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Qui a tué Shirin?

Qui a tué Shirin ?

Yana Grinshpun

Que savons-nous de la mort de Shirin Abu Sakleh, journaliste d’Al Jazzera, tuée par balle à côté de Jénine ? Eh bien, nous savons ce que les médias veulent que l’on sache. Les événements bruts n’existent pas dans le monde médiatique. Ils sont construits par le dispositif discursif médiatique qui a, en général, des objectifs précis : la captation du lecteur, spectateur, auditeur et les bénéfices commerciaux que cette captation apporte. Donc la logique de la séduction et la logique du profit. La mort d’une journaliste dans la zone du conflit, qui intéresse la planète entière, est un excellent sujet qui satisfait à ces deux objectifs.

Ces deux logiques sont soumises aux principes déontologiques détaillés par la Charte de Munich (Déclaration des devoirs et des droits des journalistes). La charte est signée le 24 novembre 1971 à Munich. Elle sert de référence aux journalistes européens.

Voici des extraits : (https://cfdt-journalistes.fr/charte-deontologique-de-munich/) :

  • Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents.
  • S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information.

Voyons comment l’Agence de Presse française respecte la déontologie journalistique.

Le 11 mai à 8h du matin la chaîne française France 24 publie une dépêche sur la mort d’une journaliste d’Al Jazzera

Avec le texte qui suit

Shirin Abu Akleh couvrait les affrontements entre les terroristes recherchés par l’armée israélienne (pour ceux qui ne savent pas: Israël subit des attaques terroristes incessantes depuis le 22 mars, la dernière a emporté la vie de trois personnes, de nouvelles attaques sont annoncées par le Hamas et l’armée était en train de rechercher ceux qui préparent de nouveaux attentats du côté de Jénine)

Quelques minutes plus tard, l’AFP édite une nouvelle dépêche, en faisant référence aux sources israélienne mais aussi en présentant des informations qui n’ont rien à voir avec le meurtre de la journaliste.

L’armée israélienne ne pouvait pas commenter le décès de la journaliste sans avoir fait une enquête sur les origines du tir, contrairement au journaliste de l’AFP qui dispose, apparemment, d’un don particulier de repérer les coupables sans être sur place et surtout sans aucune expertise balistique qui seule pourrait révéler les origines du tir. Mais ce n’est pas tout. Ceux qui ont corrigé la dépêche de l’AFP ont ajouté une information qui n’a rien à voir avec la mort de Mme Akleh, à savoir la destruction de la tour Jalaa. Cela voulait probablement dire qu’Israël ne fait pas que tuer des journalistes, mais détruit aussi les « centres d’information » en général. Seulement, la dépêche omet de préciser que cette tour a été détruite car elle abritait des équipements militaires du Hamas. L’occultation est un des procédés phares du discours propagandiste.

Continuons, les infos de France 24 sont publiées à 8H.

Pourtant le matin du 11 mai, Israël communique que des tirs massifs ont été observés du côté palestinien vers les soldats israéliens. Et que des journalistes pourraient être touchés par des hommes armés palestiniens. Israël précise qu’une enquête va être menée pour définir qui est responsable du tir.

Nous avons donc plusieurs versions : l’AFP et la grande majorité des médias arabes accusent de manière unanime Israël, et la version israélienne, qui tout en prenant des précautions dues à l’incertitude sans expertise balistique, suppose que Shirin Abu Akleh  est tuée par les tirs palestiniens.

D’ailleurs, un médecin légiste palestinien affirme qu’à ce stade il est impossible de dire qui a tiré, les palestiniens ou les israéliens.

Voir ici : https://palwatch.org/page/31406

Tant que l’enquête n’a pas été menée, il ne peut pas y avoir de condamnations, d’accusations, d’allégations de meurtre délibéré et « orchestré » par l’armée israélienne.

Se pose alors la question : pourquoi l’AFP s’est empressée d’accuser Israël, au mépris de la charte susmentionnée, alors même que, comme le montre l’interview avec le médecin légiste palestinien, il est impossible de savoir à ce stade qui est coupable.

L’empressement de l’AFP est contraire à la déontologie journalistique. Mais personne ne dit rien. Personne ne s’excuse. La culpabilité du « signe juif », « le mal » inscrit dans le nom d’Israël, sert de bouclier magique à toute pensée rationnelle. Les Sherlock Holmes de l’AFP savent: le coupable ne peut être que du côté des Juifs. Cela fait penser à une blague juive.

-Le temps est mauvais aujourd’hui

– C’est à cause du Gulfstream

– Un juif ?

– Un courant.

– Maçonnique ?

– Non, océanique

– D’Israël ?

– Non, des États-Unis.

– Ah bon, je parie qu’en Israël il y a du soleil en ce moment, et chez nous, il fait mauvais.

– Il fait nuit en Israël en ce moment.

– Et comment vous savez tout ça ? Vous êtes juif ?

Tel est le procédé de l’AFP. Mais blagues à part, cet empressement est, en revanche, propice à inciter à la haine d’Israël déjà bien installée au sein de la communauté européenne.

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