Mohamed commença par prier dans sa direction, avant de passer les Juifs locaux qui n’y virent pas motif suffisant à se convertir, par le vif de l’épée. Et si lui-même n’eut pas l’opportunité de s’emparer de Jérusalem, ses successeurs s’en chargèrent assez vite. Et même franchirent le pas que les Chrétiens s’étaient interdit : recouvrir le Saint des Saints juif, de leurs propres temples ! Et comme s’il avait fallu hallalisé la profanation, lui donner le label divin, on décida que la ‘’Mosquée éloignée’’ (El Aqsa, en arabe) où Mohamed était venu, en rêve, sur un cheval ailé, ne pouvait être que Jérusalem, alors que cela ne figure nulle part dans le Coran.

Jérusalem n’est donc un problème, comme on s’acharne à nous le faire croire, ni du fait de ‘’l’intransigeance’’ des chefs de gouvernements israéliens, ni du fait des constructions juives dans les quartiers arabes, mais du fait qu’elle est la scène originelle de la double dépossession des Juifs, d’abord par les chrétiens, puis plus gravement par les musulmans, par la profanation même de leur Lieu le plus sacré. Ceux qui n’arrivent pas à en concevoir l’énormité, n’ont qu’à imaginer ce qu’il adviendrait si quiconque profanait la Kaaba de la Mecque, au demeurant ville interdite aux non-musulmans !

On peut donc dire que de la même manière que les Juifs ne sont pas qu’une religion, mais aussi un peuple, la ‘’Question juive’’ ne peut se réduire en une question nationale, comme l’ont pensé les sionistes. Elle est une question nationale et religieuse. Elle ne peut donc se résoudre par la seule raison politique. Mais aussi par le traitement de l’imaginaire.

L’humanité est malade de ce qu’elle a fait subir à ses Juifs. Elle ne pourra guérir que lorsqu’elle le reconnaîtra puis leur rendra justice. Entamer l’auto-analyse serait percer l’abcès. Le vider, avoir le courage de la mener jusqu’au bout. Cette analyse, comme toutes les analyses, ne consisterait pour l’humanité, à rien d’autre que par un effort de mémoire et de langage, à mettre en mots ses dettes et ses torts vis-à-vis des Juifs. Puis pour se mettre définitivement en règle avec sa conscience, à leur octroyer le droit, imprescriptible, pour l’éternité, d’exister enfin sans crainte et sans murs, comme peuple-nation-état, autour de sa capitale entière Jérusalem.

On ne va pas facilement en analyse, mais il faudrait au moins que la communauté internationale sache que telle est sa responsabilité. Et par conséquent il est impératif de le lui dire, qu’elle ait envie de l’entendre ou non. On pourrait considérer que le discours de Netanyahou à l’Université de Bar Ilan, en insistant sur la nécessité de reconnaître Israël comme l’Etat des Juifs, a eu cette fonction salutaire, renvoyant l’humanité non pas seulement à l’actualité d’un problème géopolitique compliqué, mais à l’une de ses plus vieilles questions toujours sans solution…

En attendant que la communauté internationale prenne conscience de toute la signification de ce discours et lui apporte un début de réponse adéquate, la partie risque d’être éprouvante, et la solidarité juive indispensable : si les Juifs ne se sauveront pas en se détachant d’Israël, l’inverse est aussi vrai, certains intellectuels israéliens ne devraient pas l’oublier…


[1] Juifs avec majuscule, dans le sens d’un peuple. En minuscule, juifs, musulmans ou chrétiens, pour évoquer les croyants.

[2] ‘’Comment le peuple juif fut inventé’’ (Flammarion) –  Shlomo Sand – livre primé en France en 2009.

[3]  Jean XXIII a beaucoup fait dans ce sens, mais la volonté de l’actuel Pape de béatifier Pie XII ne montre-t-elle pas la fragilité d’un tel repentir ?

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