Par Jean-Marc Alcalay
France : Un meeting qui a fait führer !
Le 7 juin dernier, Jean-Luc Mélenchon a tenu son premier meeting de campagne présidentielle à Saint-Denis. Les organisateurs de cette grande messe robespierriste attendaient 10 000 personnes. Il y en aurait eu selon la France Insoumise 26 000. Un succès, quoi !, pour un lieu choisi non seulement car Saint-Denis a été gagné par la France insoumise aux dernières élections municipales, mais aussi parce que cette place est celle de la basilique de Saint-Denis qui accueille depuis des siècles les dépouilles de nos rois, reines et pairs de France. L’intérêt de ce choix était donc double pour Jean-Luc Mélenchon, celui d’une victoire politique et celui du lieu des sépultures royales, ce qui a fait dire à Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022, s’agissant de ce lieu jadis profané, dont les dépouilles royales ont été remises en ce lieu dès le 19 janvier 1817 : « la ville des rois morts et du peuple vivant… » Puis terminant ainsi « … En 2026, dire que le peuple est vivant, c’est refuser une vision figée de la nation. C’est affirmer le visage présent de la France, de la nouvelle France. » Le ton était donné. Suffisait de voir dans la foule les étendards brandis de cette nouvelle France : Des drapeaux de la France insoumise évidemment, des drapeaux français pour faire illusion patriotique, campagne présidentielle oblige, et des drapeaux palestiniens pour la cause terroriste de soutien au Hamas et au Hezbollah, bien entendu.
La troisième mort des rois…
Tous réunis, façon Culte de l’Être suprême, devant un Mélenchon gonflé à bloc, éructant comme d’habitude ses slogans pleins d’invectives, ironisant sur ses adversaires, le tout devant, eh oui, la basilique de Saint-Denis qui accueille la sépulture de nos rois, de nos reines et des pairs de France depuis que Dagobert 1er, premier roi des Francs, y fut enterré vers 630. Hélas, tous à sa suite ne furent pas sans repos éternel. Mélenchon, apôtre d’un Robespierre aux 20 mille décapitations pendant la Terreur le savait que trop bien. D’où le choix du lieu de son meeting, en plein devant la basilique, comme dans un face à face mortel entre la nouvelle France et l’ancienne France. « Sans repos éternel », disais-je, car le 16 octobre 1793, le jour même où l’on guillotine Marie-Antoinette, des ouvriers, sur ordre de la Convention commencent à exhumer les dépouilles des rois, des reines et des pairs de France, pour les jeter pêle-mêle dans une fosse commune : au total, près de 170. Certaines d’entre elles sont décomposées, d’autres sont étrangement conservées par les transformations chimiques des corps. Certaines seront volontairement défigurées, comme celle de Louis XIV, d’autres sont respectées comme celle de Turenne… Ainsi les révolutionnaires, épris d’une haine mortifère sans mesure, brisent-ils le tabou du respect des morts, les fétichisent car ils en prennent des morceaux pour en faire des reliques. Le psychanalyste Paul Laurent Assoun[1], dans une passionnante analyse, écrit qu’ils tuent les rois morts une seconde fois. Et, j’ajoute, que d’organiser un tel meeting d’extrême gauche à Saint-Denis, c’était les tuer une troisième fois !
Nouvelle France ou répétition mortifère ?
C’est comme si un monde devait définitivement disparaître, répétant de façon moins barbare cependant, la troisième mort de ceux qui ont fait la France, dans l’excès, la cruauté, la folie, mais aussi dans la grandeur et la générosité… Aux historiens d’en faire l’analyse.
En choisissant Saint-Denis dans la foulée des révolutionnaires de 1793, Mélenchon a voulu effacer l’histoire de France pour imposer un autre récit, celui qu’il appelle la nouvelle France. Voilà donc aussi le grand replacement qu’il propose et c’est pourquoi il hurle devant son public, à vouloir faire trembler les murs de la basilique, et faire trembler de terreur, eh oui, toujours la Terreur, ceux qui sont ses opposants désignés. Le grand remplacement de Mélenchon c’est celui qui fera table rase de cette France plusieurs fois millénaires. Ses opposants, le capitalisme, encore et toujours, le Rassemblement national sans savoir s’il est encore d’extrême droite, et depuis le 7 octobre 2023, les Juifs ! Tous dans le même panier, non plus d’une guillotine mais d’un discours qui trop souvent pousse au passage à l’acte, les sbires d’un Mélenchon nostalgique et mélancolique d’une époque, celle où l’on décapitait sans compter… Peu lui importe si avec la nouvelle France qu’il veut mettre en place, on passera de la guillotine de 1793 à la machette de 2027… Ceci n’est évidemment qu’une image, enfin, je l’espère! Les Juifs n’y couperont pas, accusés d’être des génocidaires depuis le 7 octobre 2023. Et même si cette insistance accusatrice est fausse, pensent les LFIstes, elle finira bien par conforter les antisémites anciens, convaincre les antisémites présents et embrigader ceux à venir. Certaines villes de France se sont déjà vidées de leurs habitants juifs. Les slogans antisémites orchestrés par la France insoumise explosent depuis le 7 octobre, comme les passages à l’acte contre les Juifs. Le grand remplacement des Juifs français, par la partie extrémiste des populations musulmanes, soutenues par LFI, a donc déjà commencé. Attendons la suite. Avec un Mélenchon au pouvoir en 2027, comme on dit, les pessimistes sauveront leur peau et les optimistes la perdront… À suivre…
[1] Paul-Laurent Assoun, Tuer le mort, Le désir révolutionnaire, PUF, 2015.