propagande médiatique

Leçon de propagande télévisuelle : les estropiés de France 2

Yana Grinshpun

 

Il est curieux de constater qu’il ne passe pas un jour en France, sans que les divers médias, y compris les réseaux sociaux ne parlent du conflit israélo-palestinien. Il est aussi curieux de voir que le fonctionnement de ces discours médiatiques obéit toujours à la même argumentation dichotomique dont les scripteurs reporteurs ne se lassent jamais : la victimisation des uns et son corrélat — la transformation en bourreaux des autres. Depuis 1967, le récit médiatique français, sans lassitude aucune, confine les Israéliens à leur rôle d’affreux-méchants et les Palestiniens à leur rôle de pauvres et de misérables, sans donner la moindre explication sur la nature des sociétés israélienne et palestinienne. Comme si tous les palestiniens représentaient une masse uniforme de souffrants opprimés et tous les israéliens la soldatesque sans compassion obéissant à des ordres des dictateurs racistes.

Les spécialistes de communication savent bien qu’il est impossible d’exiger des médias de la complexité, les journalistes pressés de fournir l’interprétation des dépêches de l’AFP, conditionnés par le positionnement idéologique des organes de presse par lesquels ils sont payés, ne peuvent pas construire un récit impartial et complexe. Surtout quand il s’agit d’Israël et des Palestiniens. Surtout quand ce sont les journalistes de France II rendus tristement célèbres par leur travail de propagande et de fabrication du faux[1]. On peut trouver l’analyse détaillée des manipulations médiatiques sur le site Info Equitable, qui montre de manière rigoureuse comment le mensonge factuel, la fabrication des fausses images, les fausses statistiques contribuent à désinformer les citoyens français et à parfaire leur éducation antisioniste (et, partant, antisémite).

Après avoir vu le documentaire diffusé par France 2 le 11 octobre 2018 sur le sort de la « jeunesse palestinienne estropiée », il m’a semblé indispensable de montrer comment fonctionnent l’occultation des faits, l’effacement du contexte socio-politique, « l’oubli » des acteurs principaux de ce que les médias français ont pudiquement baptisé « les manifestations paisibles ». Les discours de ces acteurs, qui ne sont JAMAIS reportés ni cités dans les textes contribuent non pas à la compassion pour les blessés, mais à la violence contre ceux qui sont clairement indiqués comme « bourreaux » et ceux qui doivent y être identifiés, c’est-à-dire, avant tout les Juifs français.

Nous avons montré avec Roland Assaraf (cf. articles sur le blog, article à paraître dans les actes du colloque de Cerisy sur « le Discours meurtrier ») que le discours médiatique ne nourrit pas seulement la haine anti-juive, mais qu’il provoque, cautionne et justifie les violences de la nature bien plus grave : celle des islamistes qui s’identifient aux « Palestiniens » construits en victimes de la société israélienne et dont les actions ne visent plus désormais seulement les Juifs. Car attaquer la Palestine, c’est attaquer l’oumma, selon le Hamas et par là, s’attaquer à l’humanité :

« La Palestine est l’esprit de la Oummah [la communauté des Croyants] et sa Cause centrale; c’est l’âme de l’humanité et sa conscience vivante. » (voir ici).

La cause palestinienne étant la cause islamiste, ceux qui n’y adhèrent pas ne peuvent finir que comme les victimes du Bataclan ou de l’Hypercasher. Koulibali et Kouachi vengeaient les « frères palestiniens », qui, comme tout le monde sait, sont des opprimés déclarés comme tels par certains intellectuels européens et par les médias. (Voir ici). Ces meurtriers ne font qu’envoyer aux médias leur discours en miroir déformé.

Revenons aux ressorts de la mise en scène télévisuelle commandée par France 2. Jean Szlamowicz remarque dans son article, que le film est décontextualisé, déshistoricisé depolitisé, dépourvu de toute introduction ou conclusion rationnelle qui expliquerait les tenants et les aboutissants de ce que les médias ont appelé «  La marche du retour ». Les émeutes (et les journalistes de France 2 emploient bien le mot « émeutes ») commencent suite au mot d’ordre de Yahya Sinwar, le chef du gouvernement terroriste de Gaza, qui explique dans un entretien donné à la chaîne libanaise Al-Mayadden que le Hamas coordonne toutes ses actions avec le Hezbollah, la République Islamique de l’Iran dont l’objectif essentiel est la destruction d’Israël. Les émeutes organisées à la frontière de Gaza par le gouvernement de Sinwar n’ont rien d’une « manifestation » et encore moins « pacifique ». Ou peut-être la croix gammée et l’évocation fréquente d’Hitler par la « jeunesse estropiée » sont-elles devenues pour les médias occidentaux un symbole de la paix ?

Il est aussi intéressant de remarquer que les « manifestations » sont présentées comme un phénomène naturel, quelque chose qui existe, sans aucune raison apparente, tels la pluie ou le beau temps. Quand les journalistes demandent aux parents pourquoi leurs enfants sont là, la réponse qu’on entend est que « c’est comme ça », que même si on leur dit qu’il ne fallait pas être là, ils y vont : « Vous savez comment sont les enfants » disent avec sourire complice les « interviewés ». Le spectateur est censé de s’attendrir sur cette image de l’innocence bafouée par les méchants tireurs de balles. Seulement, les journalistes oublient de dire que les enfants qui viennent à la frontières le font parce qu’ils sont élevés, éduqués, instruits dans la haine  des juifs, et partant, des israéliens, que le sens de leur vie leur est expliqué dès le plus jeunes âge par le lavage du cerveau incessant à l’école, à la télévision du Hamas (voir ici ou ici), à la maison, dans la rue.

Mais les questions d’honnêteté intellectuelle n’obsèdent pas les reporters de ce classique de la propagande : il s’agit là d’une mise en scène bien payée, rodée et usée jusqu’à la moelle où l’image de l’enfant, par définition, innocent, apparaît comme une figure dostoïveskienne : « l’harmonie universelle ne vaut pas une seule larme d’enfant », s’exclame Ivan Dostoïevski et France 2 avec lui. On ne saurait s’en prendre à l’Enfant même s’il participe à la destruction, à la mise à mort symbolique (ou pas) ou à la provocation. On ne peut que s’identifier à lui, en pensant à son propre enfant. Soit, le pathos est le mobile de toute mise en scène misérabiliste. On peut s’identifier avec l’enfant, mais pas avec l’adulte. Car cet enfant est endoctriné par un idéologue adulte, un manipulateur adulte, conscient de la manipulation. Dans les sociétés humaines, les enfants sont protégés par les parents du danger. Mais pas chez les Gazaouis, tels qu’ils sont présentés par les journalistes de France 2. Et cette présentation est fausse et dégradante pour les mères et pères palestiniens qui n’osent pas s’opposer à cette atrocité dont les journalistes ne veulent pas rendre compte.

Ces adultes qui exposent les enfants, ces idéologues du gouvernement du Hamas sont absents du discours journalistique qui nomme Hamas « faction », dans le reportage. « Une des factions de la bande » (sic !). Il s’agit ici de l’occultation des vrais responsables des blessures des enfants, que France 2 couvre pour des raisons à la fois politiques et sociologiques. En effet, le Hamas est nommé une fois par « l’organisation considérée comme terroriste ». On ne comprend pas qui est l’agent du verbe considérer, tout se passe comme si’ c’étaient encore la machination ou la kabbale d’Israël que cette « considération » à laquelle les journalistes n’adhèrent pas. Et pour cause, ils sont accueillis à bras ouvert dans les maisons des « estropiés » qui « sont ravis » de les voir. Et comment peuvent-ils les voir ? Grâce aux permis d’entrée, distribuées par Hamas. Seraient-ils aussi bien reçus si le reportage avait porté sur les exactions du Hamas dans la bande de Gaza ? On en doute.

Si les journalistes se penchaient sur le texte fondateur du Hamas, ils sauraient que, pour un membre du Hamas, Israël est à détruire pour des raisons tout à fait humanistes :

« Le projet sioniste représente un grand danger pour la sécurité et la paix internationales et la stabilité de l’humanité toute entière »(http://www.chroniquepalestine.com/charte-mouvement-hamas-version-francaise/)

En regardant le reportage, on a presque une certitude que les journalistes de France 2 partagent cette opinion, car les blessés à la frontière sont présentés comme les victimes d’un juste combat. Et quand certains racontent la planification des projets d’attentats suicide, comme le jeune de 17 ans, qui a été empêché dans ces projets par la perte de sa jambe, elle n’apparaît que plus justifié encore par la mise en scène très maladroite des reporters, qui ne se rendent pas compte qu’ils annulent l’effet escompté par la confusion entre le projet conçu avant la perte de la jambe et l’impossibilité de l’accomplir (grâce à la balle, qui a sauvé quelques vies humaines juives). On en est presque désolés.

Je ne vais m’attarder ici sur le fait qu’aucune voix dissonante ne se fait entendre dans ce reportage. Il faut croire que c’est encore l’humanisme des journalistes de France 2, qui en est la cause. Le Hamas étant une dictature, celui qui n’y participe pas, risque sa vie, comme c’est souvent le cas dans les régimes totalitaires. La voix des Palestiniens qui s’opposent au gouvernement et son idéologie de victimisation ne peuvent être entendus. Et pourtant, elles existent, comme le montre un autre reportage, qu’Arte a essayé de censurer l’année dernière (voir ici : Antisemitisme en Europe, et ici ). Mais ces voix dérangent et on essaie de les faire taire ou occulter. L’occultation et la désinformation sont les procédés phares de toute manipulation médiatique. Par exemple, l’absence de commentaire sur les propos des enfants endoctrinés, qui expliquent dans le documentaire, qu’ils allaient se battre pour les villages dont ils étaient chassés.

On peinerait à trouver le moindre déplacement de population arabe dans la région ces dernières années. Peut-être parlent-ils de 1948 et de l’attaque contre Israël ? Mais alors, ils n’étaient pas encore nés, ni leurs parents peut-être non plus.

En 1962, Jacques Ellul écrivait dans Propagandes :

« La propagande sous son aspect traditionnel implique plus ou moins une idéologie que l’on cherche à diffuser par les MMC (radio, presse, etc.) pour amener le public à accepter telle structure politique, telle structure économique ou pour participer à une action… On diffuse l’idéologie de façon  à ce qu’elle suive les éléments de politique que l’on veut faire pénétrer … Cette propagande s’exprime rarement par les mots d’ordre exprès, ou par des intentions exprimés. Elle est plutôt constituée par un climat général, une ambiance qui agit de façon inconsciente. Elle n’a pas d’apparence  d’une propagande, elle saisit l’homme dans ses mœurs, dans ce qu’il y a de plus inconscient dans ses habitudes. Elle lui crée de nouvelles habitudes. Cela devient une sorte de persuasion intérieure… ».

Ce documentaire est un parfait exemple de la propagande anti-israélienne, et, partant, anti-juive, qui occulte les faits et les chiffres, qui cautionne la politique du régime dictatorial, justifie en encourage l’agression anti-israélienne au Proche Orient et attise la haine contre les juifs de France, les sentiments que partage, comme l’ont remarqué les très antisionistes A. Badiou et E. Hazan, une partie importante de la jeunesse musulmane des banlieues :

« L’hostilité de ces jeunes envers les Juifs est fondamentalement liée à ce qui se passe en Palestine. Ils savent que là-bas, des Israéliens juifs oppriment les Palestiniens, qu’ils considèrent pour des raisons historiques évidentes comme leurs frères » (A. Badiou, E. Hazan, L’antisémitisme partout, 2011 : 18-19)

L’occultation pratiquée par les médias ne peut que renforcer les représentations formées ou, plus exactement, déformées, depuis des décennies, par la rhétorique anti-israélienne. Fonctionnant comme des formules incantatoires qui traversent l’ensemble des discours médiatiques, ces procédés de matraquage, auquel participe ce documentaire, sont, comme disait Victor Klemperer à propos de la langue du troisième Reich « …de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. […](Klemperer, V. LTI, La langue du III Reich )

Ce n’est pas la langue ici, mais le discours médiatique des chaînes officielles françaises qu’on retrouve empoisonné et qui empoisonne son public en nourrissant son évitable violence.

 

 

[1] Voir affaire al-Doura, fabriqué par Charles Enderlin pour France II en 2000

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