propagande médiatique, victimisation

Réflexions réflexives (I) : de la propagande

Yana Grinshpun, Roland Assaraf

Nous avons eu envie d’écrire ce billet après avoir fait une promenade hebdomadaire dans les kiosques de presse. Tout va bon train, Le Monde diplomatique sort son nouveau numéro dont plusieurs pages sont consacrés à…. Israël (souvent, on se demande s’il existe d’autres pays au monde auxquels ce vénérable et très sérieux journal s’intéresse avec autant de vigueur et autant d’attention. La fréquence des reportages consacrés à ce qui est communément appelé le « conflit israélo-palestinien » témoigne de ce que nous pouvons appeler à l’instar de la judéopathie, terme inauguré par Céline Masson, israélopathie). Ce journal, comme le montre la Une, nous invite de manière linguistico-conviviale, en gommant les frontières énonciatives entre eux et nous par le très plastique pronom « on » à réfléchir. On s’arrête, on réfléchit. Connaissant la prose du Monde Diplomatique on ne sait pas trop comment interpréter le verbe réfléchir :

« réfléchir » dans le sens que donne le TLF à ce verbe?

« Concentrer sa pensée, son attention sur un objet afin d’en avoir une connaissance approfondie, ou afin d’agir avec circonspection »

ou réfléchir les croyances diffusées par l’AFP, A. Greish ou Ch. Enderlin, tel un miroir placé en face d’une image truquée déformée par les chefs cuisiniers de désinformation ?

Nous nous sommes toutefois arrêtés et avons vu un reflet. Vous aussi, pouvez le voir sur l’image.

Alain Greish, journaliste antisioniste, défenseur du BDS qu’il définit de la manière suivante : « Ce mouvement lancé en 2005 se propose d’appliquer à Israël les méthodes non violentes qui ont fait preuve contre l’Afrique du Sud de l’apartheid » se livre, comme à son habitude, à la dénonciation du lobby juif, puissant, riche et ayant ses entrées chez les politiciens influents des Etats-Unis, en analysant le documentaire interdit par Qatar (que Greish seul a vu, on se demande comment !). En somme, la même rengaine du complot juif, la même depuis 1320.

Libé pleure les victimes des tirs israéliens et fait montre d’une constance lassante dans l’utilisation des guillemets, en appelant les palestiniens « victimes » et en attribuant toute responsabilité de la cruauté à la soldatesque juive (et qu’on ne nous dise pas qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre juif et israélien, l’armée israélienne est essentiellement composée de juifs n’en déplaise aux internationalistes éclairés par l’ombre de leur caverne).

« Deux Palestiniens ont été tués dans la nuit de lundi à mardi dans une frappe israélienne après s’être approchés de la barrière de sécurité qui sépare Israël de la bande de Gaza, a annoncé le ministère de la Santé du territoire. L’armée israélienne a confirmé la frappe et qualifié dans un communiqué les victimes de «terroristes», affirmant que les deux individus «s‘étaient approchés de manière suspecte de la barrière de sécurité dans le sud de la bande de Gaza et [avaient] placé un objet près de la barrière». Au moins 26 Palestiniens ont été blessés par des tirs israéliens lors d’une manifestation le long de la frontière lundi soir, selon le ministère de la Santé. » https://www.liberation.fr/direct/element/_87426/

On ignore de quel Ministère de la Santé il s’agit, du nôtre, paisiblement situé avenue Dusquene, du Ministère Israélien, de celui du Hamas, de celui de l’Autonomie Palestinienne ? La rigueur n’est pas le point fort du journalisme, nous comprenons que cela prend trop de temps, mais dans le cas de Libé, cette pratique devient suspecte.

Cette même semaine, un collectif « d’universitaires » lance un énième appel au boycott des établissements supérieurs israéliens, en prétextant « l’éradication du peuple palestinien », l’Ouest-France publie la traduction d’une tribune de The Guardian qui appelle à boycotter le prochain Eurovision qui aura lieu en Israël à cause « des graves violations des droits de l’homme » etc. On remarquera qu’on ne sait jamais de quelles « violations » parlent les accusateurs, mais elles sont toujours « graves ». Rien ne change dans le paysage médiatique à la rentrée, l’innovation n’est pas à l’ordre du jour.

La nouvelle trouvaille médiatique, Ahed Tamimi, la blonde palestinienne maquillée à souhait (apparemment, pour cacher les bleus laissés par les gros poings des sionistes), profère de la vulgaire propagande, en se contredisant à chaque mot, à l’antenne de France 24, mais cela n’empêche l’animateur amadoué de se croiser les bras sur le ventre et consentir complaisamment à chaque nouvelle « nous sommes victimes de l’occupation » ou « Je suis pour la résistance paisible par tous les moyens : jet de pierres, provocations, tirs s’il le faut ». Ou qu’il faut chasser l’occupation de  » ses terres » : Tel-Aviv, Jaffa  et Jérusalem». Tamimi annonce aux spectateurs français que Hassan Nasrallah est un type admirable, car il appelle à l’éradication des Juifs et on ne peut que le soutenir. (L’Huma, dont Tamimi est l’invitée d’honneur, doit être ravi, car Thierry Meyssan et Dieudonné pensent la même chose). L’animateur rappelle toutefois, assez mollement que c’est un monsieur qui dirige l’organisation terroriste Hezbollah, qui n’est pas toujours très bien vu par la France, mais la jeune apprentie sorcière de la novlangue européenne, -car elle-même, elle n’est que la création des médias européens,- rétorque : chacun est libre d’avoir son avis. L’animateur se tait devant cette leçon de pluralisme donnée par une jeune star montante du terrorisme « paisible ».

Le remplacement est à l’œuvre dans l’Europe de la civilisation et des droits de l’homme : on parle du « ghetto de Gaza », du « génocide » du peuple palestinien ou de son « éradication », de « l’apartheid » de l’Etat d’Israël, de « colonisation », « d’occupation ».

Bien que tous ces termes ne soient pas applicables, ils fonctionnent comme projection de la représentation du mal incarné par la colonisation et le nazisme.

Ce n’est pas une coïncidence. Il paraît, que les victimes se transforment souvent en bourreaux, c’est connu chez les enfants battus – ils deviennent parents batteurs. Et les juifs, selon cette logique, n’y échapperaient pas. Après tout, ils ne sont pas supérieurs aux autres. S’ils ont été victimes du nazisme, de l’occupation, des ghettos, des camps de concentration, ils doivent faire forcément la même chose aujourd’hui, avec la colonisation en plus encore.

Ainsi, pour défendre leurs victimes,  faut-il aider  tous ceux qui les combattent, en désignant les bourreaux israéliens, en se recueillant sur la tombe des terroristes de Septembre noir , comme l’a fait Jeremy Corbyn pour honorer les terroristes palestiniens, ou en finançant le Fatah (en sachant que cet argent est utilisé pour récompenser les actes terroristes), un Fatah qui baptise les écoles du nom de meurtriers, pardon de « militants » (cela montre la neutralité des journalistes, en parlant d’un massacre de civils) ou de « résistants » (cela affiche la justesse de la cause qui a conduit au massacre de civils, non celle du meurtrier, mais celle que l’énonciateur projette sur le meurtrier pour afficher sa solidarité avec celui-ci). Après tout, Mohammed Merah n’est qu’un militant de la cause palestinienne, selon cette logique meurtrière

En même temps, les anciens bourreaux en Europe et en France se sont transformés en pourfendeurs vertueux des bourreaux, ceux du passé qu’ils projettent au présent. Faut-il rappeler que l’engouement de la gauche française par le stalinisme, par le trotskisme, par le maoïsme, toutes ces idéologies qui ont permis l’extermination des millions de personnes, est expliqué par son soutien aux « victimes » dominées et opprimées.

Chacune de ces inversions a été montrée, expliquée, argumentée et illustrée par de nombreux chercheurs, analystes du discours, philosophes, psychanalystes, historiens, philosophes, etc., mais nous avons quand-même envie, par amour de situations cocasses d’ajouter une anecdote bien réelle à ces paradoxes de l’histoire: une lettre trouvée sur le site de electronicintifada https://electronicintifada.net/content/palestinian-students-israeli-universities-support-academic-boycott/1001 où les étudiants palestiniens faisant leurs études à l’Université hébraïque de Jérusalem écrivent une lettre à on ne sait quel activiste antisioniste norvégien, qui énonce :

“We are Arab students at the Israeli universities writing to you in support of the proposed academic boycott of Israeli academic institutions. We believe that the boycott is timely and hopefully will help in upholding moral values of fairness, justice and equality which have been sorely missed in our region.”

N’est-ce pas burlesque? Les étudiants demandent qu’on les boycotte, tout simplement. Ils pourraient donner l’exemple de la résistance et ne pas venir étudier dans les universités qui pratiquent une discrimination, mais positive pour les palestiniens et négative pour les israéliens, (l’intégration des premiers n’étant pas soumis à un examen d’entrée contrairement des seconds. Et qui plus est, le gouvernement israélien leur octroient les bourses d’aide, auxquelles les étudiants israéliens ne peuvent pas prétendre étant considérés comme « privilégiés ». L’état Juif saurait-il intériorisé les vieux clichés antisémites anti-juifs?). Ayant 40 établissements supérieurs sur le territoire de l’Autonomie et à Gaza, pourquoi aller chez l’ennemi si haï et si abominablement oppresseur,  et qui plus est, maître en matière de discrimination? C’est que la bonne petite éducation des Universités Israéliennes est mieux cotée dans le monde suivant le classement de Shanghaï qui compte, influencé par le lobby sioniste ou pas.  Ce n’est qu’un exemple des inversions contradictoires propres à ces revendications identitaires.

Pour ceux qui ne voient pas où est le problème, la contradiction consiste à prôner une pratique discriminatoire au nom de la lutte contre les discriminations. On attribue de manière infondée, une pratique discriminatoire à ceux qu’on veut discriminer. Procédé très connu et utilisé par toutes les propagandes totalitaires: soviétique, nazie, hutu…

 

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