Médias et conflit israélo-palestinien

« La haine des Hommes » : quand l’euphémisme est au service du cynisme

Yana Grinshpun

L’analyse des articles de mon corpus de travail permet de voir comment les médias nourrissent le conflit et le sentiment de rejet d’Israël, et participe au volet psychologique d’une guerre contre ce pays en exonérant les terroristes palestiniens de toute responsabilité dans leurs actes meurtriers contre la population juive israélienne , elle a pour effet secondaire, de valider le terrorisme comme méthode efficace de lutte politique en
La propagande médiatique anti-israélienne s’appuie, entre autres, sur le discours manipulateur qui participe à la construction d’un éthos négatif du pays et des ses citoyens. Je ne parlerai pas ici des aspects psychologiques de la propagande bien connus aux psychanalystes, psychologues et sociologues, je me concentrerai sur le discours.
Par discours manipulateur, on entend un discours qui répond à deux mécanismes psycho-discursifs. Le premier consiste à implanter chez le sujet des croyances à partir d’informations déformées ou filtrées ou d’analyses non étayés par une argumentation rigoureuse et rationnelle.
Le deuxième sous-tend la première : le discours manipulateur se présente comme « objectif et neutre » moyennant des procédés discursifs divers dont certains seront analysés ici en détail. Précisons qu’un discours « manipulateur » n’est pas nécessairement produit de manière consciente, il peut l’être également par un individu manipulé qui répète en toute bonne foi ce qu’il croit être vrai ou « objectif », un journaliste qui ne vérifie pas ses sources, ou les choisit en fonction de ses convictions et en fonction du positionnement de l’organe de presse pour lequel il est engagé et par lequel il est rémunéré.
On parle de propagande lorsque ces procédés sont utilisés de manière systématique et avec la même visée. (Cf. Ed. Bernays 1928, J. Ellul, 1965) En d’autres termes, le lectorat ou l’auditoire doit recevoir les mêmes messages trompeurs de manière répétitive sur une longue période (des années, voire des décennies). La construction des messages, leur structure narrative ou genre du discours choisi peut varier, mais le lexique, l’appareil énonciatif, les tournures syntaxiques restent invariables. A cette stratégie, s’ajoute un évitement de confrontation des points de vue divergents. La parole n’est donnée qu’à ceux qui adhèrent au positionnement idéologique de l’organe médiatique et pas à ceux qui seront susceptibles de contredire l’information présentée.
Deux formes de manipulation peuvent être mises en évidence: l’une intellectuelle et l’autre émotionnelle.
La manipulation intellectuelle se fait par la diffusion d’erreurs factuelles (délibérées ou résultant d’une ignorance du journaliste) comprenant le détournement ou la fabrication des sources, l’usage abusif de sophismes qui remplacent tout raisonnement rigoureux, la création de contresens, extraction des phrases de leurs contextes, de fausses analogies, l’amalgame, l’occultation, la suggestion etc. Nous illustrerons certains de ces procédés par des exemples concrets plus loin.
La manipulation émotionnelle est fondée soit sur l’utilisation des images sélectionnées (fixes ou animées), mises en scène et commentée. Les images participent à la croyance « populaire » selon laquelle elle reproduirait fidèlement la réalité, soit sur l’utilisation excessive du pathos dans les discours médiatiques. Les ressorts émotionnels sur lesquels jouent les images et les discours sont multiples : compassion, victimisation, incitation à s’identifier avec les victimes, colère, peur, culpabilité.
Dans ce billet, je voudrai donner un exemple de la procédure journalistique d’une manipulation intellectuelle qui consiste à la fois à la manipulation du lexique et au retournement. Presque toujours, ces deux procédés fonctionnent  ensemble dans un grand corpus d’articles de diabolisation d’Israël et de justification des meurtriers des Juifs :
Dans l’article de Paris Match, publié le 01/07/2016 , titré

Hallel Ariel, 13 ans, victime de la haine des Hommes
La France a « condamné un odieux assassinat » et exprimé sa « profonde inquiétude face à la poursuite des violences et actes terroristes ». L’Union européenne a souligné qu’il « ne peut y avoir de justification pour de tels actes de terreur ». Depuis le 1er octobre, les Territoires palestiniens, Jérusalem et Israël sont en proie à des violences qui ont coûté la vie à 212 Palestiniens, 33 Israéliens, deux Américains, un Érythréen et un Soudanais, selon un décompte de l’AFP. Dans un rapport au Conseil de sécurité de l’ONU jeudi, le Quartette sur le Proche-Orient (Etats-Unis, Russie, Union européenne, ONU) a demandé à Israël de cesser « d’urgence » sa politique de colonisation en Cisjordanie, et dénoncé du côté palestinien « la violence, le terrorisme et l’incitation à la violence ».Les colonies sont considérées comme illégales par l’ONU.

Ce paragraphe présente un double mouvement argumentatif : l’un explicite et l’autre implicite. Explicitement, la France exprime sa condamnation de cet assassinat. Mais l’argument implicite ad statisticam (dont l’origine n’est pas indiquée, comme c’est presque toujours le cas de l’AFP) annule le message précédent, le décompte des morts contrevient à cet argument en argumentant implicitement que les morts palestiniens sont plus nombreux que les morts israéliens ce qui justifie les « violences » (le procédés de désagentivité est à l’œuvre, les violences n’ont pas d’auteur, comme si elles se commettaient d’elles-mêmes.) On peut être d’accord avec ces meurtres, comme le font des auteurs des blogs de Médiapart ou ceux du Monde ou de Libé. Mais cela enlève aux meurtriers tout sens de responsabilité. L’occupation est un choix politique, disent les médias. Et le meurtre des civils est une réponse légitime à ça. (Et si ce n’est pas toi, c’est ton frère, comme dit le loup à l’agneau dans la fable de La Fontaine, ou l’un des tiens).
L’utilisation des verbes du dernier paragraphe est significative : on demande à Israël de cesser sa politique de colonisation, terme impropre, car il renvoie à la colonisation européenne et son usage par les médias et par l’historiographes antisionistes est incorrect, mais on ne demande rien aux palestiniens. Les médias s’érigent en juge moral du comportement des assassins. La phrase finale sert d’explication aux violences : l’illégitimité des colonies. Il est d’usage de dire que tuer ce n’est pas bien, cela fait partie des valeurs communes positives de l’humanité, mais, le comptage des morts dont le nombre est plus grand chez les Palestiniens peut justifier les « réponses » des jeunes palestiniens. Nulle part, ils ne sont appelé « terroristes ». L’assassinat de la jeune fille est la faute d’Israël, c’est Israël le vrai coupable et les jeunes garçons qui ont poignardé l’adolescente, les vraies victimes de l’occupation israélienne. Ce qui explique le titre, assez cynique de l’article. La jeune Ariel n’est pas la victime des terroristes, mais elle est victimes de la haine des Hommes. Quels hommes ? Quelle haine ? La majuscule implique tous les êtres humains, l’espèce, en gros. Il faut donc comprendre que c’est à cause de la misanthropie générale que les jeunes filles sont poignardées dans leur sommeil. Dans le royaume des sophismes le syllogisme est roi.
Quelle conclusion peut tirer un lecteur déjà conditionné par un système de valeurs où le retournement est stabilisé. L’une d’elle, et c’est celle que tirent manifestement les terroristes palestiniens : « si Israël est un état colonisateur, l’Etat qui se rend coupable d’un tel crime n’a pas droit à l’existence. On ne discute pas avec un tel Etat, on ne fait certainement pas la paix avec lui, on l’élimine ainsi que ceux qui y sont identifiés.

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